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- Comme Julien, Fabrice est entre deux amours ; mais!
Fabrice est l'homme d’un seul amour.
… Fabrice, plein de grâces et de nature généreuse et esclave, de tous les avantages mondains que lui créent Pamour de la Sanseverina et l'esprit du comte Mosca : puisque la carrière militaire n’est plus, après Napoléon, que la vie de l’écureuil dans la cage qui tourne,
il sera un archevêque grand seigneur, à la manière des: del Dongo. La vie lui est toute faite par d’autres ; toutes l'intrigue se passe hors de lui ; il n'a qu à en profiter et c’est à quoi le dirigent et son insouciance naturelles et l'éducation des jésuites de Naples qui transforment l'enthousiasme de vertu en souplesse cléricale. Mais às vrai dire, Fabrice ne fait guère attention à sa vie (1); il est tout aux sensations le L'âme : 1l est resté un enthou siaste : l'enthousiasme de l'amour après celui de 1 gloire napoléonienne ; pour tout ce qui n'est point la” vie de l'âme il se laisse conduire ; la vie qu'il se fait personnellement, c'est Waterloo, la tour Farnèse, las Chartreuse ; le reste, des génies bienfaisants le lui font à | et cette intervention bienfaisante ne fait qu’accuser le
dur contraste de son choix à lui (2).
aimer. Amoureux de l'amour, il fait tout au monde pour le connaître ; mais devant les déceptions il croi Ë que la nature lui a refusé un cœur pour aimer et être. mélancolique, et que sa destinée le condamne à ne jamais s'élever plus haut que le vulgaire plaisir. I ya près de lui un amour dévoué à tous les sacri
(4) Son éducation n’altère pas sa nature.
(2) IL y a dû mysticisme et de l’ascétisme chez Fabrice : le plein
fices et caché sous les apparences d'une amitié pasionnée. La duchesse, sa jeune tante, est comme une E.. ainée de Fabrice, et avec plus d’esprit du monde, toute semblable à lui; tendre et passionnée : 4me touurs sincère qui jamais n’agit avec prudence, qui se ivre tout entière à l’impression du moment, qui ne demande qu'à être entrainée par quelque objet noueau ; gaieté italienne, pleine de brio et di IMpPrévu ; jeune, brillante et légère, esprit ardent et vif : Ame altière du reste et capable de vengeance atroce ; elle aussi une del Dongo, à la décision énergique et qui ut toujours ce qu'elle a une fois voulu. Sa beauté est son moindre charme; et pourtant sa beauté au repos rappelle le sourire voluptueux et la tendre mélancolie S belles Hérodiades du Vinci.
“ Après l'amour passion de sa jeunesse, et dans l'ennui de sa vie restreinte, sévère et monotone, la duchesse s'est réfugiée dans son amitié tendre pour le comte Mosca : un homme d'esprit au pouvoir et sensible et aimable et quisait manier son amour, et qui l'a attaquée um bon moment ; un homme d'esprit qui lui procure ous les pnuLes SE la vanité 5 du on Où trouve er
amour de jeunesse. Son admiration passionnée pour
ou
amitié tendre pour Mosca l'aide à se dissimuler cet amour et à s'en divertir; par moments elle ira 14 un attachement passionné qui l'empêchera de songer à Fabrice; et pourtant, quand Fabrice sera en péril, cetté amitié tendre ne sera plus rien que de l'amitié ; il faudra qu'elle voie sans doute possible que toute l mé de Fabrice est à Clélia pour que la duchesse ait lillus sion d'aimer le comte ; mélange d’admiration, d’amiti | d'estime, confiance absolue, fusion de leur commune expérience de la vie etdes cours, plutôt que de l'amour La duchesse se trompera quand elle dira au comté qu’elle l'aime mieux que Fabrice ; etce qui la dément c’est qu'elle ne survivra pas à Fabrice. |
C'est la jalousie du comte qui lui révèle son amou de toujours pour Fabrice. Elle n'avait pas su se com prendre elle-même, ni son admiration passionnée, ni Sà mélancolie, ni son extrême bonheur, n1 l'étrange impression que lui font les intrigues amoureuses aux quelles Fabrice s'exerce par devoir, ou l'impuissance d'aimer dont il la fait confidente. Et quand elle com mence à se comprendre, elle retient son amour. « E trouvait quelque chose d’horrible dans l'idée de faire l'amour avec ce Fabrice qu’elle avait vu naître ; et pou tant que voulait dire sa conduite ? » Et pourtant Fabrice est par moments sur le bord de l'amour et la duche S€ se dira plus tard, dans ses regrets, qu'il eût suffi du mot d'elle pour que tout fût fini, et qu'alors il n’ei peut-être pas songé à Clelia. Mais ce mot lui faisait um
