Bagehot, Loc. oit
conscience et à l'expérience individuelle. Ainsi, l'enfant a la faculté instinctive de marcher, et cependant il apprend à marcher par de longs efforts conscients et progressifs. Il a Finstinct de téter, et cependant, comme les chats, les chiens, et les agneaux, il apprend, très vite d'ailleurs, à opérer une succion rapide et sûre. Les poulains, les poussins, les jeunes veaux, marchent d'instinct, aussitôt qu'ils sont nés, action automatique, facilitée par leur organisation, mais qu'ils perfectionnent par l'exercice et l'attention. Ces réflexions m'en ont suggéré une autre, qui a mis en repos ma conscience d'observateur. C'est que, et Darwin n'est pas contraire à cette opinion, les opérations dues à l'instinct peuvent facilement, dès le début, éveiller le sens intime, et, par exemple, que les premiers essais de succion et de marche peuvent unir, dans des proportions variables, les influences réflexes aux efforts conscients. Croyons donc, sans arrière-pensée, aux manifestations de l'activité actuelle, lorsqu'elle nous paraît exprimée par des gestes et des mouvements fournis peut-être par l'hérédité, mais repris en §ous-ordre, contrôlés et perfectionnés par la personnalité présente. Ainsi le petit enfant, qui, à l'âge de cinq semaines, quand sa nourrice lui chantait un air familier ou lui parlait d'une voix caressante, se mettait à ébaucher de petits sons variés, le faisait d'instinct, par sympathie organique, par un effet de mémoire héréditaire, et aussi grâce à un souvenir associé entre ces sons et la voix de la nourrice, par un effet de sa mémoire individuelle.
Quoi qu'il en soit, la plus simple observation suffît pour montrer que le nombre des acquisitions personnelles d'un petit enfant à peine âgé de quelques semaines est considérable. Nous avons déjà vu en jeu, dès l'âge de deux ou trois mois, tout ce riche ensemble de faits instinctifs, volontaires, intellectuels et moraux que les psychologues étudient en général chez les personnes d'un âge plus avancé. Nous pensons qu'il est inutile de revenir sur ces faits, qui