PERSONNALITÉ, — RÉFLEXION, — SENS VOUAI
L'idée du moi est, pour les psychologues, comme pour les physiologistes, une idée toujours fort obscure. Elle est cependant très distincte pour chaque homme. La personne, Tanimal, l'enfant apprennent vite à ne pas se confondre avec les autres êtres qui les entourent. Cette notion n'est, du reste, que le développement progressif de ce sens in* lime de la personnalité dont nous avons déjà parlé. On peut kt considérer jusqu'à un certain point comme innée, comme héréditaire, comme déjà exercée jet entretenue par les impressions de la vie fœtale, en un mot, comme faisant partie de ces prédispositions cérébrales que l'enfant apporte avec lai en venant au monde. Elle se précise ensuite et s'affirme* à mesure que les organes se développent, que les expériences se multiplient, que les comparaisons s'étendent, que la puissance d'abstraction et de généralisation progresse.
Dans le nouveau-né, la personnalité est surtout, ou paraît concentrée dans la sphère émotive. Il ne reconnaît distinctement ni aucun objet ni lui-même, mais il sent la pré* sence des objets, et il se sent vivre, sentir et agir. On vient d'apporter dans ma chambre un petit enfant figé d'un mois. A peine connatî-il sa mère à la voix : il ne le démontre par aucun geste, pas même par son sourire, qui est chee lui encore automatique, sans signification, ou d'une expression très-peu saisissable. Il commence cependant à connaître le sein par les yeux. Il y a dix jours qu'il voit de façon à distinguer les objets. Avant cette époque, il suivait seu-
lement les mouvements de la chandelle ; maintenant il suit des yeux tous les objets brillants ou agités. Il a suivi mon doigt, que j'agitais devant lui, à quelques centimètres de ses yeux ; il a suivi une feuille de papier blanc que j'agitais un peu plus loin. Mais son attention, ]a direction fixe de son regard s'est tournée, dès qu'il a été dans ma chambre, et plusieurs fois pendant les vingt minutes qu'a duré la séance, vers un objet placé près de la fenêtre, ou vers la fenêtre elle-même : je suppose que c'était vers un [cadre que la réflexion de la lumière devait 'rendre très-brillant pour ses yeux, vu la position dans laquelle il était tenu. Il m'a paru un moment tourner la tête de mon côté, c'est-à-dire à gauche, pour m'écouter parler. Je me suis placé de l'autre côté, et j'ai parlé bruyamment ; il s'est retourné, mais mollement, peut-être parce que le bruit lui venait un peu de derrière. Il produisait, comme sans s'en douter, un mouvement balancé de haut en bas avec le bras gauche ; je lui ai touché la joue, avec le bout du doigt, et puis avec le bout d'un porte-plume ; son bras a fait un mouvement de bas en haut, automatique 6ans doute, et qui n'a pas abouti jusqu'à sa joue. Il a fart le même mouvement, quand je lui ai frotté le bout du nez, mais il a accompagné ce mouvement d'un plissement de la narine gauche très-rapide, et d'un plissement du front qui a persisté trois ou quatre sa- "condes. Sa mère ayant un peu écarté son bonnet, et en suite lui ayant mis un voile sur la tête, il a plissé le front, ouvert la bouche an grimaçant, et poussé un petit cri de mécontentement. Quand il souffre de coliques, ce qui lui arrive souvent, il est très-inquiet, et agite ses bras, comme pour repousser un mal inconnu. Je lui ai placé mon doigt sous les siens : la main a d'abord frémi, et il n'a pas tardé à serrer mon doigt très-fortement; je faisais semblant de le retirer : lui serrait et tirait encore plus fort; je le lui ai abandonné, et il l'a porté vers ses lèvres. Mais il ne l'a sucé que trois ou quatre secondes : il a eu bien vite re-