épugnance horrible. Eperdument amoureuse devant le péril de Fabrice, elle se dissimule encore, autant qu'elle peut, cet amour. « Enfin s'il n’est heureux Je le puis être heureuse. Tenez, voilà un mot qui peint ien l’état de mon cœur; si ce n’est la vérité, c’est au Moins fout ce que J'en vois. » Cet amour, auquel elle ne S abandonne jämais complètement, s'exprime par le évouement absolu qui va jusqu’au crime et au sacrifice de soi-même. Mais si elle ne s’y abandonne jamais complètement, elle n yrenonce jamais. C’est sa jalousie qui hâte le mariage de Clelia et qui active le désespoir de Fabrice : dans ce désir passionné du mariage de
Clelia, au moment où elle croyait n’aimer plus Fabrice d'amour, il y à encore le vague espoir de voir dispa- Dittre peu à peu l'amour de Fabrice. Ce mariage est sa e igeance et elle rend ainsi à Fabrice les tortures qu’elle isubies. Fabrice a pour la duchesse une amitié intime, h. amitié passionnée, mais sans amour. Et sa posi-
on est périlleuse, car il sent l'amour de Gina : sans
croit que Fabrice a pu deviner le goût qu’elle a pour ui, jouera-t-il le rôle affreux de l’homme qui ne veut pas deviner ? Et si ces soirées si tendres conduisent à quelque chose de mieux, comment lui offrir des transports, de la folie, dont la nature l’a privé. « Veux-je Sdter cette amitié si passionnée et si utile ? Il suffit de
ui dire : je t'aime, moi qui ne sais pas ce que c’est DeLacroix — Stendhal É 12
qu'aimer d'amour. Elle passerait la journée à me faire.
un crime de l’absence de ces transports qui me sons
inconnus. »
C'est du reste par une sincérité profonde envers l'amour, par sévérité personnelle et par l’ascétisme, qui est un trait de sa nature (1), et comme par un pressens timent de son futur amour pour Clelia que Fabrice n
veut pas donner le nom d'amour à cette amitié pass
sionnée; par moments, il est tout près de l'amour; à Belgirate c'est avec une tendresse infinie que le souve=
. nir de la duchesse se présente à lui; ét c’est dans un
extase où tous ses enthousiasmes de vertu, où tout l'élan de sa jeunesse se réveille qu'il prend la résolution, des ne jamais mentir à la duchesse ; c’est parce qu'il l’ais mait à l’adoration en ce moment, qu'il se jura de n& jamais lui dire qu'il l’aimait. Mais tant qu'il n'aime point il renonce aussi à lui faire entendre qu'il ne l'aimêë point ; et même par transport naturel il a un moments d’amoureux. C'est à la réflexion qu'il se retient; et cette ardente: amitié peut donner à la duchesse toute l'illus sion de l'amour, dont son amour retenu a besoin, Tant que Fabrice n'aimera pas Clelia, tant que la duchessé n'aura pas le cœur percé par la froideur de Fabricé
(1) Parce qu’en fait d'amour il ne conçoit que l'extrême amoulm qui se donne etse dévoue ; il ne veut pas de l’amour d’une femmes auquel répondrait, chez lui-même, l’amitié la plus douce et du bon* heur donné par un mélange de ce genre : auprès d’une âme aussh rare que la duchesse et d’un amour comme est le sien, il ne veut
offrir qu’un amour absolu. =
* TA r eu La .
qui aime ailleurs, elle aura de Fabrice autant d'amour D lui en faut.
* Clelia est une Jeune recluse que sa profonde incurie pour tout ce qui est vulgaire à faite entièrement étrangère au monde où elle vit. Le mépris de ce qui entoure, le regret de la chimère absente l'ont conduite à Sa chère solitude qui, sans lui donner le bonheur, lui évite les sensations trop douloureuses ; le là cet air de n'être émue par rien, cette facon d'être somme au-dessus de toutes choses. Mais elle est aussi ort pieuse et fort timorée ; mais elle est aussi profonlément raisonnable. Et sa piété et sà raison, unies conre son cœur, lui donneront d’affreux remords.
« Ame singulière et beauté rare et singulière qui ne dsémble à aucun CE les grâces naïves et l’emreinte céleste de l’âme la plus noble; une figure du tüide (1), svelte, aux traits un peu marqués, aux lèvres mn peu fortes ; un regard sublime, et sur des joues un eu pâles, l'effet très doux des cheveux blond cendrés.
Quand Fabrice la revoit à la citadelle, tout les sépare ; e monde, la politique, la carrière de Fabrice et sa éputation. Mais dans l’un comme dans l'autre l'amour commencé et les événements le hâtent et le préci-
ent ; la prison ne met pas d'obstacles à l’amour de
(1) Stendhal est-il d'accord avec lui-même ? Promenades, 1, 130. Le Guide eut l’idée d’imiter la beauté grecque pour les traits du Sage..…., corriger les défauts, idéaliser ». [, 284, la délicatesse des Des du Guide.