‹ La psychologie de l'enfantChapitre 99 sur 109 · Des soins à donner aux bébés, p · texte numérisé non relu

Des soins à donner aux bébés, p

un instinct héréditaire de langage qui pousse le nourrisson, comme le jeune oiseau, à essayer sa voix, selon les faibles ressources de ses organes, par plaisir plutôt que par besoin, et au hasard plutôt que par imitation volontaire. Mais déjà même à cette époque, il y a une part à faire à l'imitation involontaire, à la sympathie d'organisation, à la contagion musicale. Quant à cette première période d'un langage artificiel, particulier à chaque enfant, utile pour ses communications avec les autres enfants, et surtout avec sa nourrice et ses parents, il me paraît risqué d'affirmer, sans la moindre preuve expérimentale, qu' « il n'y a pas un seul de ses besoins pour lequel il n'invente un ou plusieurs sons articulés, sans qu'aucun exemple volontaire ou involontaire lui soit proposé. »

Un observateur des plus compétents, M. A. de La Galle, vient d'enrichir notablement le recueil des observations publiées sur la formation du langage enfantin. Pendant les trois premiers mois, selon lui, il est bien difficile de pouvoir observer quelque phénomène appréciable sur la phonation. Cette difficulté ne Ta pas découragé, et il nous est permis de citer de lui quelques observations ou interprétations sérieuses. Il a remarqué chez un de ses enfants, à l'âge de quarante-cinq jours, un petit bêlement accompagnant le rire, et à partir de ce moment, comme un plaisir à exercer l'organe de la phonation. « A ce moment de la vie, dit-il, la faculté d'imitation ne s'est pas encore montrée, et on ne saurait admettre que ces gazouillements représentent des essais ou des tentatives pour imiter les sons entendus ou les chants que les nourrices emploient pour les endormir (1). » Il attribue plutôt le plaisir que l'enfant éprouve à ce gazouillement, qui n'a encore rien d'expressif et d& musical, à la combinaison des actes réflexes associés pour la

1. La Glossologie, essai sur la science expérimentale du langao" 216. Maisonneuve, édit. 1881.

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première fois aux efforts conscients. Il a d'ailleurs remarqué que ses enfants produisaient plus particulièrement ces gazouillements avec des sons variés, sous l'influence de quelque impression agréable ; il ajoute avec raison :

« Ce qu'il y a de certain, c'est que ces sons répétés et plus ou moins continus ont plus d'affinité avec les sons répétés du rire qu'avec les cris des pleurs... La sélection naturelle doit se porter principalement sur les sons exprimant des sensations agréables, en vertu de ce principe, que « tout état de plaisir répond à une augmentation d'une partie ou de la totalité des fonctions vitales (1). »

M. de La Galle a cherché à, se rendre un compte exact de la variété, du nombre et de la valeur des sons variés qu'émet l'enfant avant l'articulation du moindre phonème, et, bien qu'il n'ait pu réussir, dit-il, qu'à obtenir la constation du fait, il essaie de déterminer les huit sons diffé- » rents dont se compose cette gamme musicale que l'enfant met en exercice plusieurs fois par jour. Il signale en premier lieu l'apparition de la voyelle a, qu'il appelle la cellule vocalique ou sonnantique ; le son ai, ê, se produit ensuite, quelquefois en même temps que l'au, ô, qui ne sont que les premières différenciations du son primitif a.

« A l'âge de six mois, Fernando exécutait une série très caractéristique de sons; à l'aide de cette seule sonnante, il .pouvait faire un entretien quelquefois d'un quart "d'heure avec sa mère ou avec sa nourrice, en riant, gesticulant et gazouillant avec le môme son, mais différencié par des nuances infinies et presque insaisissables, des modulations et des inflexions particulières, une fluidité, pour ainsi dire, que nos organeà, roidis par l'exercice, ne peuvent plus rendre ni même imiter ; l'intensité, la vitesse et l'étendue, la hauteur du son, variaient par des gradations insensibles

l. De la 6alle, op. cit. p. 218.

avec des alternances et des répétitions excessivement curieuses à étudier.

