‹ La psychologie de l'enfantChapitre 21 sur 109 · H. Spencer, Psti'cWàgîe, £. âl · texte numérisé non relu

H. Spencer, Psti'cWàgîe, £. âl

L'ACTIVITÉ MOTRICE A OnNZE MOIS 23

der. II est un âge où» tenir une simple feuille de papier qu'on a désirée, et qui fait du bruit sous vos doigts frémissants, et qui s'étale toute large sous vos yeux ébahis, doit être considéré comme une prouesse accomplie. Un aes triomphes les plus vivement ressentis par l'enfant est, plus tard, de pouvoir imiter avec une lointaine ressemblance quelques-uns de ces mots que ses éducateurs lui répètent avec tant de patience, et que, malgré la vive impressionnabilité de son cerveau, il se fatigue tant lui-même, non pas à graver dans sa mémoire, mais à fixer dans ses organes vocaux si rebelles. Aussi, quand il est parvenu à les prononcer tant bien que mal, il prend bien sa revanche, et il s'en assourdît avec un plaisir toujours nouveau.

A un ab, l'enfant commence à marchotèr, à se lâcher, d'une personne à l'autre, à ne plus craindre autant les chutes, et à les parer en s'appuyant des mains à terre : bien plus, le rôle de quadrupède ne lui paraît pas à dédaigner, puisqu'il lui est utile. Il est curieux à voir, s'appuyant du rentre contre une chaise ou un banc, et restant des demiheures dans cette station verticale, rangeant et dérangeant ses jouets, faisant ses petits repas avec les mets qu'on lui donne, jouant avec le chien ou le chat qui veut bien se lais* ' ser torturer, se retournant du côté des personnes présentes j leur tendant les bras avec une mimique sérieuse, si elleé s'éloignent ou refusent de lui apporter un objet montré, sô tournant et retournant, au gré de ses impressions mobiles, faisant avec précaution et en se cramponnant le tour de la chaise ou du banc, se baissant avec les mêmes précaution^ pour s'asseoir par terre, et puis se relevant avec un peu plus de peine, enfin livré à lui-même, et n'ayant presque

jtfus besoin de personne pour se mouvoir à volonté et se tenir dans la position la plus naturelle à l'homme. Encore quelques mois, quelquefois quatre ou cinq, quelquefois deux ou trois, et le petit être avancera tout seul, avec cette démarche boiteuse et empêtrée, qui lui fait lever les genoux avec un visible effort, comme s'il traînait des souliers de plomb.

Vers cette époque de quinze mois, l'enfant exécute, avec une adresse et une précision relativement considérables, quantité de mouvements appris ou perfectionnés. On peut juger des immenses progrès accomplis par le petit nombre d'actes que je vais citer. La tête se lève ou s'abaisse, penche à gauche, à droite, en arHère, s'immobilise par la tension du cou, se secoue pour dire non, se balance de haut en bas pour dire oui, frétille dans la joie ou dans l'épanchement de tendresse, s'enfonce dans les épaules ou se cache dans les mains pour jouer, dodeline gracieusement au milieu des caresses, et se mutine drôlement pour exprimer l'espièglerie. L'oreille et l'œil se sont accommodés aux distances ; l'oreille se tend avec célérité vers le point d'où le son provient ; elle entend plus de choses, sait quelquefois ne se prêter qu'aux sons qui lui plaisent, les écouter, les appeler, et se fermer à certains autres ; elle connaît un grand nombre d'êtres et d'objets, aux bruits qu'ils produisent. L'œil a acquis un riche ensemble d'adaptations : l'aveugle de Gheselden, si tant est que cet aveugle métaphysique existe, est très avancé déjà dans l'éducation double et réciproque de la vue, du tact et du muscle. Cet œil n'a plus l'expression vide d'autrefois : il plonge parfois son regard dans l'intétérieur de la personne, il se meut avec une rapidité électrique à toutes les impressions venues de l'extérieur, quelles qu'elles soient; il exprime avec force et délicatesse les diverses nuances de la pensée, du sentiment et de la volonté ; il sait qu'il les exprime, et il les exprime intentionnellement de temps à autre.

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