TENDANCES INTELLECTUELLES
La curiosité est comme l'appétit de l'intelligence, tout égoïste et sensuel au début, mais instinctivement et graduellement relevé par une sorte de désintéressement scientifique. C'est tout d'abord une excitation vive de la sensibilité, ' et par contre-coup de l'activité, en présence ou dans l'attente de sensations neuves et fortes.
Fénelon a décrit en psychologue, sinon en physiologiste exact, cette intéressante fonction de l'âme enfantine : « La substance de leur cerveau est molle ; elle durcit tous les jours. Pour leur esprit, il ne sait rien, tout lui est nouveau : celte mollesse du cerveau fait que tout s'y imprime facilement, et la surprise de la nouveauté fait qu'ils admirent aisément et qu'ils sont fort curieux. Il est vrai aussi que cette humidité et cette mollesse du cerveau, jointe à une grande chaleur, lui donnent un mouvement facile et continuel : de là vient cette agitation des enfants qui ne peuvent arrêter leur esprit à aucun objet, non plus que leur corps en aucun lieu. » Fénelon dit ailleurs : « La curiosité de l'enfant est un penchant de la nature qui va comme au devant de l'instruction. » Disons plutôt : « au devant du plaisir », et la définition sera plus vraie.
Il appartient à la psychologie expérimentale de saisir sur le vif l'évolution de cette intéressante faculté. A deux mois, l'enfant tourne ses yeux, tend son oreille, avance les bras,
dirige ses mains vers tous les objets qui frappent ses sens. A trois mois, il saisit des objets placés à sa portée et les agite pour s'amuser : il sait que les mains sont des instruments qui lui procurent des impressions et lui servent à produire des mouvements, et il les exerce à toucher, à remuer, à rapprocher de ses yeux, et surtout de sa bouche, tous les objets qu'il peut. Quand on le déshabille pour faire sa toilette, il pousse ses mains dans tous les sens de sa petite personne, sur son abdomen, le long de ses jambes, du côté de ses pieds : il s'émerveille de sentir tant de choses qui sont lui-même. Se trouve-t-il assis sur les genoux de sa nourrice ou sur un coussin au milieu de la chambre, une de de ses préoccupations favorites est de prendre son pied à deux mains, et de le tirer jusqu'à sa bouche. C'est là le point central de toute cette jeune expérience : c'est là que toute connaissance nouvelle cherche à aboutir pour être contrôlée et jugée. Souvent même, soit besoin de tout expérimenter avec le goût, soit désir de calmer un mal de dents violent, en allant au remède par le chemin qui lui paraît le plus cetirt, l'enfant cherche à prendre avec la bouche des objets éloignés.
Bientôt, c'est une envie et une étude continuelles de tous les objets placés à sa portée, curiosité qui passe et qui revient au même objet, avec la rapidité du plaisir que l'enfant éprouve à le tenir, à le remuer, à le regarder, à l'écouter bruire. Désormais malheur aux parents qui n'ont pas su tenir leur enfant de près, et se sont faits les serviteurs empressés de ses caprices! Par un geste gracieux de sa petite main ou pas des cris résolument impératifs, il exigera qu'onlui donne ou lui apporte tout ce qui aura frappé ses regards : votre montre, votre lorgnon, un fauteuil, un tableau, un vase de porcelaine, une lampe, jusqu'au bée de gaz de la rue, tout, comme l'a dit Rousseau, jusqu'à la lune.
Vers l'âge d'un an, la faculté de marcher a élargi, en progressant, la sphère des investigations personnelles* et la