« Plus tard encore, à huit et neuf mois, et aidé aussi de l'expression mimique et physionomique, il employait de préférence ce même phonème a, quand même il savait déjà articuler quelques syllabes pour montrer, nommer, appeler et demander toutes sortes de choses ou d'objets : àh (inspiration) signifiait étonnement et contentement ; àh (expiration), appel et indication de toutes choses ou objets; hâ, hà, M, très brefs et répétés, pour demander quelque chose qu'il voyait et qu'il désirait ; Arf, Ad, soutenu, lorsqu'il trouvait joli quelque objet et pour exprimer en général l'admiration ; ha, ha, Ad, pour manifester le désir qu'on le fasse marcher en le tenant ; quelquefois aussi pour qu'on le menât promener. Evidemment, les gestes et l'expression de la physionomie viennent ici en aide aux sons interjectifs, l'enfant montrant l'objet ou ' la chose désirée, ou étendant la main et contractant à plusieurs reprises les doigts comme pour saisir ; la direction des yeux et l'expression du regard, les mouvements du corps, enfin toutes les manifestations expressives que nous avons déjà étudiées, sont employés par l'enfant avec plus ou- moins d'habileté.

« J'ai remarqué aussi que, dans certains cas, il se produisait en même temps la sonnante ai, surtout dans les tons plus élevés ; mais Yau, je n'ai pu l'entendre d'une façon bien nette, c'est-à-dire un 9 bien pur, chez aucun de mes enfants; c'est seulement dans les pleurs que je l'ai remarqué, mais comme un son composé ou à l'état de diphtongue ; Vo absolument pur, je n'ai pu l'observer que dans la voix articulée, avant ou après l'âge de huit à neuf mois, selon les individus. Voici, du reste, comme j'ai cru pouvoir transcrire, à peu près, les cris des pleurs de mes enfants après le troisième mois : à-hâ, à-hd, à-hd, è-hé, hèul! âh> âh 9 œuf! ohm, à-hâ* à-hd, à-hd, ohm! è-hé, è-hé.

è-hé, à-lid, etc., etc. Mais ces pleurs ne sont point ceux de la douleur aiguë, dont le àh ou eh /... est toujours profond et déchirant.

« Cette préférence/éminemment physiologique chez l'enfant, pour le phonème a, inspiré ou expiré, , selon le cas, nous indique aussi le rôle qu'il joue dans presque toutes les langues primitives et rudimentaires. C'est la simple cellule, l'embryon phonologique du langage parlé. »

Il serait trop long de donner même un simple résumé de toutes les observations faites par M. de la Galle sur les premières phonations, sur les voyelles, les diphthongues, les gutturales, les labiales. Contentons-nous de citer les principales phases de cette évolution.

« A quatre mois et demi, il articulait le premier bruit explosif joint au phonème a, et il disait : àp'pù,, àp'pâ, avec grand effort, ce qui se voyait du reste très bien, car il écartait considérablement les paupières et ses yeux devenaient brillants.

« Quelques jours après, il produisait martima, mam'mâ, avec un moindre effort, ou peut-être avec un effort plus localisé déjà dans l'organe de la phonation, car ses yeux brillaient aussi, mais les paupières ne bougeaient pas ; l'effort est déjà caractérisé ici par la sonnante nasale ellemême, comme un tâtonnement, comme quand on voudrait parler et qu'on ne le pourrait pas. C'est bien là aussi le mu-mu du sourd et muet, pour dire qu'il ne peut ou ne sait parler. Les Anglais écrivent mum pour dire : « Taisezvous! »

« A cinq mois, il avait un tant soit peu dominé la difficulté en parvenant à réaliser l'articulation pendant l'expiration seule du souffle, et il disait pàpâ (aigu), màmd (plu^ grave), mais très brefs et saccadés tous les deux.

« Lorsqu'il était en colère, il proférait un cri staphylin-gut tural prolongé hhr, en serrant les poings et devenant tou *ouge ; on aurait dit le cri du sapajou ; mais, lorsque]

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éprouvait une grande joie ou qu'on le chatouillait pendant longtemps, et que son rire devenait spasmodique, le son se prolongeait de l'expiration à l'inspiration du souffle, et il produisait alors un khr-ahr aigu, de nature vraiment bestiale. J'ai provoqué la répétition de cette expérience, pour m eu rendre bien compte, deux ou trois fois ; alors il se mettait de nouveau en colère, faisait la moue, allait pleurer, et il fallait l'embrasser bien vite pour lui demander pardon de mon excentricité. Souvent, quand il était content et satisfait, mais non excité par une joie trop vive, il articulait la sonnante e avec un petit bruit explosif medio-linguomedio-palatal : hé-cké, et il pouvait s'amuser à le répéter pendant quelque temps en examinant, on aurait dit soigneusement, les doigts de ses mains qu'il tournait et retournait, ou bieninspectionnant sur tous ses côtés le premier objet venu qu'on lui donnait' pour le distraire. Rien ne m'a jamais amusé autant que cette récréation enfantine, qui nous rappelle si bien les singes.

