‹ La psychologie de l'enfantChapitre 100 sur 109 · Elle a paru dans le Mind, juillet · texte numérisé non relu

Elle a paru dans le Mind, juillet

était continuellement prononcé; bâ, bâ quelquefois, et quelquefois un simple cri annonçait que l'enfant désirait un objet; wah,wah, est devenu le nom générique du chien et du chat, et peut-être de la brebis. Nyâm, nyâm, mot trouvé peut-être par l'enfant, désigna bientôt le chat, le conventionnel gee, gee, employé pour le cheval, fut très yjte compris par l'enfant, quoiqu'il ne pût point former le son y. Il reconnut un zèbre dans une peinturé et par^e, ge y marqua qu'il savait ce que c'était. Tous ces sons étaient fournis par les adultes, et appris d'après leur valeur réelle, de mieux en mieux imitée. Tous ces sons étaient monosyllabiques; le premier dissyllabe prononcé fut baby (ou plutôt bé-bi), prononcé d'ailleurs comme un monosyllabe redoublé.

Du seizième au dix-huitième mois, le vocabulaire de l'enfant est encore très-restreint, et beaucoup des mots proposés à son imitation ne sont reproduits qu'avec peine et imparfaitement. Ses articulations sont peu nombreuses : a, à, i f d employé quelquefois pour o ; le son long de Vi anglais (ai) n'est pas encore prononcé, ou il est prononcé iâ ou ia. L'enfant ne produit pas encore g, Z, r, consonnes initiales, ni les sifflantes, les aspirées, les palatales. Guy (nom propre) est prononcé dâ, k est prononcé £. Les consonnes finales ne sontjamais ou que rarement produites. A part baby y ndniy nânâ y le vocabulaire est essentiellement syllabique. Lady a été prononcé une fois, mais n'est pas devenu usuel. Avec une langue si pauvre de mots, et complètement dénuée de constructions, l'enfant peut cependant, grâce aune très riche variété de tons, et à l'aide d'interjections inarticulées, exprimer un grand nombre de sentiments, l'impatience, la joie, le dépit, le jeu, et quelquefois certaines idées distinctes, comme nous l'avons vu pour le cas du zèbre.

Signalons, entre autres acquisitions (dix-huit à dix-neuf mois) le mot poor, dont la prononciation diffôre peu de

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celle des adultes, et qui est une expresion de pitié, étendue même aux objets présentant quelque imperfection.

et g sont plus distincts vers le milieu du dix-neuvième mois. Guy n'est plus dâ mais gâ. Lett final, même le p, sont prononcés plus ou moins nettement. La forme monosyllabique domine encore. Le K est un son favori : Kustool, Kahcod, Ko-cosy, Kâ-cold, KâKâ = chocolaté, Khi-en=clean. S, sh, ch, y, sont encore indistincts ; w, v, /, sont prononcés, mais pas distinctement. M. Pollock croit, avec M. Taine, que la prononciation enfantine possède quelques nuances de son qui échappent aux oreilles de l'adulte.

A vingt mois, dush équivaut à dust, et ttish probablement à touch, tâsh à moustache. Les finales sifflantes l'emportent sur les initiales. Quelques dissyllabes sont plus ou moins bien prononcés : Fanny, honey, money ; fâ-wâ (flower) la-ta (letter), Aa-pi(happy), bâ-ta (butter), A 'si (Alice). R y se confond avec d et l. Je néglige quelques autres progrès du même genre, pour en indiquer deux ou trois plus importants réalisés entre le vingt et unième et le vingt-deuxième mois. L'enfant répond en monosyllabes à quelques questions très simples. No-dâ-dâ. — A vingt et un mois use souvent du trisyllabe Tnisi: Tennyson, une édition illustrée qui partage son attention avec Vats (Watts). A vingt et un mois et demi apparaît une ébauche de construction grammaticale par l'apposition d'un substantif et d'un adjectif : dir-ty boots. L'enfant compose même une petite phrase kâbs dati klam : klin : cabs dirty, peéram' cleari). Il faut signaler aussi un progrès relatif aux noms génériques.

A vingt-deux mois, le vocabulaire, la prononciation, et la faculté d'expression se sont beaucoup préfectionnés : zhâtis est souvent dit pour there itis; — out-pull-baby-pecs ; — run away man ; — mama get Bessie. Mais les consonnes ehj J'y et th, sont encore imparfaitement prononcées ; r ne l'est pas du tout. M. Pollock signale aussi quelques expressions indiquant la faculté dramatique de l'enfant : quant à

la distinction qui serait faite par l'enfant entre l'animé et l'inanimé, et à sa tendance anthropomorphique, M. Pollock ne voit aucun exemple qui la justifie. A cette époque se remarque aussi un penchant très déddé à l'imitation des actes dont l'enfant est témoin, à commander, à faire des questions, etc. A vingt-trois mois, les palatales, les dentales aspirées, et le son particulier de Va anglais dans hat, sont encore un peu imparfaits, et r est représenté par /. Quand s marche devant une autre consonne, une des deux est supprimée. K est dans quelques mots confondu avec pou L II dit oken pour open, Icek pour take...> etc.

