‹ La psychologie de l'enfantChapitre 27 sur 109 · LES SENSATIONS MUSCULAIRES · texte numérisé non relu

LES SENSATIONS MUSCULAIRES

nutrition, un parfait accord de toutes les fonctions. Non seulement le sommeil est la condition de l'accroissement des organes, et du développement intellectuel et moral, qui se fait moins par les impressions reçues que par les perceptions digérées et consolidées ; mais il est la part la plus bienfaisante que la nature fasse à l'enfant jusqu'à l'âge de la curiosité vive et de la locomotion facile. Et qu'est-ce donc si ce bonheur négatif, qui est l'absence de toute sensation pénible, et qui prépare au réveil des sensations positivement agréables, est doublé pour le petit enfant, comme pour l'adulte, des idéales sensations du rêve, si l'enfant qui vient de s'endormir, repu et caressé, sous le charme de la voix maternelle, retrouve souvent en rêve l'aimable réalité qu'il a quittée ?

Les sensations musculaires. — J'ai déjà eu l'occasion de parler d'un sens auquel ont passé un certain nombre des attributions du tact, le sens musculaire, qui est une entité hypothétique pour Renouvier, mais dont Bain et Wundt croient avoir établi l'existence par des expériences irréfutables. On rapporte ordinairement à ce tact intérieur les sensations de pression, de poids, de traction, et même de résistance ; on en fait comme la conscience, non seulement des contractions musculaires, mais même de l'état des muscles, et, à un moindre degré, de l'état des articulations de la peau accompagnant les contractions musculaires.

Quelle que soit l'origine et quel que soit le centre de ces sensations, on ne peut nier qu'il n'en résulte des sensations de plaisir ou de douleur d'un genre particulier, indépendamment du plaisir ou du déplaisir moral résultant d'un désir plus ou moins vif et plus ou moins bien satisfait. L'effort plaît en lui-même, quand il n'est pas trop violent : on peut donc dire que les sensations de pression, de poids, d'efforts musculaires, sont agréables à l'enfant, quand ils ne dépassent pas ses forces, et lui déplaisent plus ou moins dans le cas contraire. Ajoutons que ces sensations sont

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d'autant plus agréables, qu'elles sont plus variées : chaque membre, chaque organe est susceptible d'un nombre infini ** de mouvements qui procurent à l'être le sentiment intime,' quoiqu'inconscient, de son activité ou de sa vie. Que de muscles en jeu simultanément ou successivement dans la seule traction d'une pelote attachée au bout d'un fil 1 Et s'il s'agit d'un poids, si léger qu'il soit, à soutenir pu à soulever, ce ne seront pas seulement les muscles du dos, des épaules et du cou, ou les muscles du bras et de l'avant bras qui entreront en jeu, mais un certain nombre de muscles respiratoires. Ferrier paraît, en effet, avoir démontré que le sens de l'effort nécessaire au discernement d'un poids lourd « doit être plus exactement attribué à la région des muscles respiratoires (1). » Cette sensation du poids, antérieure à l'appréciation du poids, est donc un phénomène musculaire d'uuo complexité telle que la foule de sensations qui en résulte doit profondément intéresser la conscience musculaire ou le centre auquel répondent les attributions qu'on lui prête. Plaisirs d'un état d'équilibre et de santé, plaisirs d'un exercice approprié et modéré, telles sont les sensations qu'éprouve chaque jour sans s'en douter le petit enfant qui agite ou dont nous remuons les membres. Mais aussi que de sensations désagréables ou nuisibles' nous lui faisons éprouver peut-être chaque jour par ses muscles, sans que nous nous en doutions, nous et ceu* qui nous remplacent auprès de lui !

