Lés Maladies de la mémoire, p. 29 et
ment. L'enfant avait bientôt remarqué que, quand la bonne prenait son manteau, c'était un signal de sortie ; aussi se réjouissait-il, même au milieu des larmes, chaque fois qu'elle faisait cette opération. » — Quand je mets deux petits chats, que j'élève (ils ont trois jours), sur ma main, dans le sens de la station naturelle, ils y restent pendant quelques secondes sans bouger, comme heureux de la chaleur de ma main ; mais bientôt, le contact de la peau ne leur donnant pas la même sensation que celui du corps de leur mère, ils branlent la tête, montrent de l'inquiétude, rampent sur leurs pattes titubantes, essaient de téter la partie de ma main qui se rencontre sur leur museau, et qui, à cause de la nudité et de la chaleur de la peau, a pu leur rappeler un mamelon ; mais la vraie succion ne s'opérant pas, après un très-petit nombre d'efforts inutiles, ils prennent des attitudes de plus .en plus inquiètes : c'est qu'ils ne se sentent pas là chez eux ; cette main tremblant sous leurs corps, se dérobant sous leurs pattes, et dont les mouvements les retiennent prisonniers, n'est pas leur at home déjà bien connu, ce ventre maternel, doux, large, uni et chaud, qui est tout à la fois leur gîte, leur salle à manger, et le théâtre aimé de leur activité naissante; aussi ne tardent-ils 'pas à le regretter, à le désirer, à le réclamer à grands cris.
Ces quelques faits pris au hasard nous montrent de trèsbonne heure, dans le petit enfant et dans le jeune animal, l'exercice de cette faculté physique et intellectuelle, qu'on désignait autrefois improprement sous le nom d'association des idées, et qui n'est autre chose que l'associabilité de de toutes les actions du système nerveux, soit avec leurs congénères, soit avec leurs voisines.
Toutes les premières manifestations de la sensibilité animale témoignent de la faculté qu'a l'esprit d'associer et de fondre en bloc les séries d'impressions homogènes. Un petit enfant de quinze jours, qui vient de dormir, et à qui j'ai fait mettre dans la bouche un biberon plein d'eau pure,
a tété pendant quelques minutes, et puis s'est mis à grimacer, à ouvrir sa bouche, et finalement à pleurer. Le même enfant, qui reposait, sans dormir, dans les bras de sa mère, a été pris dans la même position par son oncle, et il n'a pas tardé à geindre. Un enfant de deux mois, qui déjà sourit à sa nourrice en connaissance de cause, mis sur le sein d'une autre nourrice, et la sienne étant à côté, s'est mis tranquillement à boire à la coupe d'autrui. Ces exemples démontrent que les sensations homogènes se sont associées dansson esprit, au point qu'il les reconnaît quand elles se reproduisent, et que ne les retrouvant plus lorsqu'il les attend, et malgré la faiblesse de sa faculté de comparaison, il en souffre (1).M. Herbert Spencer donne à ce phénomène remarquable le nom d'intégration des sensations. « Une couleur, au moment où elle est perçue, nonseulement s'agrège irrésistiblement la classe des sensations naissant à la surface extérieure et impliquant des stimulus extérieurs, mais aussi la sous-classe des sensations visuelles, et elle ne peut être mise dans une autre sous-classe. Un son, dès qu'il est reconnu, tombe à la fois dans l'assemblage plus spécial des sensations auditives, et aucun effort ne le séparera de cet assemblage spécial. Et dire qu'une odeur ne peut être pensée comme une couleur ou comme un son, c'est-à-dire qu'elle s'associe indissolublement à des odeurs précédemment éprouvées. »
D'autre part, les impressions simultanées, de différente nature, visuelles, acoustiques, tactiles, olfactives et sapides, constituent des groupes définis dans la série générale de nos associations, et de leurs « éléments réunis par les liens d'une fédération mystérieuse, vont vivre tous de la même vie, s'anastomoser les uns avec les autres, pour s'appeler aussitôt qu'un des chaînons sera sollicité (2). »