‹ La psychologie de l'enfantChapitre 73 sur 109 · Voir Mes deu* clMte. PWsîm · texte numérisé non relu

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sence, avant d'entrer, colle sa bouche au trou de la serrure, et de sa voix la plus caressante, appelle a trois ou quatre reprises le petit Paul ; celui-ci redresse d'abord la tête, puis la tourne â droite et à gauche, jette des regards interrogatift sur sa méite ; la bonne recommence le jeu, en riant assez fort. Paul n'y peut plus tenir, il tend ses petits bras, fait des soubresauts de joie, dé désir, de dépit : enfin il commence à faire là grimace de pleurer, et sa mère se hâte d'appeler la nourrice pour éviter à l'enfant une peine inutile. Le son, le ton de voix,Ue rire de sa nourrice, sont donc de très bonne heure associés à l'idée de cette personne, au plaisir de sa présence, au besoin de la sentir là quand elle parle, aux mouvements instinctifs pour aller dans ses bras.

Une petite fille de trois mois et demi fut mise un moment sur les braS de son oncle, qui avait une belle rose à sa boutonnière ; il fut très-sUrpris de voir l'enfant tendre les deux bras, presser son gilet à deux mains comme lorsqu'elle tète, et bientôt coller ses lèpres â sa chemise, et exécuter des mouvements de succion \ la nourrice avoua que, depuis quelques jours, elle achetait, quand elle sortait avec l'enfant, un bouquet de violettes, qu'elle cachait sous son corsage : voici donc une sensation olfactive associée à l'idée et aux gestes de succion. — Les associations de sensation que peut réveiller une impression tactile sont $i nombreuses et si faciles à vérifier que je n'ai pas besoin d'en citer des exemples : on se rappelle que le contact d'une main douce éveillait chez le jeune Tiedemann les idées de sein et de téter.

Un petit enfant d'un an ne peut voir manier un chapeau, une coiffure quelconque, ou même tout objet qui ressemble de loin à un couvre-chef, sans dire : « mené, mené », ce qui signifie qu'il faut le prendre par la main et le faire marcher, le promener. Jouant sur la table, il & pris un petit tapis rond, l'a mis sur sa tête, et s'est écrié : « mené, mené. »

Il a prononcé les mêmes mots, en voyant une de ses tantes toucher une ombrelle. — Le mot « peudu y peudu », s'est associé pour lui à l'idée de tout objet qu'il vpit tomber à côté de sa personne, à tout objet qui lui échappe, qu'il jette, ou qu'il cherche sans le voir lorsqu'on lui en parle. Un jour il m'a pris une main avec les deux siennes, l'a palpée, agitée, a joué avec elle comme avec un jouet ordinaire; puis la fantaisie lui est venue de la jeter par terre : il l'a poussée et lâchée, en disant : pendu, et a regardé aussitôt si elle était par terre. Si on lui donne une fleur à sentir, il la flaire quelques secondes, et immédiatement l'offre à sentir. Dans le jardin, quand il marche au bord des allées, il se penche vers une tige quelconque, la saisit, la tire à lui, et offre immédiatement à sentir ce qui lui en reste dans la main. — La vue de la fumée qui sort de mes lèvres lui fait faire un mouvement d'expiration très-curieux et qui ressemble à celui d'un fumeur. Mais toute fumée l'attire, lui fait dire mené, et quand il est tout auprès ou au milieu, si c'est moi qui l'accompagne, il me regarde d'un air heureux, et fait ce mouvement de lèvres, que son grand-père lui a appris, et que j'ai déjà noté chez un autr'e enfant.

On retrouve donc dans les jeunes enfants les mêmes espèces d'associations que dans l'adulte. Il n'est pas un seul des rapports d'association étudiés avec tant de soin par les psychologues dont on ne puisse constater au moins l'ébauche dans un enfant de six à sept mois.

On peut saisir encore dans le petit enfant une ébauche des rapports de séquence, principe de l'idée du temps. Un enfant de huit mois, à qui sa mère tendait les bras, en se dirigeant vers lui, s'arrête un moment: l'enfant tend les bras; elle l'appelle, mais ne va pas à lui; il gesticule de tout son corps, et bientôt crie; elle avance, et lui, se pousse en avant, comme pour hâter le rapprochement ; des mouvements commencés à une certaine distance et dans sa direction, sont associés pour lui à l'idée de continuation.