M. de La Galle, de son côté, vient d'apporter à ce genre d'observations son utile contribution de recherches personnelles ; elles seront doutant plus appréciées, que l'auteur explique les faits recueillis à l'aide des lois scientifiques du langage. Nos lecteurs nous sauront gré d'avoir pris large- 'ment encore notre bien où nous le trouvons.

« J'ai remarqué, par exemple,; un fait absolument constant : les consonnes dures ou bruits rudes sont très difficiles à prononcer pour l'enfant simultanément dans le même mot; ainsi, il supprimera l'un et altérera l'autre, ou remplacera tous les deux, si le souffle est fort, par un bruit analogue de souffle faible ; souvent il infixera ou emboîtera un son, c'est-à-dire une voyelle, entre l'un et l'autre. Go procédé nous rappelle le cas admis en linguistique, qu'une voyelle a dû séparer à son origine certaines consonnes doubles qui se sont réunies par la suite, quelquefois même confondues en une seule, comme le ty des Grecs et Vx des Latins.

« Ce même procédé, je l'ai remarqué aussi dans la séparation de diphtongues par une consonne médiane, quelquefois répondant à une sorte d'harmonisation sonnantique dans le redoublement des syllabes altérées : la métathèse et la contraction sont aussi très fréquentes. Ainsi, je trouve ' ns mon journal qu'Adolphe, à l'âge de vingt-deux mois.

disait cou pour clou, ot-îà pour ôte-toi, cloute pour croûte, toujer pour tuer, baugréte pour brouette, liff pour livre, anoir pour armoire, moussoir pour mouchoir, faguéguè pour fatigué, la-lô pour là-haut. Puis rghouise pour nourrice, gouaselle pour mademoiselle, acquelocque pour enveloppe, cacquette pour casquette, pœterre pour pomme de terre. Des phénomènes analogues se trouvent consignés aussi sur le langage de l'aînée. Pépita disait lâche pour vache, îoture pour voiture, chelal pour cheval, zâme pour femme, sénétre pour fenêtre, aristrocate pour aristocrate, pa pi 60 pour pas plus beau, les sansan pour les enfants. Une autre petite fille, que j'ai observée à peu près au même âge, disait les fanfans, mais le phénomène harmonique dans l'altération est ici le même. Elle disait aussi la 16, pœterre et acquelocque, plus tard anqueloque, et, suivant le procédé analogique, elle forma bientôt son verbe anqueloquer (envelopper).

« La confusion de 17 et de IV est aussi un phénomène caractéristique du langage enfantin; souvent, les enfants changent ou remplacent mécaniquement xes deux lettres Tune par l'autre ; mais c'est surtout la grande difficulté dans la prononciation de IV qui est à consigner ici. Cette vibrante prolinguo-médio-palatale a besoin, pour être prononcée, d'un certain exercice musculaire, et ne s'apprend que très tard. J'ai remarqué aussi que les enfants commencent par la prononcer au milieu du mot, puis à la fin et dernièrement lorsqu'elle est initiale; après, il se produira pendant bien longtemps la confusion de ces deux lettres, et tantôt ils substitueront, l à r, tantôt rà !, réciproquement. Cela me rappelle que, dans certains mots latins romanisés, cette confusion a produit aussi des altérations qu'on prend pour une loi étymologique, comme dans chapitre, de capitulum; pupitre, de pulpitum; épitre, de épis to la ; apôtre, de apostolus, et vice versa, peregrinus est devenu pèlerin. Il paraît aussi que les an-

cicns Egyptiens ne distinguaient pas bien nettement Tune de l'autre ces deux consonnes » (1).

M. de La Calle a affleuré aussii l'intéressante question de la primitivité du monosyllabisme. Contrairement aux idées qui ont cours aujourd'hui en linguistique, il a remarqué chez ses trois enfants « que le monosyllabilisme n'est pas plus que le polysyllabisme, un phénomène absolument constant » (2).

Les mots que l'enfant retient le mieux sont ceux qui expriment la qualité la plus saillante ou la partie qui produit l'impression principale et dominante. Ainsi une petite fille de vingt mois, devant laquelle j'ô.te mon chapeau, et à qui je demande : « qu'est-ce ? » me répond : « bonnet. » C'est pour elle le nom déjà généralisé de tout couvre-chef, soit féminin, soit masculin, et dont l'objet l'a bien frappée, sur le front de sa mère, et sur le sien, quand elle se regarde au miroir. Elle appelle la carafe vé (verre), tandis que la bouteille au vin est un lit (litre), le mot verre désignant une qualité qui l'a frappée et dans les verres de table et dans la carafe, et la bouteille, quoique de verre, lui apparaissant sous un autre aspect que le verre. Elle appelle aussi lit une petite bouteille de pharmacie qui contient à peine un décilitre. L'idée générale de verre ira tous les jours s'élargissant, et aussi l'idée générale de litre se rétrécissant, au fur et à mesure des expériences nouvelles.

Un petit enfant de deux ans et demi appelle oua-oua tous les chiens, sauf Cambo y celui de son grand-père, qu'il ne sait pas appeler par son nom, mais qui n'est pas pour lui un oua^oua vulgaire. Il appelle encore oua-oua les petits animaux de bois de sa collection, le chien, la chèvre, le loup, Thyène, le lion. Mais, devant un lion empaillé, il a paru surpris, quand je le lui ai appelé oua-oua, et il me

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