LA MÉMOIRE
acte respiratoire est lui-même une souffrance souvent exprimée, nous l'avons dit, par un éternuement ; l'enfant nouveau-né qui exprime toutes ces diverses gênes par des cris ou plutôt des coassements aigus, des gestes désordonnés, et la montée d'une vive rougeur sur le visage et sur le crâne, exécute, en agissant de la sorte, des actes automatiques, c'est-à-dire des mouvements revenus, qui étaient venus à d'autres avant lui. Voilà la mémoire héréditaire. « Chaque nerf, a dit Bagehot (i), garde, pour ainsi dire, le souvenir de sa vie passée, a reçu une éducation ou en a été privé, a vu son activité décroître ou grandir, suivant les circonstances ; chaque trait a pris un dessin plus précis, plus caractéristique, ou peut-être est resté vague ou sans expression, chaque main porte les marques de sa profession, les signes que sa vie y agravés^est façonnée à son tour par les travaux qu'elle exécute; tout cela se trouve dans l'homme, si nous savons l'y voir. » Tout cela se trouve à l'état d'hérédité, dans les faits et gestes du nouveau-né. Et ce qui est vrai à l'égard des mouvements apparents, pourquoi ne le serait-il pas à l'égard des autres manifestations de l'activité humaine, à l'égard des sensations, des sentiments et des idées primordiales ?
Je me suis souvent posé, non sans anxiété, cette interrogation à moi-même, lorsque je me trouvais en face d'un petit enfant, sphinx mystérieux qui me regardait inconsciemment l'observer, et dont les grands yeux calmes et ébahis déconcertaient mes laborieuses inductions. Je me rappelais que telle action, longtemps enfouie dans le réservoir des facultés virtuelles, jaillissait tout à coup à la lumière, éveillée par la présentation fortuite de certaines circonstances favorables, et je me demandais, s'il ne fallait pas restituer à l'instinct et à l'hérédité ce que mes observations Ne donnaient le droit de leur enlever pour le donner à la