Houzeau, ouvr. cité, p. 199, t. II
de lui donner quelques semences. Mais durant trois jours de suite, il m'arriva de rester au lit plus tard que de cou* tume, et alors l'oiseau venait m'éveiller en voltigeant sur mon épaule, et réclamant sa pitance ordinaire. Le troisième jour, je le laissai voltiger quelque temps avant de faire semblant de m'éveiller. Mais il n'eut pas plutôt vu qu'il avait atteint son but, qu'il se retira sur la fenêtre, et attendit avec patience que je fusse levé (1). »
Nous voyons donc chez l'animal une foule d'opérations intellectuelles et d'actes intelligents, qu'on ne saurait rapporter à l'instinct. Les exemples cités plus haut ne sont pas de ces habitudes communes à toute une espèce, qu'on puisse considérer comme dépendant de la constitution organique, mais des manifestations individuelles, dans des circonstances exceptionnelles, et variant avec les changements extérieurs. C'est le raisonnement humain dans toute son indépendance de l'automatisme. Il faut cependant se garder, soit à l'égard de l'homme, soit à l'égard de l'animal, de trop accorder aux influences directes de la spontanéité. Ne voit-on pas surgir tout à coup une faculté longtemps enfouie dans Tes profondeurs de l'automatisme héréditaire, et certains actes exceptionnellement accomplis par les animaux ne peuvent-ils pas provenir de cette source mystérieuse ? Par exemple, les inondations sont-elles des événements si rares dans la vie des espèces, qu'elles n'aient pu déterminer jusqu'à un certain point chez des oiseaux la faculté semi-instinctive de transporter leur nid en s'aidant de leurs becs? De même, dans le cas de l'enfant dont j'ai parlé plus haut, qui regardait manger avec envie sa nourrice, il devait nécessairement s'ajouter aux modifications conscientes, au pur raisonnement, des jugements et des mouvements réflexes, résultat, soit des habitudes individuelles, soit des habitudes transmises. La simple vue des mâchoires agitées