‹ La psychologie de l'enfantChapitre 31 sur 109 · LES CARACTÈRES DE L'INSTINCT · texte numérisé non relu

LES CARACTÈRES DE L'INSTINCT

précédents des lois absolues et inflexibles. Il accorde, comme un fait d'expérience, que l'instinct peut varier, « sous l'influence de certaines circonstances, quoique dans de très faibles limites et dans des cas exceptionnels », en un mot, que ces modifications ne sont pas autre chose çu'«ime adaptation innée des -habitudes de l'animal au milieu environnant, » et qu'elles n'ont lieu que dans des détails très secondaires.

Montrons d'abord quelle est la part de l'ignorance, ou plutôt de l'inconscient, dans le fonctionnement de l'instinct. U est de toute évidence que pas un des mouvements du fœtus ne peut s'expliquer par le raisonnement, la volonté claire, l'expérience individuelle. Ils ne relèvent pas de sa conscience, considérée comme cause impulsive, quoiqu'il soit permis de supposer qu'ils en provoquent l'exercice. Quand le petit être, quelque temps après sa naissance, recherche le sein ou la tétine de la mère, et coordonne 'les mouvements des muscles de sa bouche, de sa tâte et de sou cou, de manière à aspirer le lait ; quand il combine l'action de la langue, du palais, du pharynx, qui concourent au mécanisme de la déglutition; quand, un peu plus tard, il presse de ses pattes ou de ses poings rythmiquement agités le sein ou le ventre de la mère, afin de faciliter le passage du suc nourricier ; quand l'action combinée et harmonieuse de si nombreux organes produit chez lui la respiration ; quand les paupières se ferment, si l'on touche la conjonctive, ou qu'une lumière trop intense ébranle la rétine, ou qu'un son violent heurte l'oreille ; quand l'irritation provoquée sur la face, à l'oreille ou sur la langue, en fait contracter les muscles ; tous ces actes automatiques, accomplis avec une précision supérieure aux actes daris lesquels intervient la volonté, ni l'expérience ni le raisonnement n'ont pu apprendre au jeune être à les faire. Le jeune animal, l'enfant, les font sans savoir dans quel but, ni par quels moyens ils les font ; mais ils savent qu'ils les font,

et, pltis ils progresseront en connaissance, plus ils le sauront, plus ils s'apercevront des moyens employés et du but associé à ces moyens. L'impulsion est impérieuse, inconsciente ; mais l'acte a une tendance cpnstante à redevenir ce qu'il a été souvent à l'origine, chez les ancêtres, c'està-dire conscient, et même volontaire.

Passons à la perfection immédiate des actes instinctifs. « L'animal, dit M. Joly, réussit généralement du premier coup, sans tâtonnements et sans essais préalables. L'oiseau n'a pas besoin d'étudier pour faire son nid. Le carnassier n'hésite pas, quand il se trouve pour la première fois en présence de la proie que la nature lui destine, et parmi les herbes d'une prairie, le ruminant va droit à celle qui lui convient. » Cette perfection et cette infaillibilité' de l'instinct animal sont très surfaites. L'assertion est vraie, en général, pour ce qui touche aux principales actions mécaniques de la vie, aux actes organiques les plus indispensables, les plus délicats, dont l'exécution n'aurait pu que dangereusement être confiée à la volonté. Ici l'impulsion de l'instinct est fatale, certaine et précise, dit Houzeau « comme toutes les grandes harmonies de la nature ». Mais dans la plupart des autres actes moins nécessaires, « régis, ou du moins influencés par l'animal lui-même», nous trouvons un instinct « sujet aux illusions accidentelles, aux aberrations des individus, aux idiosyncrasies des espèces (1). » Il n'est pas sans intérêt d'emprunter au même auteur quelques exemples montrant que l'instinct peut se trompei

« Le grand ver de terre ou lombric a grand peur de la taupe, et dès qu'il sent la terres remuer, il monte à la surface et se dérobe aux recherches de cet insectivore. Or des oiseaux, tels que le goéland, le vanneau, et après eux les pêcheurs qui emploient le Ver de terre pour appât, vont pié-

1. Étude sur les facultés mentales chez les animaux, t. 1, p. 295.

Page 1