‹ La Psychologie de CondillacChapitre 6 sur 21 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Dans l’£ssari sur l’origine des connaissances humaines, qui est son premier livre, Condillac a voulu refaire PÆssai philosophique concernant l’entendement humain. Se plaçant au même point de vue que Locke, et se proposant de dresser, à son tour, un tableau de l’entendement, il a entrepris de corriger ce que l’Æssar du philosophe anglais pouvait avoir, à ses yeux, de vague et d’imparfait ; il l’a repris avec l’idée de réussir où Locke avait échoué. Mais son originalité n’apparaît pas, lorsqu’on s’arrête aux premières pages. Là, il se borne à reproduire avec fidélité les idées essentielles de son maître ; il est le disciple qui professe, sans y apporter encore sa marque personnelle, une doctrine qu’on lui a apprise. Il commence par répéter, et en des termes à peine différents, ce que Locke a déjà dit. Sa personnalité n’éclatera qu’ensuite, au cœur même de l’ouvrage.

Dès le début, il affirme que nos idées sont acquises : rien n’est inné ; tout dérive de l'expérience. À vrai dire, il ne précise pas toujours les modalités de cette expérience. Souvent il ne parle que de la sensation, comme si les idées qui occupent la conscience venaient toutes des sens externes ; et l’on a pu croire que la doctrine du

Traité des sensations était déjà celle de l£ssai de 1746. Celle-ci est cependant plus complexe. A côté de la sensation, Condillac fait place à la réflexion. D’après lui, l'homme « éprouve d’abord différentes sensations, telles que la lumière, les couleurs, la douleur, le plaisir, le mouvement, le repos »; mais ces sensations n’excluent pas un pouvoir autonome de réflexion, car l'homme peut aussi « se former des idées des différentes opérations de son âme, telles qu’apercevoir, imaginer » *. Ces deux sources d’information correspondent à deux types de faits, et elles sont destinées à se compléter : « selon que les objets extérieurs agissent sur nous, nous recevons différentes idées par les sens, et selon que nous réfléchissons sur les opérations que les sensations occasionnent dans notre âme, nous acquérons toutes les idées que nous n’aurions pu recevoir des choses extérieures » ?. Il serait arbitraire de vouloir sacrifier l’une ou l’autre de ces facultés. Lorsque Condillac déclare que « les sensations et les opérations de l’âme » sont «les matériaux de toutes nos connaissances » *, la thèse qu’il soutient est fort nette. À ses yeux, l’origine des connaissances humaines doit être cherchée, sans nul doute, dans l’expérience ; mais, loin d’être simple, cette expérience est susceptible de revêtir, selon les cas, deux formes distinctes.

C'est la thèse même de Locke. Celui-ci n’avait-il pas écrit l’£ssai philosophique concernant l’entendement humain, pour démontrer qu’il ne saurait exister en l’âme d’idées innées et que toute connaissance est acquise par expérience ? N’avait-il pas également marqué qu’il y a deux genres opposés d’expérience et, partant, deux sources à nos idées : la sensation et la réflexion ?

? Essai sur l’origine des connaissances humaines, Part. Ir, sect. [re, ch. I, $ 3-4, p. 18-19.

ÉAIDIT IST EPA!

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