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L'ASSOCIATION DES ÉTATS PSYCIIWUES

L'association est l'état de connexion dynamique qui accompagne la production et la reproduction non-seulement des faits de la vie intellectuelle eX morale, mais de tous les faits mentaux, musculaires, nerveux, dont la concentration, sinon la causation générale, a lieu dans certaines régions déterminées du cerveau. L'association n'est pas, à proprement parler, une faculté spéciale, comme la sensibilité, l'émotivité, l'activité motrice : elle est une des formes apparentes ou sous-jacentes de toutes les manifestations organiques et psychiques. Tout se continue, tout se lie, dans nos perceptions, nos affections, nos pensées et nos volitions. Nous avons déjà vu que toutes nos idées distinctes des objets équivalent à une synthèse ou association primitive d'analyses. Ces abstractions et ces groupements de perceptions, qui se retrouvent dans l'idée en apparence la plus simple, nous expliquent la nature et les conditions de la vie psychique, qui est une succession d'états mentaux reproduite, pouvant se combiner avec d'autres successions du même genre, et avec des impressions actuel-

lement interjetées dans la trame complexe des liaisons anciennes.

Il est impossible de savoir à quel moment de la vie fœtale ou extra-utérine commencent pour l'enfant les associations des états mentaux proprement dits. Il s'en est certainement produit de telles bien avant le moment où nous croyons en observer chez lui.l En effet, quel Signe extérieur pourrait nous révéler les multiples sensations qui doivent s'associer entre elles pour produire la connaissance même grossière du moindre objet, du biberon, du sein de la nourrice, de son visage? M. Ribot va nous montrer, par un exemple saisissant quelle complexité suppose le souvenir que la conscience nous fait voit comme simple. « La mémoire d'une pomme est nécessairement la forme affaiblie de la perception d'une pomme. Que suppose cette perception? Une modification de la rétine, terminaison nerveuse d'une structure si compliquée, une transmission par le ûerf optique, les corps genouillés jusqu'aux tubercules quadrijumeaux, de là aux ganglions cérébraux (cotiche optique ?) puis, à travers la substance blanche aux couches cortifcales (dans la région du pli courbe, d'après Forrier). Cela Suppose la mise en activité de bien deS éléments divers* épars sur un long trajet. Mais ce n'est pas tout. Il ne S'agit pas d'une simple sensation de couleur. Nous Voyons, ou nous imaginons, la pomme comme un o"bjert solide, ayaût uiie forme spérique. Ces jugements résultent de l'elquise sensibilité musculaire de notre appareil visuel et de ses mouvements. Or les mouvements del'tèil Sont réglés par plusieurs nerfs; le pathétique, le moteur oculaire commun, le moteur oculaire externe. Chacun de ces nerfs aboutit à un point partictdier dû bulbe, rattaché lui-même par un long trajet à Técorce du cerveau où se forment ce que Maudsley appelle les intuitions motrices. Nous Indiquons en gros. Pour les détails, on peiit consulter les traités d'aûatomie et de physiologie. Ôtt Se fera Une idée dU nombre ptodîgieU* de

1 filets nerveux et de cellules disséminées en îlots et en archipels dans les' diverses parties de Taxe cérébro-spinal, qui servent de base à cet état psychique, la mémoire d'une pomme, que la double illusion de la conscience et du langage nous fait considérer comme simple (1). »

Cela étant, nous ne pouvons espérer de prendre sur ie fait les premières associations qui se font pour l'enfant, entre les perceptions, soit visuelles, musculaires et motrices, auditives et tactiles, soit entre ces perceptions et différents états sensitifs et affectifs : ces faits se passent dans le fond mystérieux de la conscience, si même ils n'appartiennent pas en partie à la cérébration inconsciente. Contentons-nous de signaler les plus apparents.

Darwin marque seulement à l'âge de cinq mois la manifestation certaine des idées dans l'esprit de l'enfant. Par exemple, « dès qu'on lui mettait son chapeau et son manteau, il devenait de fort mauvaise humeur, si on ne le sortait pas sur le champ. »> A cinq mois, il cherchait des yeux sa nourrice, en entendant prononcer son nom. Cette daté tardive est beaucoup moins éloignée de la vérité que celle de dix mois indiquée par M. Taine pour l'apparition du même phénomène chez sa fille. Tiedemann, à tort ou à raison, note l'association des idées deux jours après la naissance. Si l'on place son fils « sur un des côtés, dans la posi. tion de téter ou s'il sentait une main douce sur le visage, il se taisait et cherchait le sein ». Ici, écrit son père, l'association des idées est manifeste, le sentiment d'une position particulière ou d'une main douce éveillant l'idée de téter et de sein. — Le 26 janvier (il avait alors cinq mois), le désir croissant de s'instruire se signala plus visiblement. La bonne, toutes les fois que le temps le permettait, le promenait dans la rue, ce qui lui causait une joie extraordinaire, et, malgré le froid, éveillait un vif désir pour ce change-

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