‹ La psychologie de l'enfantChapitre 64 sur 109 · V. Revue philosophique, novembre 1881, p · texte numérisé non relu

V. Revue philosophique, novembre 1881, p

différents motifs évoluent séparément ou de fusionnent, et sons l'influence de leurs représentations, l'impulsivité est plus ou moins longtemps contrebalancée. Dans ces sortes de cas, l'habitude des associations établies entre certains motifs et certaines manières d'agir facilite beaucoup le jeu de la volonté. Mais la volonté délibérante, c'est-à-dire l'arrêt réciproque des tendances à l'action, est la plupart du temps portée, chez l'enfant, à retourner à l'impulsivité, et à l'impulsivité dominée par les suggestions actuelles et personnelles.

Entre l'âge de deux et de quatre ans, le sentiment personnel s'affirme au point de s'exagérer, chez les sujets même le plus doux et les mieux élevés. Un enfant âgé maintenant d'un peu plus de trois ans était fort douillet, avaut d'avoir atteint le vingt-sixième mois. Il pleurait et hurlait pour la moindre chute, et se croyait perdu pour une égratignure. L'a- ( mour-propre l'a guéri. Il fit l'autre jour devant moi une lourde chute : il se releva bientôt, après avoir marché à quatre pattes pour me faire croire qu'il n'était pas tombé. Uiie autrefois, il trébucha dans l'escalier, roula deux ou trois fois sur luimêmej en se cognant la tête avec bruit. J'accourus à lui : il était déjà debout, et faisait tous ses efforts pour ne pas pleurer. « Tu es tombé » ? lui dis-je. « Non, non, répondit-il avec vivacité, je ne pleure pas ! c'est pour rire que je suis tombé. » Cet amour-propre se traduit quelquefois par une fausse honte, et par un orgueil mai placé. On l'avait mis au milieu d'un groupe de petites filles de son âge, devant un tableau de lecture. Son tour venu de répondre, il s'écria, en faisant mine de s'éloigner : « Je ne veux pas apprendre à lire ici, j'ai mon alphabet chez moi, j'apprends tout seul. » Un autre jour, il refusa encore de prendre part à la leçon, en disant : « Les petites filles rient de moi, je ne veux pas apprendre à lire avec elles. »

Quand il pleure sans motif, son père grossit la voix, lui disant: Tais-toi \Qt il obéit quelquefois instantanément; de

même, quand son père lui dit : Bois ; et depuis quelques jours, quand il lui dit : Marche. Mais il obéit bien plus volontiers, quand il s'agit d'actes qui l'amusent ou qui font plaisir aux autres. Ainsi, lorsqu'on lui dit de contrefaire le chien, le chat, l'âne, de battre des mains, de dire non en faisant pivoter la tête, il ne se fait pas prier. Mais, lui défendon des choses qu'il a plaisir à faire, il obéit plus lentement qu'à Tégard des choses qui lui sont indifférentes. Il obéit plus facilement pour le oui que pour le non, et cela se con- < çoit, dans le premier cas la volonté n'entrant pas en lutte avec les ordres qu'on lui donne. Ainsi, lui dit-on Fais ami à papa, à maman, fais pam à ton frère, à la table, au balai, il obéit plus vite que si on lui disait de ne pas le faire, quand il y est occupé. Quoiqu'il s'obstine à ne vouloir pas marcher seul, je lui ai fait faire quatre pas vers moi, en lui présentant une demi-pêche, dont il avait grande envie, et que je refusais de lui apporter. Mais sa volonté de bien faire est aussi vacillante que ses jambes. Quand il a eu mangé son morceau de pêche, j'ai voulu le soumettre à une seconde épreuve : le résultat n'a plus été le même. Je lui ai donné envie d'un autre morceau de pêche, et lui ai dit : Viens à papa, viens chercher bonbon, » et il s'est empressé de le faire, mais à quatre pattes, ce qui est sa manière de courir : chassez le naturel, il revient au galop: Du reste, il obéit bien mieux à sa mère qu'à son père, la douceur étant mieux comprise * par lui que l'énergie, ou l'influençant davantage. Il avait laissé tomber un morceau de pain, et son père lui ayant dit de le ramasser, il faisait la sourde oreille ; sa mère se rapprocha de lui : il lui demanda la main ; la mère lui dit : « Je donnerai la main à bébé, quand il aura ramassé le pain; ramasse d'abord le pain. » Il le ramassa, et tendit aussitôt la main à sa mère.

On voit donc, même chez l'enfant âgé de moins de trois ans, une certaine faculté, il est vrai, très mobile et très capricieuse, « d'arrêter, de modérer l'action, malgré la teD

dance des sentiments et des désirs à se manifester par des sortes d'éruptions motrices (1). » Cette faculté modératrice, qui assure le contrôle volitionnel des mouvements, et jusqu'à un certain point des idées, appartient à une époque de maturité plus grande, où l'expérience suggère à l'esprit des motifs plus puissants dans la précision des conséquences agréables ou désagréables des actions, où la faculté de l'attention étant plus développée, de même que les centres cérébraux qui la servent, elle réprime comme par une sorte d'inhibition mécanique les sensations, les sentiments et les idées dont la tendance non combattue porte sans coup férir à l'action. On voit donc que l'attention est un des éléments les plus importants de la volonté, ce qui en explique chez l'enfant l'indécision, la fragilité, la mobilité, le caprice (2).

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