‹ La psychologie de l'enfantChapitre 86 sur 109 · P. Janet, Traité élémentaire de philosophie, p · texte numérisé non relu

P. Janet, Traité élémentaire de philosophie, p

satrice, et il confirme son opinion en ajoutant : « On ne voit pas que les petits enfants généralisent le mot maman comme le mot papa. Cela vient sans doute de ce qu'étant plus avec leur mère qu'avec leur père, ils l'individualisent davantage. » Une des raisons de cette différence, qu'il ne faut pas exagérer, n'est-elle pas l'habitude que la mère et les femmes autour de l'enfant ont de faire des démonstrations particulières à chaque apparition du père? « Tiens, voilà papa ; où est-il, papa? Regarde papa. Dis bonjour à papa. Appelle papa, etc. » Ainsi stylé, l'enfant qui commence à parler voit papa partout, marmotte le mot papa à tout propos et hors de propos. Au surplus, n'y a-t-il pas d'exemple qu'un enfant généralise le mot de maman d'une façon tout aussi élémentaire que le mot de papa? En voici toujours un exemple. Un enfant âgé dé trois ans et cinq mois revenait avec ses parents de Tarbes, où il avait passé près d'un mois. Au début du voyage, il demandait toutes les dix minutes où étaient les tantes et grand'maman. Et qu'est-ce qu'elles disent? Et quand A reviendrait à Tarbes. Ensuite il attira l'attention d'une dame, qu'il amusa en lui chantant Saint- Antoine y la Petite Ida, Marlhbouroug et le Petit oiseau. Puis il entra dans des confidences intimes. Il lui dit qu'il avait cinq mamans ; d'abord sa maman, puis tante P., tante V., grand'maman de Tarbes, et grand'mère Louise; la mère de cette dernière, la grand'grand'mère n'était pas une maman. « Mais, lui dit la dame, tante Y.. n'est pas ta maman? — Et si, puisqu'elle me soigne. » A la même épocpie, il faisait l'épicier, c'est-à-dire imitait un épicier, celui de sa mère, le seul qu'il eût vu à l'œuvre. Grand'mère Louise lui avait apporté de voyage un petit magasin d'épicerie. Il vendait, disait-il, beaucoup de marchandises. « M. François et M me Collette (les héros d'une historiette racontée à l'enfant) sont souvent enrhumés, et alors ils viennent m'acheter des petits bonbons noirs. » Ici tout est particulier, la matièi*e, la forme,

et jusqu'aux accidents qui peuvent varier suivant les caractères d'enfants, la vivacité d'imagination, l'éducation et surtout les exemples donnés.

Nous pouvons maintenant affirmer que l'enfant ne débute ni par des concepts généraux, ni par des termes qu'il transforme d'individuels en généraux, en vertu de cette tendance primitive à la généralisation, qui s'exercerait, selon quelques philosophes, avant toute discrimination individuelle. Max Mûller a dit (1), et M. Taine répété après lui (2), qu'il n'y a pas d'idées générales sans mots. « Il y a, dit Mûller, dans toute langue, une couche de mots qui peuvent être appelés purement émotionnels ; cette couche est plus ou moins grande suivant le génie et l'histoire de chaque nation ; elle n'est jamais entièrement cachée par les couches postérieures du langage rationnel. La plupart des interjections, beaucoup de mots imitatifs, appartiennent à cette classe ; leur caractère et leur origine sont parfaitement manifestes, et personne ne peut soutenir qu'ils reposent sur des concepts généraux. Mais, si nous défalquons cette couche inorganique, tout le reste de la langue, soit chez nous, soit chez les derniers des sauvages, peut être ramené à des racines, et chacune de ces racines est le signe d'un concept générale.. Ces concepts sont formés par ce qu'on appelle la faculté d'abstraire, mot très bon qui désigne l'action de décomposer des intuitions sensibles en leurs parties constituantes, de dépouiller chaque partie de son caractère momentané et concret.... Comment s'exécute cette œuvre spéciale de l'intelligence humaine, je veux dire, la formation et le maniement des concepts ? Les concepts sont-ils possibles, ou du moins y a-t-il jamais des concepts effectués, sans une forme extérieure et un corps ? Je réponds décidément non. Si la linguistique a prouvé quelque chose,

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