‹ La psychologie de l'enfantChapitre 18 sur 109 · L'ACTIVITÉ MOTRICE A SIX MOIS · texte numérisé non relu

L'ACTIVITÉ MOTRICE A SIX MOIS

ques-uns des animaux supérieurs. C^st que, plus la volonté doit dominer dans le contrôle et la coordination des mouvements, plus les acquisitions motrices spéciales seront étendues et complexes, et plus l'éducation est longue en même* temps qu'influente. Ainsi, le chat âgé d'un mois, le ehien âgé de quatre mois, se servent mieux de leurs pattes pour la station, la marche, la préhension et le jeu, que l'enfant âgé d'un an de ses bras et de ses jambes en vue des mêmes fonctions. Le petit chat qui vient de naître peut même se traîner sur le ventre, sinon marcher, et ses efforts, ses progrès, spécialement en motricité locomotrice, sont peut* être intéressants à mettre en regard des progrès analogues qui s'accomplissent si lentement chez l'enfant (l).

Il faut près de deux ans à un enfant pour faire des progrès même inférieurs à ceux que de jeunes chats ont accomplis en moins d'un mois. C'est à peine si, à l'âge de six mois, l'enfant que l'on abaisse rapidement en le soutenant, paraît faire effort de ses -mains pour ne pas tomber. Son triomphe à lui, c'esUa position assise : quand il est assis sur un tapis, entouré des jouets dont il est le maître jaloux, ses mains, ses bras, ses doigts, produisent des mouvements délicats et variés, malgré beaucoup d'incertitude, dont un chat ou un chien d'un an n'est pas capable. Son activité, doublée de curiosité, et surexcitée par les sentiments affectifs de toute sorte, le rend de plus en plus heureux, et lui paraît à tel point nécessaire, qu'un quart d'heure d'inac» tivité relative lui pèse comme une journée d'ennui aux adultes.

A cette époque, que de jouissances musculaires, sensu tives, intellectuelles, morales, lui procurent les premières tentatives de marche, les premiers essais de notre langage, et les gestes variés qu'il copie sur les nôtres ! Tous ces

1. Voir Mes deux chats, fragment de psychologie comparée, broch, io-12, cbex Germer Baillère, 1881.

progrès sont d'autant plus vivement ressentis par sa naïve personnalité, qu'ils ne s'opèrent pas toujours à la suite d'efforts conscients, et par une évolution graduelle et voulue, mais le plus souvent tout d'un coup, selon le développement des organes spéciaux qui servent à leur production. L'apparition de ces forces pressenties vaguement peut-être par l'organisation, mais non intentionnellement recherchées, procure à l'enfant le plaisir incessant de l'inattendu. Ce sont des trouvailles dont il se félicite, et dont il veut faire part à tout le monde : il répète sans se lasser, pendant quelque temps, le mouvement utile dont il a vu naître en lui le pouvoir: tel mouvement spécial des mains et des jambes, il cherche à le faire aller à toutes fins, comme les premières articulations significatives qu'il s'est appropriées lui servent de~ termes généraux pour désigner les ressemblances quelquefois les plus lointaines des objets. Inutile de rappeler que la plupart des progrès les plus sérieux, les plus personnels, s'opèrent sans nous, sinon en dépit de nous. Il en est du moins bien peu que nous puissions, ou que nous sachions surveiller et diriger. Mais rien de plus intéressant à étudier que ceux auxquels nous pouvons, jusqu'à un certain point, collaborer.

Voici un petit enfant de dix mois, qui, depuis quelque temps, apprend à marcher. Ses premiers efforts ont été laborieux ; quoiqu'on le tînt avec soin par la robe, il échouait souvent dans ses tentatives pour faire quelques pas sérieux ; il lui arriva même, plus d'une fois, de rouler sur lui-même, et de pleurer. Assez longtemps il en est resté à l'ABC de la marche, c'est-à-dire à piétiner sur place, comme un soldat novice à qui l'on enseigne à tendre en avant une jambe, puis une autre. Maintenant ses jarrets sont un peu plus fermes, il sait faire sept ou huit pas sans broncher. Mais, comme il tourne la tête du côté de celui ou de celle qui le maintien* debout ! Il sent qu'il ne se tient droit que grâce à l'appui qu'on lui prête ; il se souvient de ses nombreuses chutes, ou, peut-

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