SYMPATHIE ANIMALE
s'occuper longtemps d'une personne ou d'un objot, qui no sauront pas se varier, se métamorphoser, au gré de sa mobile curiosité. — Voici un enfant de dix mois : il confond les fleurs avec les autres objets inanimés; un morceau de papier rose excite en lui un sentiment de curiosité, une attraction, un plaisir, de même vivacité et de même durée que celai qui lui procure une belle rose. Quand je flaire cette fleur devant lui, et que je l'invite à m'imiter, en lui disant : « Elle sent bon, » il aspire, il a l'air content, il est sensibte à la bonne odeur de la rose : mais les parfums excitent en nous des sensations si vite émoussées, qu'il faut avoir l'habitude tout artificielle de l'adulte (de l'adulte même animal, car j'ai vu souvent des chats se fourrer le nez dans des violettes, en vrais gourmets d'odeurs), pour savourer ces sensations en les renouvelant méthodiquement, pour les apprécier, et pour aimer les fleurs à cause de leurs parfums. Le charme des nuances végétales, si profondément ressenti par l'adulte, a vite fatigué l'enfant. A l'égard de ces êtres si fragiles, et surtout dans ses mains, son plaisir est encore plus fragile. Il tressaille d'aise à les voir, à les sentir, et bientôt il les délaisse pour autre chose. Son organisation, plus faible que la nôtre, subit presque sans réaction l'effet de cette loi naturelle, qui veut que les sensations les plus vives soient le moins longtemps ressenties. C'est pourquoi • les objets, qui excitent en lui les sensations les plus agréablement ou péniblement vives, ne lui plaisent ni ne l'attristent jamais longtemps. Ils lui repiaisent ou l'attristent souvent, et les sensations agréables sont les bienvenues, les sensations contraires sont mal reçues, quand elles se répètent après des intervalles suffisants.
Sympathie animale. — Les êtres animés ont, un peu plus que les objets inanimés, le don d'arrêter l'attention, d'éveiller la curiosité, et partant d'exciter l'affectibililé de l'enfant. Les chiens, les chats, les moutons, les oiseaux, les poulets, voilà, par excellence, ses instruments récréatifs.
ïnstructifs^et affectifs. Ést-il étonnant qu'il en soit ainsi? Ils réunissent pour lui tous les plaisirs'de la vue et de l'ouïe, les jouissances rnultiples du tact, et cette volupté latente qui suit les satisfactions de l'appétit du mouvement. Au renouvellement continuel de la curiosité, qui s'opère grâce à eux, s'ajoutent aussi les influences non moins puissantes de la sympathie animale. Quelle fête, quand l'enfant étreint une de ces bêtes complaisantes de ses petites mains convul- ^ives ! C'est sa propre vie, sa propre personnalité, qui se répercute vaguement pour lui dans ces organes agités des rtiemes mouvements que les siens. Ce sentiment, plus héréditaire qu'acquis de la sympathie, a quelquefois chez lui des phases d'excitation supérieure : les jeux, les caresses, les cris de joie, les doux grognements, les plaintes,, les gémissements du chien ou du chat, tout cet ensemble de sensations à signification sympathique renforce la curiosité, et surexcite les affections produites par les larges satisfactions .de la vue, de l'ouïe, du tact, du mouvement, que la présence de ces animaux lui procure.
Cette sympathie pour l'animal ne va guère, d'ailleurs, chez l'enfant, jusqu'à la sympathie morale. Un enfant de dix mois, mon voisin, qui joue toute la journée avec le chien et avec le chat, les aime, mais plus pour lui que pour eux, pour le plaisir qu'ils lui font que pour celui qu'il peut leur procurer lui-même: Il n'a pas Fair de se douter que ces animaux jouissent et souffrent. Leurs ébats, leurs vois joyeuses le charment; leurs cris ou leurs colères l'étonnent, l'effraient, l'attristent : c'est à peu près tout. Comme le chien e3t plus doux que le chat, il n'est pas d'épreuve à laquelle l'enfant ne soumette sa patience : il se jette de tout son poids sur lui, le tire par la queue, par les pattes, par les oreilles, lui mord même la queue, crie à l'assourdir, lui fourre divers objets dans la gueule, éparpille sur lui ses jouets, lui fait tomber une chaise dessus, le bat ^veç sa pelle de bois* etc. L'autre jour, dans lo jardin, la bonne l'a $ssis sur le