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Bûchner. Force et matière

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voyelles, « par tâtonnements ,et essais perpétuels, par sélection graduelle, aux voyelles se sont ajoutées des consonnes, et les exclamations sont devenues de plus en plus articulées. » A douze mois, sa fille lui paraît avoir acquis le matériel du langage, n'attachant aucun sens aux sons qu'il émet. « Toute l'initiative lui appartient ; c'est l'invention personnelle, accidentelle et passagère qui lui ont fait trouver et répéter, des sons comme mm, kraaau, papapa; l'exemple et l'éducation n'ont guère servi qu'à appeler son attention sur des sons qu'elle ébauchait ou trouvait d'ellemême. » Qu'il me soit permis de considérer la liste des sons ébauchés par l'enfant comme bien restreinte, et peu propre à étayer un raisonnement sûr, touchant le rôle respectif de l'initiative personnelle et de l'imitation dans l'acquisition du langage. On aimerait à voir la notation plus ou moins précise des voyelles et des articulations ébauchées par l'enfant.

Plaidant toujours la cause de la spontanéité d'invention ou de réinvention, qui précède chez l'enfant le travail d'assimilation, M. Taine affirme, sans doute avec raison, que ce ramage est d'une flexibilité étonnante, il est persuadé que toutes les nuances d'émotion, étonnement, gaîté, contrariété, tristesse, s'y traduisent par des variétés de ton ; en cela, dit-il, il égale ou même surpasse jine personne adulte. Quel est l'heureux observateur qui parviendra à saisir cette bizarre phonétique du langage enfantin, à coup sûr non moins difficile à noter que le chant du rossignol, dont on est pourtant venu à bout ?

La note de M. Darwin, dont il a été déjà question dans ce livre se termine par quelques observations sur les moyens de communication mis au service de l'enfant. Ce sont d'abord des cris instinctifs, servant à montrer qu'il souffre, cris changeant, au bout de quelque temps, selon qu'il sont produits par la faim ou la souffrance ; et bientôt, à ce que sup- Dose l'observateur, ce sont des pleurs intentionnels, tradui-

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sant à leur façon les désirs de l'enfant; à l'âge de quarantesix jours, de petits bruits variés, produits comme par plaisir; à cent-treize jours, l'ébauche d'un sourire ; et peut-être, à la même époque, des efforts pour imiter les sons. Le son articulé da est formé à l'âge de cinq mois et demi. « A l'âge d'un an, il fit l'effort d'inventer un mot pour désigner sa nourriture, et l'appela mum ; » ce mot signifia dès lors pour lui : « Donnez-moi à manger. C'est là le mot correspondant au kam dont se servait l'enfant de M. Taine, dit M. Darwin, qui a tout l'air de l'attribuer à la spontanéité propre et non à l'imitation, car il déclare qu'il ne sait pas «ce qui l'amena à adopter cette syllabe. »

M. Egger (1) note à cinq semaines, la transition du cri à la voix. Le cri est le premier son que l'organe humain fasse entendre : il sort du fond du larynx dès le premier instant de la vie à l'air libre. Pendant plusieurs semaines, il est le seul que l'enfant fasse entendre, et cela quand il souffre. « Puis, vers cinq semaines, je vois la bouche et la langue s'agiter, même et surtout dans la joie, pour produire des sons que nos lettres ne peuvent exprimer, mais qui certainement sont moins gutturaux que les premiers. Cette seconde espèce de sons, en se perfectionnant, produira de véritables articulations.... Chez Félix, cette voix distincte du cri douloureux ne s'est guère produite avant la fin du deuxième mois. » M. Egger émet, à propos de la voix enfantine, une observation dont l'exactitude ne me paraît pas garantie : « c'est que la voix des enfants, dans le premier âge, n'est pas caractérisée par un timbre individuel. La voix se caractérise en même temps qu'elle s'articule, en même temps qu'on y distingue des voyelles et des consonnes. » Je n'ai pas d'observation contraire à objecter à celleci, mais je lis dans un opuscule du D r Laurent que « le timbre particulier du cri varie comme la voix des hommes.

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