Un enfant do onze mois gazouille, en manière d'accompagnement, quand sa nourrice chante un petit air fort simple, mais que l'enfant aime beaucoup, qu'elle lui chante depuis sa naissance : si la nourrice s'arrête vers. le milieu, ou même au trois quarts de l'air, l'enfant la regarde d'un air étonné, et se tait ; il manifeste un grand plaisir, si la bonne reprend l'air un moment interrompu. Ces associations de sensations successives, multipliées à l'infini, préparent la formation de l'idée abstraite et générale de temps» qui est si lente à se déterminer chez les jeunes enfants, même après leur initiation au langage parlé. Un enfant de six mois, dès le point du jour, même si on lui a donné son biberon avant ce moment, le réclame à grands cris, comme s'il était affamé. Sa mère dit: « Il devine que c'est l'heure de son déjeuner. » Non, assurément; mais le retour de la lumière s'est associé chez lui à l'habitude de téter son biberon, et voilà pourquoi le crépuscule du matin provoque eu lui le besoin factice d'un repas matinal. On peut remarquer une association de ce genre, et par conséquent un grossier rudiment de l'idée concrète du temps, dans cet instinct prétendu qui fait connaître aux animaux, même fort jeunes, et à d'autres indices que l'appétit, l'heure du repas de leurs maîtres ou de leurs amis. Qui n'a pas vu des chiens, des chats, des oiseaux, fort exacts à se rendre, à l'heure des repas, dans les maisons, dans les jardins, où ils ont table servie à cette heure ? Il est incontestable que des signes analogues à ceux qui nous font apprécier le temps, c'est-à-dire la succession des impressions, indiquent à ces parasites le moment opportun pour se rendra à leur hôtel.

Les associations de ressemblance sont non moins nettement accusées par le langage d'action des petits enfants. Un garçon de neuf mois est en face de moi. Sa grand'mère vient à prononcer le mot : papa. L'enfant sourit à sa grand'mère, puis à moi-même, et me tend les bras. Assurément, l'enfant ne me prend pas, même à première vue, pour son

père ; mais quelques lointaines ressemblances que je puis avoir avec lui, ont réveillé, au ûoffi de papa, les idées, les sentiments, les actes associés depuis longtemps à l'idée de la présence de son pète, e! ont amené l'enfant à, me sourire, à me tendre les bras, à pousser d* petit» cri» joyeux, à embrasser et à se faire caresse?. /

C'est par une association de ce géffrô que les petits ett* fants apprennent, de trèâ bonne heure, à reconnaître dans leurs images les personnes ou les choses bien connues. Dans un très remarquable article, où malheureusement pour l'étude que nous avons entreprise, il n'est parlé de l'entant qu'observé à partir çie l'âge cfe trois mois, M. Taine à noté^ce fait (4). « Elle Voit tous les jours slôn grand-père dont on lui a montré souvent le portait an crayon, beaucoup plus petit, mais très ressemblant. Depuis deux mois environ (10 mois), quand où lui dit vivement : « Où est grandpère ? » elle se tourne vers ce portrait et lui rit. Devant le portrait de sa gf and'mère, moins ressemblant, aucun geste semblable, aucun signe d'intelligence.

C'eët l'association des semblables qui suggère au petit enfant ces comparaisons que nous prenons souvent pour des généralisations abstraites, et qui font que le jeune bavard parle de tout à propos de tout, son imagination vive et inexpérimentée lui montrant partout le connu dans Fhïconriu, le semblable dans le différent. Cest elle encore qui lui fait saisir si vivement les contrastes qui lé frappent d'étonnement dans IéS objets et lés actions où il croyait reconnaître à première Vue des ressemblances. C'est elle qtii lui inspire de» analogies pour àotte si surprenantes, et pour lui si faciles, mais qui ont pour lui une signification! toute extérieure ; par exemple, une petite fille, qui avait Vu des hannetons aur les arbres, demandait « quand les hannetons pousseraient. » C'est encore l'association des sons analogi-

' , RêVU€ pMl08apMque f jantfe? 1876.

gué» qui produit chez l'enfant son peûchant décidé pour les allitérations et les consonnances, qui se traduisent d'abord par an rabâchage saugrenu, et plus tard par le plaisir de la musique et de la rime.

