Diderot. Lettres sur les aveuglçs
gination, que les observateurs superficiels confondent toutes en une seule, l'imagination tactile, s'exercent puissamment dès les premiers jours de la vie. Nous leur avons déjà consacré quleques observations au chapitre des sensations affectives et des perceptions sensibles. Nous nous contenterons de rappeler aux parents et aux éducateurs de l'enfant son extrême impressionnabilité aux diverses impressions dont nous parlons. L'enfant de trois mois distingue déjà les personnes à la manière dont elles le touchent, le palpent, le caressent, le tiennent et le portent. A six mois, il apprécie déjà très imaginativement aussi les petites corrections qu'on lai donne, les personnes par rapport à ces corrections, et les objets instruments de ces corrections. Il est des enfants que la vue d'un médecin qui les a soignés met comme hors d'eux-mêmes. S'il est des enfants peu sensibles, et l'on dirait même insensibles aux coups, le plus grand nombre est à leur égard d'une religieuse et légitime impressionnabilité. Je ne puis m' empêcher de rire en voyant dans mon pays les femmes du peuple terrifier, et quelquefois pour leur plus grand bien, leurs N petits polissons de deux ou trois ans et plus, par ces seuls mots : « Qu'où té péli, » ou c qu'et bacosé, » formules d'une crudité gasconne qu'il est inutile de traduire en français. Quiconque pourrait douter des puissants effets de l'imagination tactile, n'a qu'à lire les confidences rétrospectives d'un enfant maintenant presque vieux qui n'a pas encore pardonné à sa mère ses « rossées » d'autrefois (1). Heureusement aussi les impressions tactiles et ; musculaires laissent dans l'imagination enfantine des traces [ sérieuses. Une grande partie des petites peines et des grands ' plaisirs de l'enfant vient de là. Nous l'avons dit ailleurs, et ' nous nous bornons aie rappeler ici (2). J'ajoute qu'on aperçoit même souvent chez le petit enfant, entre quinze mois et