‹ La psychologie de l'enfantChapitre 108 sur 109 · LA PERSONNALITÉ · texte numérisé non relu

LA PERSONNALITÉ

connu que ce n'était pas son mamelon nourricier. Ainsi donc tout est végétatif, rudimentaire, presque exclusivement, mais vaguement personnel dans ses impressions, ses idées et ses actes. Il ne paraît avoir que de lui-même, c'est-à-dire de quelque chose de très-peu distinct, une idée et une conscience persistante et continue : le reste est passager*, fugitif, entrevu, vaguement souvenu, nullement

distinct.

Mais prenons un enfant de trois mois. Que de progrés ; successivement amenés dans toutes les fonctions et dans là notion déjà ébauchée de la personnalité ! Ce petit enfant distingue sa mère des autres personnes de la maison, quand ces personnes se trouvent près de lui en même temps que sa mère : il tend les bras vers elle de préférence. Il n'est pas encore assez habile à comparer, pour distinguer un biberon remplit de laR d'un biberon rempli d'eau, et il les prend l'un pour l'autre indifféremment; mais quand sasœur veut se Servir de gon biberon, il se fâche. 11 sait que kùko veut dire Y oiseau % et il se tourne vers la cage, quand il entend prononcer ce mot. Ii se penche vers ses pieds, il tend ses bras vers le bas de sa robe, quand on lui demande où sont ses pieds ou sa robe. Lea dorloteries de sa mère arrêtent souvent ses larmes, même quand il souffre de coliques. 11 sourit à qui lui sourit, il caresse sa mère. Voilà toutes les facultés, sensibilité, intelligence, motricité intentionnelle, s'exerçant déjà avec délicatesse, force et facilité, et tout cela conscient. Il distingue les objets entre eux, il les distingue de lui-même, il distingue plusieurs parties de son corps. Encore deux mois, et l'association de son nom aux impressions qui intéressent sa personnalité déjà dégrossie sera pour lui un véritable signe, qui la représentera distinctement et ne représentera qu'elle.

La notion concrète de personnalité, qui a succédé au sentiment primitif de cette personnalité, me paraît déjà en for mation complète, lorsque l'enfant commence â ébaucher

l'expression de sa pensée. C'est pourquoi je crois qu'on a tort de trop rechercher à cette époque ce qu'il pense dans ce qu'il dit. Par exemple, quoique le contraire soit généralement tenu pour vrai, dans ce qu'il dit ce qu'il pense, je ne puis admettre que, si les enfants parlent d'euxmêmes à la troisième personne, c'est parce que la notion de leur personnalité et le terme qui, l'exprime ne sont pas encore complètement dégagés de l'objectivité extérieure. Quand l'enfant apprend à dire je du moi au lieu de Paul ou Charles, les termes je ou moi ne sont. guère plus abstraits pour lui que les noms propres qu'on le force à supplanter ^zxje ou moi. Mais les uns et les autres expriment également une notion très-distincte, et très-concrète d'individualité personnelle. Quand l'enfant à trois ans, dit : Je veux cela, ce n'est que la traduction de Paul veut cela, et je n'indique, comme Paul n'indiquait, ni une première, ni une troisième personne, mais la personne qui est lui, sa personne bien connue et continuellement ressentie dans ses émotions et dans ses actes. La notion abstraite de personnalité n'est pas dans l'esprit de l'enfant.

En effet, croit-on que l'animal n'ait pas une idée tout aussi distincte que nous de sa personnalité? J'ai une chatte, qui répond au nom de Mimi, qu'elle sait bien ne désigner qu'elle ; non-seulement elle accourt, quand on l'appelle par ce nom ; mais si ce mot vient sur les lèvres en sa présence, elle redresse les deux oreilles, et regarde dans les yeux d'une façon très significative: bien plus, quoiqu'on ne l'appelle ou ne la caresse jamais en lui donnant le nom de mère, si Ton vient à dire : la mère, on s'aperçoit qu'elle a appris, on ne saurait dire comment, que cet autre mot est le qualificatif de son individualité. J'ai eu autrefois une autre chatte, qui avait appris que lorsque quelque membre de la famille parlait de chat ou de chatte, il s'agissait d'elle ou de quelqu'un des siens, mais plus spé- 'olement d'elle ; ses regards et ses attitudes indiquaient

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