Je ne crois pas qu'il sdii possible cfe constater dans le tout jeune enfant qui ne parle pas des associations fondées sur la loi du contraste. Mes observations à cet égard ne m'ont fourni aucune indication précise. Serait-ce que ces idées de contraires, pour se souder ensemble, exigent un certain développement intellectuel, une puissance de comparaison plus grande que celle que possède un enfant âgé de moins d'un an ? L'enfant passe du facile au facile, du marne au même, avant de passer du facile au moins facile, du semblable au différent, de l'analogie au contraste. Du reste, certains philosophes font rentrer l'association des contraires dans celle des ressemblances, soutenant, non sans vraisemblance, que tout contraste implique une Ressemblance quelconque, qui le met en relief, et dont il ne serait qu'une sous-association. 11 nous paraît donc inutile de chercher de ces sortes d'associalions complexes dans le petit enfant qui ne parle pas encore.

Outre ces rapports, que les philosophes ont appelés accidentels ou fortuits, ils en ont distingué d'autres qu'ils appellent logiques ou rationnels, comme les [rapports de cause, de principe à conséquence, de moyen à fin, de signe à chose signifiée. Je ne fais que rappeler cette classification et ces distinctions, sans les discuter. Je me borne à remarquer que les lois de la nature et les lois de (l'intelligence étant données, il n'est pas une seule des espèces d'association énumérée^ plus haut qui n'existe nécessairement dans toute intelligence. La preuve en est qtie toutes ou presque toutes les associations dites logiques se constatent aussi bien que les autres chez le petit enfant. Quel est le nourrisson do trois ou quatre mois s'étant brûlé à la chandelle ou au feu, cm le petit enfant de dix mois ayant fait connais-

sance avec le terrible clysopompe, qui ne recule instinctivement à la vue de ces objets lui rappelant la douleur ou la gêne qu'ils lui ont,causée? Voilà l'idée concrète de cause associée à l'idée concrète d'effet. Le rapport de moyen à fin, qui pour l'enfant t se confond avec celui de cause à effet ou de succession, est d'une quotidienne application dans le premier âge. La vue des aliments, des jouets, des choses, des personnes qui le nourrissent, l'amusent ou l'attristent, lui rappelle, à chaque instant, que ce sont des instruments de plaisir ou de douleur. Quand il crie pour avoir le sein ou pour être bercé, il a, déjà à trois mois, l'idée concrète d'un moyen tendant à une fin, et de plus' il l'utilise à sa façon. Il sait bien aussi, longtemps avant de parler, ce que signifient tel son ou telle modulation de voix, tel bruit des lèvres, tel geste, telle attitude ; en un mot, l'idée et le signe sont associés dans son jeune esprit. Quant aux associations établies selon le rapport du genre à l'espèce, il ne serait possible d'en démêler que de bien vagues rudiments chez le petit enfant, dont la puissance généralisatrice est toujours assez faible, ayant besoin, pour s'exercer pleinement, d'une assez longue expérience, jointe à des progrès sérieux dans l'acquisition du langage.

M. L. Ferri, dans un intéressant article sur les trois premières années <Tur\e enfant (1), a exprimé l'opinion que l'intelligence existe dans un enfant et s'exerce dans une sphère mesurée au degré d'expérience, dont cet enfant est capable avant l'usage d'aucune notion abstraite : que l'intelligence humaine, alors qu'elle n'est fondée que sur les associations sensitives communes à l'homme et à l'animal, consiste essentiellement en une activité intuitive qui distingue et unit, affirme et nie le rapport soit des sensations, soit des choses, et ne se borne pas à une réception passive

1. Dans la Filosofia délie scuole itiliane, n° d'octobre 1879. Voir Revue philos., Avril 1880, le compte renau qui en a été fait.

d'associations correspondantes. Je le crois aussi : je pense que l'organisation seule prédispose l'enfant à modifier certaines expériences actuelles d'après les impulsions.dynamiques que les expériences antérieures ont déposées dans ses organes à titre d'énergie latente. Cela n'indiquerait toujours qu'une facilité plus ou moins grande d'accommodation du jeune être aux expériences nouvelles, et peut-être la nécessité pour lui de certaines associations qui lui sont imposées par son organisation spécifique, autant que par la nature des choses. En tout cas, je crois, avec M. Taine, que les associations d'idées qui se produisent dans l'esprit d'un enfant âgé de dix mois ne dépassent guère la portée d'une intelligence animale : c'est peut-être que j'accorde à cette dernière plus que ne lui accorde M. Taine, et même M. Darwin, au moins dans l'opuscule précité. Le naturaliste anglais voit une différence marquée dans l'aptitude du petit enfant et celle de l'animal adulte le plus intelligent à former des associations dues à l'instruction et des associations spontanément produites. Je ne saurais souscrire à cette affirmation. Le chien qui accourt du fond du jardin en entendant le mot sucre, montre-t-il une faculté d'association inférieure à celle de l'enfant âgé de six ou sept mois qui fait aller sa tête de gauche à droite quand on lui dit : « Remue la tête? » Je ne le crois pas.