« Les modulations se changeaient souvent sans conscience ni signification ; c'était un exercice auquel il se livrait par plaisir, et qui s'était substitué par développement aux gazouillements des premiers jours; mais un progrès considérable s'était accompli par ces premières articulations, car désormais l'enfant possède déjà la matière du mot.

« Ces ké-cké devenaient tantôt /câ-c/câ, tantôt ak-kd, tantôt tà-tà-tà, à-tâ-tâ) à-bâ-ba-bâ, dd-dâ-da, puis pê-pêpé, bé-bé-bé, etc.

« Une sorte de plainte douce, soit quand on l'ennuyait en l'habillant ou de toute autre manière, par exemple lorsqu'il avait appétit et qu'on le faisait un peu attendre : ai/tVi/â ! aya'yâ! aycCyâl était une différenciation que je cro.s avoir remarquée à l'âge de neuf mois seulement ; pourtant il me semble l'avoir entendue bien avant chez mes autres enfants. Quoi qu'il en soit, cette découverte fut très-importante pour l'enfant, et il s'en. aperçut probablement, car il

enrichit son langage d'une variété plus grande de sons composés, en faisant usage de cette nouvelle gamme.

« Ainsi, ha M, h$ hé, kd kd, qui étaient déjà un grand progrès par la facilité de l'articulation pendant l'expiration du souffle seulement, se diversifiaient en se différenciant et en se prêtant à tant d'autres combinaisons phoniques nouvelles : hd hd devient oyd'yâ; hé hé, eyè eyé\ ko, M, kayd'yâ luxyayâ, et ainsi de suite, et la chanson recommençait avec ces nouvelles variations. »

Nous voici à l'époque des acquisitions de mots, les plus importantes.

J'ai observé pendant plus de quinze jours, un enfant âgé de douze mois, qui est en retard pour marcher, qui ne peut avancer que si on lui donne la main, mais qui est très précoce pour le langage. Il y a un mois, il marchait seul, mais il est tombé quelquefois, ce qui l'a rendu défiant : maintenant, quand on l'abandonne à lui-même, et qu'on l'excite à marcher seul, il s'asseoit, et dit : gnô, gnô (non, non). Il connaît la signification d'un grand nombre de mots prononcés devant lui, et il en emploie lui-même un certain nombre dans le sens ordinaire. Il dit painm, pour demander du pain ; quand on l'habille, qu'on lui passe la main dans la manche, et qu'il la voit venir, il crie : mainm ! Il appelle à chaque instant son frère Charles, dont les jeux et les espiègleries le frappent d'admiration, en criant : « Kiah, Kiah! » articulations très distinctes des articulations : tya, tya, qui désignent pour lui un besoin à satisfaire, ou les traces qui en restent par terre, et en général toute tache étendue sur une surface quelconque : il fait usage de ce dernier mot à neu près depuis trois mois. La viande est pour lui du

miamiam; mené mené indique le désir de sortir d'une place pour alier à une autre ; peudu indique un objet tombé, jeté ou disparu (perdu) ; il dit aussi quelquefois a pu, pour exprimer qu'une chose est mangée, finie, cachée, éloignée. Il aime à embrasser les poupées, qui sont pour lui des nana (néné signifiant dans le midi un petit enfant ou une poupée). Peu douillet, quand il tombe ou se cogne la tête, ou que son frère le bat en jouant, il se contente de dire tranquillement : pam ! Il emploie aussi ce mot, pour indiquer qu'un objet est tombé avec bruit. Il imite l'âne, le chat, le coq, surtout le cochon ; quand il désire vivement mené avec une certaine personne, et que celle-ci a bien voulu lui donner sa main, il exprime, son grand plaisir en contrefaisant cet intéressant animal. Plusieurs fois par jour on l'entend dire : tété, tété, ce qui signifie le sein ; il disait titi y \\ y a un mois. J'ai été fort étonné, l'autre jour de l'entendre reproduire par un monosyllabe initial un mot prononcé devant lui. La bonne lui ayant dit : « Veux-tu du gâteau? » il a dit aussitôt : ga % ça, et il a dirigé la bonne du côté de la salle à manger, qu'il connaît déjà comme telle, quoique n'étant à la maison que depuis deux jours. S'il connaît déjà le sens de beaucoup de mots par lui employés, il connaît le sens de beaucoup de formules simples et claires, mais correctement françaises, dont on se sert avec lui. Il me paraît inutile d'en donner des exemples, qui seraient analogues à ceux que j'ai déjà notés. Mais, ce qui est plus important, je l'ai entendu l'autre jour ébaucher avec deux noms une phrase éminemment synthétique, mais très claire, vu l'accompagnement du ton, des gestes et des mouvements. Il se promenait avec moi depuis quelques minutes ; il voit sa mère, veut aller à elle ; et, comme je ne m'empresse pas de l'y conduire, il me tire, me montre sa mère en étendant le bras, et d'un air suppliant, me dit à trois reprises : papa-maman (papa, mène-moi vers maman). Un peu plus, et il aurait intercalé plus ou moins réguliè-

