‹ La psychologie de l'enfantChapitre 88 sur 109 · Luys, le cerveau et ses fonctions, p · texte numérisé non relu

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rience, que sa bonne pourrait le faire participer à ce plaisir, s'il le demandait d'une certaine manière irrésistible, c'est-àdire en pleurant ou faisant mine de pleurer, et il agit en conséquence. On peut ici voir tout à la fois l'origine du raisonnement analogique qui lui a fait étendre tous ces jugements consécutifs, et du raisonnement déductif, qui lui fait appliquer à la circonstance présente ces expériences par lui généralisées. Le même enfant, à l'âge de huit mois, faisait entendre un gloussement guttural très bizarre, et do son invention, qui, lorsqu'il voulait satisfaire à une nécessité familière, signifiait pour ses parents : « Venez à mon aide, puisque, si je ne vous avertissais pas, vous vous fâcheriez. » Cette formule résume tout un ensemble de jugements et d'associations d'expériences, qui ont abouti à des actes de généralisation et de déduction. Ainsi raisonnent, d une façon concrète et synthétique, le petit enfant qui no parle pas encore, et l'animal qui ne parle, pas, mais qui n'en ont pas moins, l'un et l'autre, une certaine puissance d'expression très significative. Avant de revenir à l'examen de la faculté de raisonner chez le petit enfant, étudions-en les manifestations analogues chez. l'animal.

Dans des circonstances semblables à celle où se trouvait le petit enfant cité plus haut, et je demande pardon au lecteur d'insister sur des détails qui n'ont rien de choquant pour la science, voici comment se comportait un chien d'environ six mois, qui m'a appartenu. Pour lui donner des habitudes de propreté, que son premier maître avait négligé de lui faire preiidre, je le cravachais chaque fois qu'il avait sali une chambre, voisine de mon appartement, où il couchait.

Bientôt l'idée d'un châtiment, associée à celle d'un besoin trop facilement obéi, excitait chez lui, avec un vif désir de n'être pas battu, l'idée d'accomplir des actes qu'il savait de nature à prévenir ce désagrément. Il me réveillait presque toutes les nuits par des cris lamentables, lorsqu'il

n'avait pas réussi à m'éveiller en grattant énergiquement la, porte de ma chambre. Tous les jugements qu'il produisait en cette circonstance étaient enchaînés par des liens si rigoureux, qu'il n'y a guère qu'à les traduire en paroles, pour y retrouver les éléments de parfaits raisonnements, Essayons de parler sa pensée. « Mon maître me fustige d'importance, quand je m'oublie à gâter ma chambre à coucher (premier raisonnement inductif). Mais quand, m'ayant ouvert la porte, il me fait sortir quelques instants et descendre dans la cour, il est content de moi, et lojn de me corriger, il me caresse et me flatte (seconde induction). — Or, quand je hurle d'une façon lugubre, il s'éveille et vient m'ouvrir (troisième induction). — Donc, aboyons à- tuetête, réveillons-le, et nous ne serons pas battu. » (raisonnement déductif).

Le fait suivant n'est pas moins concluant. Je l'emprunte au çiche recueil d'observations et de citations de M.' Houzeau, qui en a été témoin. « On sait que les laitières de Bruxelles emploient des chiens, attelés à de petites charrettes, et font le matin 1 la ronde de leurs habitués. Ces chiens s'approchent d'eux-mêmes des maisons où ils s'arrêtent tous les jours : ce n'est là d'ailleurs que de la mémoire. En 1854, dans la rue Saint-Géry, il m'arriva d'en sutvre un, qui traînait son léger véhicule, tandis qu'à quelques pas marchait la laitière. Une voiture à deux chevaux se trouvait dans la rue, au même moment ; elle allait à peu près de la même vitesse, et formaitun obstacle constant à gauche du chien. Celui-ci devait s'arrêter, comme il le. faisait tous les jours, en face d'une porte dont le séparait la voiture. Le problème était donc pour lui de croiser, soit en avant des chevaux, soit en arrière en les laissant passer. Le chien, continuant à marcher de son pas ordinaire, jetait alternativement les yeux sur sa maîtresse et sur la porte de son habitué. Ce mouvement fut répété trois fois en quelques "econdes ; l'expression de l'animal disait dans un langage

mimique auquel on ne pouvait pas se méprendre : « Comment vais-je faire à présent? • L'interrogation était si positive et si claire que non-seulement la paysanne la comprit et y répondit, mais qu'elle résolut le problème comme le coup d'œil du chien le suggérait. Elle pria le conducteur des chevaux de les arrêter un instant, le chien vint de lui-même traverser (levant eux et se ranger à côté de la porte assignée. Quiconque sera témoin d'une action semblable ne niera pas que les chiens sont capables de réfléchir (1). »

« Dans la grande inondation de la Loire, en 1836, l'eau se répandit dans un jardin où deux rossignols avaient leur nid dans une haie. Les flots montaient toujours, et menaçaient de submerger la famille naissante; car les jeunes, nouvellement éclos, n'étaient pas en état de voler. Dans cette circonstance, on pourrait soutenir qu'il fallait raisonner pour comprendre le danger croissant. Mais, à coup sûr, il y eut plus qu'un acte automatique, quand les oiseaux emportèrent le nid tout d'une seule pièce, et le mirent à quelque distance hors de l'atteinte des eaux. C'est là en effet ce qu'exécutèrent le père et la mère, chacun prenant un côté du nid dans son bec. Et de cette manière, volant d'une vitesse égale et posée, les rossignols accomplirent le voyage avec succès et sauvèrent leur famille du fléau (2). »

« Je citerai un second exemple individuel d'un autre genre, dans la classe des oiseaux. « On m'avait fait cadeau d'un beau gros-bec mâle, dit Audubon, mais il était si épuisé, qu'on eût dit une simple masse de plumes. Cependant en le nourrissant avec précaution, il reprit bientôt, et devint si familier qu'il mangeait dans ma main sans donner le moindre signe de crainte. Pour lui rendre la captivité supportable, je le laissais voler dans ma chambre à coucher, et en me levant le matin, mon premier soin était

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