Les sensations Viermiques. — La sensation de la chaleur et celle du froid dépendent essentiellement de la différence de température entre nos organes et le milieu ambiant, entra le corps rayonnant et le corps eu contact, air ou objet quelconque. Quand la disproportion est modérée, dans un sens ou dans l'autre, il y a sensation agréable de chaleur vu de fraîcheur ; quand elle dépasse certaines limites, il y a

tt David Ferrier, Le$ fonction» du car veau, p. 868,

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douleur, en même temps que troubles plus ou moins graves dans les profondeurs de la vie organique. Malgré le développement incomplet de ses plexus et de ses centres nerveux, l'enfant est prédisposé à une très-forte impressionna? bilité à la température, sinon par la facilité d'accommodé tioo au milieu ambiant, du moins par la délicatesse de ses tissas épidermiques, par son peu d'activité nutritive, et la petitesse de son volume. Nous avons déjà vu que le fœtus est très sensible à la température haute ou basse. Mais cbe« tous les animaux nouveau-nés, la tendance au refroidisse-* ment est extrême, et ils meurent très facilement cte froid, même en été, à l'ombre.

Les douces sensations de chaleur qu'éprouve le jeune enfant sont si évidentes, qu'il est inutile d'y insister. Mais on peut se demander si les sensations de froid, dont meurent tant d'enfants, leur sont aussi pénibles qu'elles le serraient à des enfants plus &gés ou à des personnes adultes. Il me semble que le tout jeune enfant en souffre en réalité moins qu'on ne l'attendrait de sa susceptibilité organique & de telles impressions. Les sensations de cette nature sont ordinaire-, ment modifiées pour l'adulte par des jugements, des habitu» des, des sentiments très divers et très variables, qu'un abaissement ou une élévation de quelques degrés peut réveiller en lui. Un soldat de faction par une forte gelée pourra éprouver des sentiments qui contrebalanceront les vives sensations de froid, ou pourra faire des réflexions, des comparaisons, combiner des souvenirs, former des imaginations, qui auront pour résultat de lui rendre le froid plus pénible qu'à un enfant de deux mois, et surtout de quelques semaines, qui sera exposé, à quelques pas de la guérite, sous une porte cochère. Inutile, aussi, d'insister sur ce fait évident pour tous, que la constitution individuelle, l'état accidentel de la santé, augmentent ou diminuent, pour les enfants, comme pour les grandes personnes, la susceptibilité dQQt nous parlons.

Les sensations du tact. — Le tact est un instrument de préservation avant d'être un instrument d'instruction. Nous savons qu'il se manifeste déjà dans le sein maternel, en même temps que le sens musculaire et le sens thermique, sous l'effet d'une pression exercée par la main, ou sous l'application du froid et du chaud, etc. Au moment de la naissance, là sensibilité cutanée est très vive, et il semble que l'enfant, par son heureuse quiétude, ou par ses cris et ses convulsions, montre que le contact dés objets extérieurs lui cause plaisir ou peine.

La sensation de résistance est considérée par quelques-uns comme la sensation fondamentale du toucher. L'intensité de-cette sensation, ou les modifications qu'elle peut prendre suivant la nature des objets impressionnants, peuvent produire chez l'enfant des sensations douloureuses, ou simplement gênantes et irritantes : telles sont les sensations du chatouillement, du rude, du rugueux, du piquant. Des sensations de contact qui nous paraissent insignifiantes lut causent des inquiétudes, le font grimacer, crier, agiter les bras, remuer le corps, porter automatiquement les mains vers le visage. Les barbes d'une plume passée sur les yeux et sur le nez d'un enfant âgé de quinze jours lui ont fait froncer le sourcil, contracter obliquement le nez, fermer les yeux; il est vrai que d'autres, plus âgés, étaient insensibles à ce genre d'excitation.

Quant aux sensations agréables du tact, il n'est pas aussi facile d'en constater les signes évidents dans les enfants âgés de moins de deux mois. Les pressions délicates et légères, le contact d'une peau clouce ou d'une étoffe moelleuse, ne déterminent sur le visage aucune expression précise de plaisir, ni sourire, ni agitation des yeux : le nourrisson n'est cependant pas insensible à ce genre de sensations, pour lui déjà significatives de la présence de certains objets ; il est impossible qu'elles ne lui fassent pas éprouver quelque vague sensation de bien-être, malgré l'im-

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