rement, le verbe mené entre les deux noms : le progrès ne se produisit pas encore ce jour là, peut-être parce que je n'eus pas la patience d'attendre, et que j'obéis trop vite à l'enfant. — Outre le mouvement de la tête de gauche à droite, qui signifie : nm y et celui de montrer un objet avec la main, j'en ai remarqué un des plus caractéristiques : quand on chante ou qu'on joue du piano, il se secoue rythmiquement, et presque en mesure : c'est un mouvement auquel on l'a habitué vers l'âge de cinq mois, et (ju'il exécute en y ajoutant quelquefois un brumm argentin, qui est l'accompagnement de la musique.

J'ai remarqué dans un autre enfant âgé de treize mois un geste expressif, dont je ne me suis pas rendu suffisamment compte. Ses parents m'affirment qu'ils ne lui ont pas appris un mouvement d'indication produit avec l'index, qui pourrait bien être héréditaire, ou provenir, par sélection et simplification, de l'acte de préhension. En voici encore un dont la provenance évolutive ne me paraît pas absolument démontrée. Chez le même enfant, le geste de négation consistant en un mouvement alternatif de va et vient de la main, peut être, en principe, considéré comme une dérivation de l'action de repousser une chose désagréable ou qui rassasie. Il n'y avait pas de différence, il y a deux mois, entre les mouvements par lesquels cet enfant repoussait les objets placés sur une table et dont il ne voulait plus, et le refus qu'il faisait d'une chose offerte qui ne lui convenait pas. Aujourd'hui, ce même mouvement est employé par lui, lorsque, voyant dans la rue une personne qui lui rappelle sa mère ou son père, il dit, après l'avoir considérée avec soin : marna ou papa, et accompagne ce mot du geste de refus ou de répulsion, qui pour lui signifie non. Quant au geste de tête indiquant l'affirmation, il l'a produit de très-bonne heure, et, me dit-on, sans l'avoir vu faire. C'est un geste évidemment réflexe, comme la demi-occlusion des paupières qui l'accompagne.

Une jeune fille âgée de dix-neuf mois a déjà accompli aux trois quarts cette importante, et relativement rapide, évolution, qui est l'initiation au langage. Elle n'émet encore aucune phrase, même courte, quoiqu'elle comprenne le. sens d'un grand nombre de phrases assez longues ; maisi elle prononce intelligiblement une grande quantité de mots. On n'a pas eu de peine à la faire passer des sons inarticulés aux sons articulés, qu'elle cherchait d'instinct, mais que l'imitation l'a aidée à émettre plus facilement et plus nettement.

Il y a quelques mois, quand elle débutait dans l'acquisition de son vocabulaire, aujourd'hui très riche, elle ne reproduisait que la derrière syllabe, tonique des mots, dont elle altérait d'ailleurs l'articulation, conformément à la loi du moindre effort. Il est à remarquer que le langage des enfant^, comme celui des peuples primitifs, a pour racines ou pour premiers essais des sons monosyllabiques : la voix des animaux elle-même n'est qu'une intonation gutturale ou labiale unique, mais prolongée ou répétée à court intervalle. Le petit chien ne fait pas entendre d'abord son caractéristique aboiement, représenté par wrroua, ni le petit chat son miaou, ni le pierrot son kiou-kiou, ni l'hirondelle son tyilyiri. Leurs premiers essais vocaux sont grossièrement simples, monosyllabiques. Ainsi des enfants ; ils prononcent plus facilement des monosyllabes répétés papa, marna, que des dissyllabes, comme gâteau, minet ; il leur arrive même d'émettre quelques diphthongues, qui sont des variétés de monosyllabes, comme oua, mia, mié, etc. Ils sont assez longtemps rebelles aux véritables dissyllabes, et encore davantage aux polysyllabes. Longtemps cette petite fille, que j'ai observée depuis sa naissance jusqu'au vingt-deuxième mois, mais malheureusement sans noter chacun de ses progrès, n'a pu dire que bon pour tambour, fé pour café, yé pour Pierre, etc. En insistant, en séparant nettement les syllabes, sa mère est parvenue à lui faire émettre des sons