On me cite un exemple d'association fourni par une petite Française qui habite Vienne. Elle avait deux ans et demi, lorsqu'elle entendit raconter dans tous ses détails l'assassinat du czar Alexandre II. Tous les détails du récit s'impri* nièrent profondément dans son esprit : mais les assassins de l'empereur se confondirent pour elle avec les hommeà qui balayaient la neige sur le théâtre du forfait. Quinze jours après, la neige tombait à Vienne ; la fenêtre ayant été ouverte, l'enfant regarda dans la rue et aperçut quelques hommes occupés à balayer la neige. Soudain, elle s'écrie : « Oh ! méchants hommes, ils ont tué le Kaiser ^Voudrais

qui il s'agissait. Voilà les points saillants de cette association d'images et d'idées si effrayante pour l'enfant : à tous ces souvenirs culminants s'en rattachaient une foule d'autres, qui revenaient capricieusement à l'enfant quand il venait à parler dé ce redoutable Pierrot.

Une question qui a aussi son importance est la suivante: la régression des souvenirs parallèle à la série des impressions se produit-elle plus naturellement, plus facilement que celle qui s'opère dans Tordre inverse ? A mon avis, ce genre de liaison est surtout artificiel ; mais il n'est pas également facile, ou du moins habituel, pour les différents esprits, et toute inégalité d'intelligence à part. Un de mes amis, homme de science, esprit supérieur, m'écrivait sur ce sujet les réflexions suivantes : « Je me rappelle que, selon Taine, le souvenir peut reproduire les idées eh ordre inverse de celui où elles se sont une première fois succédé. Il donne pour exemple un chemin parcouru, et dont tous les accidents peuvent être rappelés par le souvenir en ordre exactement inverse de celui où ils ont été vus, c'est-à-dire du point d'arrivée au point de départ. Erreur manifeste. J'ai vainement tenté l'expérience et j'ai reconnu que dans la série d'objets ou d'impressions, a, 6, c,.d, e, /", si je voulais passer de /"à l'objet précédent, je devais, par un travail rapide, mais saisissable, me représenter comme atteignant e, ou même rf, avant d'arriver à f. Pour passer de e à d, il me fallut avoir préalablement rappelé en souvenir e ou même b. C'est ainsi qu'ayant appris par cœur la série des stations de Bordeaux à Morcenx, il m'a fallu un grand effort pour trouver la série inverse de Morcenx à Bordeaux, et je ne l'ai construite qu'à l'aide de fragments de la série directe. » Un pareil résultat me surprit chez un homme de science, et précisément rompu aux méthodes des sciences naturelles. Faut-il conclure que l'habitude lui manquait, ou bien la faculté de l'opération dont je parle ici? Il se peut que certains esprits y soient naturellement plus propres que-

d'autres. En ce qui concerne mon ami, j'ai vérifié par expérience que cette opération lui était aussi difficile qu'elle m'est facile à moi-même. J'en ai fait Fessai, à propos d'un chemin qui nous était bien connu à tous deux depuis notre enfance : j'ai noté d'une ville à un village, dans une longueur de deux lieues, en sens inverse comme en sens direct, tous les petits sentiers de droite et de gauche qui aboutissaient à la grand'route. Mon ami a bien commis quelques erreurs quand il s'agissait de les retrouver à partir du point de départ, mais il en eût fait un plus grand nombre en s'y prenant à rebours. Cette faculté, qui est surtout acquise, j'en suis persuadé, mais qui est plus ou moins accordée par la nature, doit être bien faible chez l'enfant. Mais lui est-elle interdite au premier âge? Rien ne me le démontre.

