Vulpian, Physiologie du système nerveux, p. 911 et
noir, il est bleu, il est rouge, répondit-elle en indiquant exactement la couleur des livres qu'on lui montrait. Il y en eut un dont elle ne sut pas déterminer la couleur. « Ce n'est ni rouge ni bleu » , dit-elle après quelques secondes d'hésitation. Son père insista : « Quelle est donc sa couleur ? » Elle répondit : « Ni rouge, ni bleu, ni blanc, du tout, du tout. » Elle ne trouvait pas le mot jaune, quoiqu'il fût bien empreint dans sa mémoire ; et la couleur jaune lui était aussi connue en elle-même et comme distincte des autres, car elle ajouta <* comme chapeau de petite fille. » Son hésitation provenait plus de la difficulté d'évoquer une idée relativement abstraite que de celle de se rappeler un mot bien connu. En effet, un autre jour, elle se trompa sur le vert, dont elle ne sut pas dire le nom à propos d'un ruban, et une autre fois encore sur le jaune ; son père lui ayant dit : « Va chercher sur ma table un papier jaune », elle en apporta de trois couleurs, dont aucnne n'était la couleur demandée.
Nous avons déjà montré, au chapitre de l'association, que le jeune enfant possède les rudiments des idées de cause, de lieu et de temps, etc. Observons en lui, entre autres indices de jugements aboutissant à des notions de sens commun, l'existence de la notion de quantité, et en particulier de quantité numérique. De bonne heure, si l'on présente à l'enfant un gros morceau de gâteau ou une grosse tranche de fruit à côté d'un morceau ou d'une tranche plus petits, il tend la main de préférence vers les premiers. C'est ainsi qu'un chat de deux mois, à qui j'avais jeté un petit morceau de viande, l'abandonna pour aller dérober à un autre chat un gros morceau, que je lui avais jeté immédiatement après. Quant aux idées de nombre., elles se confondent longtemps pour l'enfant, et sans doute aussi pour les animaux, avec celles de plus ou moins grande quantité. J'ai pu constater qu'une chatte de trois ans n'avait qu'une très-vague notion de nombre. L'avant-dernière fois
qu'elle me donna des chats, je ne lui en laissai qu'un; dans sa douleur d'avoir perdu les autres, elle le laissait seul pendant plusieurs heures, elle le portait de place en place ; il mourut à dix jours, au moment où ses yeux s'ouvraient, et certainement faute de soins et d'une alimentation suffisante. Je n'en puis douter, quand je vois la mère si heureuse et si assidue auprès des deux petits que je lui ai laissés, d'autant plus qu'elle n'a appelé ni cherché un seul instant les trois que je lui ai noyés cette fois. Cela proviendrait-il d'un défaut d'aptitude arithmétique, et de ce qae deux pour elle c'est plusieurs, tout aussi bien que cinq l'étaient? Je suis porté à le croire.
M. Houzeau ne refuse pas cependant cette faculté à certains animaux, mais réduite à des limites très étroites (1). « Il est certain, dit-il, que certains animaux réussissent à compter, soit le nombre des objets, soit celui des actions semblables, pourvu que le nombre soit peu élevé. C'est le cas, par exemple, pour la pie (Pica caudata). Lorsqu'elle est surveillée par un groupe de chasseurs, elle ne bouge pas avant que ceux-ci ne s'éloignent. S'ils s'en vont individuellement et l'un après l'autre, elle ne se trompe point jusqu'au quatrième ; mais s'ils sont plus nombreux, elle quitte parfois sa cachette trop vite, et montre qu'elle a fait erreur. — L'observation suivante prouve que les mulets savent au moins compter jusqu'à cinq. Il y a dans les villes des États-Unis un grand nombre de chemins de fer où la traction s'opère par ces animaux. A New-Orléans, en particulier, on les préfère aux chevaux. La ligne de la rue Saint- Charles a un embranchement assez court, celui de Napoléonavenue, où chaque mulet fait cinq fois le voyage avant d'être dételé. Le vétérinaire de la ligne, l'habile D r Louis, appela un jour mon attention sur ce fait, que je pus vérifier, que les mulets de service restent silencieux pendant les pre-