qui représentent les syllabes distinctes des mots. La mère prononçait : ta/mbour, Georget, pomme, pain, gâteau; et après un nombre considérable de leçons infructueuses, la petite élève a pu articuler : a-bou, o-yé, om, pai, a-teau, etc. Ainsi d'une foule d'autres mots, qu'elle prononce maintenant assez distinctement, sauf les modifications des consonnes, très Variables d'enfant à enfant. Il n'y a rien de très régulier dans la prononciation des sons que les enfants imitent. Un petit enfant de quinze mois, qui dit a-to pour bateau, pour gâteau dit caco, ou même cacou, et acacou dans les moments de volubilité. Il appelle tutu la tortue, et aussi la confiture. Telle syllabe prononcée d'une certaine façon dans un mot, est prononcée autrement dans un autre mot, ou redoublée, eu augmentée d'une syllabe inutile.

En général, on voit nettement dans le langage enfantin l'application de certaines règles que la linguistique a depuis longtemps constatées dans les transformations des langues, et, entre autres, les modifications produites par la tendance des individus qui s'en servent à diminuer les efforts musculaires de la prononciation. Inutile d'en citer des exemples historiques : nous voyons toujours autour de nous prononcer particuyer pour particulier, cuyé pour cuiller ; d'est ainsi que II mouillées sont prononcées aujourd'hui par la majorité des Français comme y; et cette tendance persistera, s'accroîtra, en vertu de la loi du moindre effort, malgré les avis de M. Littré, qui ne pourront peut-être rien contre cette loi. Aussi les enfants commencent-ils par prononcer les consonnes les plus faciles à articuler, et ils les modifient peu à peu, à mesure que leurs organes sont plus exercés ou plus puissants. Avant de prononcer /, un enfant que j'ai observé à l'époque de ses premiers essais de parole, prononçait II, mouillées, ou parfois li : peillo pour pelote, puis, certaines fois pelio ; mais à dix-huit mois, le plus souvent il articulait très bien VI. Or, il est facile de constater sur soi-même que II mouillées sont plus faciles qu7 sim-

DO LANGAGE <KX)

pie ; la dernière se produit par une assez forte application du bout de la langue contre le palais, tandis que II mouillées se font sans efforts en adossant la partie antérieure de la langue restée flasque, presque sans contraction, contre le palais. J'ai fait des remarques analogues sur d'autres enfants. Je dirai] exactement pour la consonne X ce je viens de dire pour 17 : il est plus difficile à prononcer que la consonne infigurable qui se trouve dans les articulations tcha, tchia, tchié, ou thia, thié, qui équivalaient pour 4 1g même enfant aux articulations ta, té, thiapeau, tia (table), tié (chien), tia (chat), tyéti, après tyityi pour téter. J'ai cependant vu d'autres enfants bien prononcer titi, teté, ta (table), té (tiens).

M. Pollock, un des premiers, a essayé de systématiser dans l'ordre phonétique en même temps que dans l'ordre logique, les premiers tâtonnements du langage. Son étude intéressante sur les progrès d'un enfant dam le langage (i), comprend la période entre le douzième et le vingt-quatrième mois. Nous en reproduisons les traits essentiels.

« A l'âge de douze mois, mm, était souvent répété, comme indiquant le désir ou le besoin de quelque chose ; bâ } bâ, un nombre indéfini de fois, comme une sorte de démonstratif général. A treize mois, l'enfant employait da, dd y comme un vague démonstratif, qui ne tarda pas à devenir le propre nom du père. Il disait wa, wa, pour exprimer les idées d'eau et de boire; wah, wah> un peu guttural, en présence des figures d'animaux, par exemple, des chiens, qu'il reconnaissait dans des tableaux ; fait curieux, dit M. Pollock, si on le rapproche de l'inaptitude que les adultes sauvages, ainsi que l'ont rapporté quelques voyageurs, montrent à ne rien comprendre aux plus simples représentations des objets. Nâ, nâ % représentait le sens propre, et non générique de nourrice. A quinze mois, w,

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