L'association fait l'unité de notre existence mentale en établissant un lien naturel entre tous les faits divers qui la composent, et c'est à elle qu'il faut s'adresser pour former les habitudes, le jugement, le caractère, la moralité de l'enfant. Elle offre un moyen facile d'exercer méthodiquement la mémoire, d'en vérifier les acquisitions, les aptitudes, d'en faciliter le jeu et d'en redresser les écarts, par la facilité qu'elle donne à l'esprit de l'enfant de remonter ou de redescendre, surtout sous l'influence de notre volonté, la chaîne de ses idées et desessentiments. Quoi que nous fassions, cependant, nous ne parviendrons jamais à connaître et à diriger qu'un nombre très restreint des associations qui s'opèrent librement dans l'esprit de l'enfant. L'important est de savoir que nous pouvons en y découvrir et en y faire naître un grand nombre d'essentielles, celles qui sont les plus apparentes, les plus habituelles, et que nous pouvons ainsi faire mouvoir, en quelque sorte à notre gré, les ressorts intimes de cette jeune personnalité.

11 ne faut pas croire, avec Fénelon, qu'il suffit d'éveiller la curiosité de l'enfant et de faire dans sa mémoire un amas

de bons matériaux, qui s'assembleront ensuite d'euxmêmes, quand le temps en sera venu, et que le cerveau plus développé permettra de raisonner avec plus de suite. Il y a un triage à faire dans les impressions que nous voulons laisser pénétrerons l'esprit de l'enfant; mais il y a aussi un choix des impressions que nous voulons l'amener à avoir, et des liens que nous voulons voir s'établir entre telles perceptions, tels sentiments ou tels actes. Plus l'enfant avance en âge, moins il faut compter sur la propre vertu des idées vraies, des sentiments convenables et des impulsions utiles, à s'enchaîner d'elles-mêmes en associations logiques et durables. Pour l'enfant, toute liaison est logique et morale, par cela seul qu'elle existe. Il faut donc surveiller de près celles qui s© forment et sur lesquelles nous aurons prise, dès le premier âge. Pourquoi les animaux domestiques, en fent qu'ils échappent au dressage deThomme, et suivent les propres impulsions de leur organisation combinées avec Faction directe des objets extérieurs, nous paraissent-ils souvent faire preuve d'un jugemept plus sûr et plus délié dans Les choses qui leur est utile de savoir que la plupart des hommes dans les marnes circonstances? C'est que les instincts dans chaque çspèçe et leur développement variable dans chaque individu obéjs§ent moins à l'imitation et à l'éducation qu'à l'expérience personnelle, et à celle-rci moins qu'à l'expérience héréditaire, et par expérience, il faut entendre des associations solidement liées et d'un champ très limité. Leur logique est plus bornée que la nôtre, elle est oirconscrite dans une petite sphère de relations, mais elle s'y meut à l'aise r'elle'est fondée sur les relations naturelles des chpsçs, sur r des associations vraiment expérimentales.

On en peut dire autant, à beaucoup, d'égards, du sauvage. Ce n'est pas seulement par l'aouité de leurs sens et leurs adaptations spéciales qu'ils nous sont supérieurs, mais par les jugements limités, mais d'expérience et d'utilité, qu'ils

portent sur les données mêmes dés sens. Non-seulement . quelques-uns de leurs sens, la vue et l'ouïe, par exemple, ont une portée plus considérable que la nôtre, mais leur vie journalière les met dans des circonstances propres à exercer et à développer leurs jugements sensoriels, grâce à des associations fréquemment répétées.

« Où un Européen ne peut découvrir aucune indication, un Ara-Ouak, nous dit Hillouse, indiquera les traces d'un nombre, quel qu'il soit, de noirs, et dira le jour précis de leur passage, et même l'heure, si le passage a eu lieu ce jour-là... En même temps que cette finesse de perception, lé sauvage possède naturellement une très grande adresse dans l'accomplissement des actions simples qui dépendent immédiatement de la perception » (1). Tel est le résultat de l'observation constante et détaillée d'un nombre limité d'objets. Il y a donc un choix d'expériences à faire pour l'enfant qui ne saurait les faire lui-même, et non-seulement danâ le but de développer peu à peu les facultés sensorielles de notre eâpèce au point qu'elles égalent celles dos sauvages et de certains animaux, niais aussi dans le but de développer, en même temps que celle dés perceptions, la faculté du jugement et la faculté d'agir convenablement.

Voir peu à la fois, voir bien et souvent, c'est en cela que consiste l'art de forger et de meubler tout à la fois l'esprit de l'eu faut.

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