‹ La psychologie de l'enfantChapitre 53 sur 109 · SYMPATHIE HUMAINE · texte numérisé non relu

SYMPATHIE HUMAINE

gazon, et, pour l'amuser, a mis une tortue près de lui : il observa tout d'abord le pauvre chélonien avec une assez grande curiosité ; ce que voyant, la bonne le laissa seul un moment ; à sou retour, la tortue avait une patte à demi arrachée, et 1'iptéressa.nt observateur était occupé à en tirer une autre de toutes ses forces. Du reste, ce mépris de la douleur chez l'animal, lorsqu'elle ne se traduit pas par des signes extérieur^très-sensibles, est commun à l'enfant et à un grand nombre d'adultes, résultat d'une éducation mauvaise plutôt que d'un défaut naturel de sensibilité . J'ai vu bien souvent des gens sans instruction, des bonnes, par exemple, convaincus que tel animal ou tel insecte ne souffre pas. Les partisans outrés de l'automatisme des bêtes, et Malebranche entre autres, n'ont-ils pas professé que cela ne sent pas? Il est même bien remarquable qu'un savant, le célèbre Lamarck t un des précurseurs de Darwin, ait donné aune partie du règne animal le nom d'animaux apathiques. Sympathie humaine. — Un enfant do douze mois, qui revint dans la maison paternelle après un mois d'absence, vit avec indifférence un chat bien connu se frotter sur sa robe en ronronnant. Il fit à peine attention au chien qu'il avait vu tous les jours dans la cour, avec lequel on l'avait laissé jouer quelquefois, et dont il disait très-souvent le nom. Il fallut bien une dizaine de minutes, pour qu'il redevînt familier 4 l'un et à l'autre. Mais à peine vit-il une bonne vieille servante venir de sou côté, avant même qu'elle l'eût appelé par son nom, qu'il rit et lui tendit les bras, en faisant do joyeux soubresauts. C'est que le petit enfant, qui paraît souvent aimer lo chien ou le chat presque à l'égal de ses parents, oublie plus facilement les animaux quelesper 4 sonnes. L'enfant un peu plus âgé se souvient beaucoup mieux des animaux; ij en parle même à tout instant quand il est loin d'eux. Mais je crois qu'en général l'affection qu'il a poitf Jes persqnnes est plus profonde, En mettant de côté Ips payante à la sympathie qui résultent ds l'orga-

nisation et de l'hérédité, l'homme est encore plus pour l'homme, et surtout pour l'enfant, cet « être ondoyant et divers », objet d'une curiosité toujours nouvelle, toujours attrayante, toujours ©atisfàite. Le petit enfant est, dans toute la riguvur du mot, suspendu aux regards, attaché aux lèvres, enchaîné aux gestes de ceux qui rapprochent. La parole est par elle-même, et à part les idées et les sentiments, variés comme elle, qu'elle exprime, une musique dont le rythme et les intonations sont proportionnés aux facultés esthétiques du petit enfant. Le regard joint au charme et à l'utilité de son expression universelle les éclairs de la passion, les effluves magnétiques de la volonté : l'œil est le plus intéressant et le plus attachant des spectacles : cette vivacité de la prunelle enchâssée dans un ovale d'un blanc mat, cette limpidité, ce chatoiement, ces rayons, ces caresses, cette profondeur, attirent, éblouissent, fascinent l'œil du petit enfant, comme les contours et les dessins fuyants d'une belle agate : c'est son enchantement continuel. Quoique l'enfant ne soit , que grossièrement sensible aux délicates impressions du beau, les formes douces, les nuances claires et bien assorties du visage humain, doivent être aussi d'un puissant attrait pour lui. Ajoutons-y le jeu si varié de la physionomie, qui a des liens si intimes avec l'organisation des êtres sensibles, que les animaux qui ne vivent pas habituellement dans la société de l'homme, y devinent et y cherchent une signification. A tous ces objets d'incessante et intense curiosité, sont associés pour l'esprit de l'enfant, les idées de caresses, de jeux, d'amitié, de plaisir, de nourriture, toutes les excitations de l'esprit, toutes les jouissances du cœur, toutes les habitudes physiques.

On remarque chez l'enfant, surtout vers l'âge de dix mois, de ces attachements subits pour des visages nouveaux, qu'il n'est pas toujours facile d'expliquer. Un jeune parent, âgé de onze mois, est venu visiter ma famille. A première vue,

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