LES SENSATIONS AUDITIVES
mélodie que les abeilles, les serpents, les singes, et tant d'autres animaux auquels un rythme grossier et assourdissant tient lieu de musique. Tout leur est bon pour faire du bruit, aussitôt qu'ils peuvent se servir de leurs mains pour tenir les objets retentissants, et, s'ils paraissent quelquefois étonnés du vacarme qu'ils font, ils sont manifestement heureux de faire ainsi acte de force et de puissance. Je ne puis voir un bambin, de huit mois à trois ans, s'évertuer à s'assourdir lui et les autres, sans me rappeler les singes musiciens d'Afrique, dont parle Houzeau. « Le bruit des animaux n'est pas toujours le simple résultat accidentel du jeu de leurs organes : il est produit quelquefois avec intention. En d'autres termes, l'animal fait le bruit pour le bruit; il y voit un moyen de s'étourdir et de s'exciter. Je ne parle pas de \cette multitude de cris qui font retentir les forêts tropicales, des branches qui se cassent, des coups de bec sur les arbres, ni des noix croquées sous la dent. Ce tumulte des bois est inhérent à l'existence et aux occupations des habitants. Je parle de sons produits pour eux-mêmes, avec une intention aussi déterminée que celle d'un sonneur de cloches ou d'un joueur de tambour. Il arrive, par exemple, que les chimpanzés noirs de l'Afrique se réunissent au nombre de vingt, trente, ou cinquante, et qu'ils s'animent alors non seulement en jetant des cris, mais en battant sur du bois mort, au moyen de baguettes qu'ils tiennent avec les mains et les pieds (1). »
1. Houzeau, Les facultés mentales des animaux, etc., t. II, p. 106.