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Fabrice, puisqu'au contraire elle Le sépare du mon “à entier sauf de Clelia ; il y est, comme au cloître, l° amante de son Dieu. Et le péril de mort qui ento Fabrice force Clelia à se rendfe compte d' le née des aveux et à des actes décisifs.
Fabrice, pensant à Clelia, oublie d’être malheureux en prison; une joie secrète règne en son àme d êt retiré du monde et tout à Clelia : sa réclusion devieni volontaire et il faudra que Clelia elle-même le forces quitter sa prison.
À partir du moment où il a admiré son regard et pitié de ses yeux si beaux, Clelia devient l'unique objJ | de ses pensées et toute son industrie de prisonnier es! ‘appliquée à la voir et à voir qu'elle le voit. L'image sublime de Clelia, en s’emparant de toute son âme k L jusqu'à lui donner de la terreur, tant il comprend que e toute sa vie dépend d'elle. L’excès de son amour l empêche de voir l'amour de Clelia; 11 passe son temps dans des doutes mortels à chercher si Clelia l'aime.
Clelia en revoyant Fabrice s’est attendrie sur son sort, et a admiré son attitude. Elle s'en veut de ne lu avoir point répondu. Elle le voit digne d'amour, da l'amour éperdu de la duchesse. Douce pitié, remord de prendre parti pour le prisonnier contre son père trouble et commencement de haine pour la duchesse; humeur contre elle-même et mélancolie profonde : tou cela réuni autour de l’idée persistante de la mort dl Fabrice, qui va périr et pour la cause de la liberté. Æ
ivoyée au couvent et séparée de Fabrice, au moment L] elle tremble pour sa vie. Mais près de Fabrice, elle l'est pas heureuse. Son âme est déchirée par une jalouie mortelle, « Que suis-je pour lui ? un prétexte pour le pas s'ennuyer en prison », tandis qu'elle sent, elle,
Fabrice, dans sa crainte mortelle d'offenser Clelia, omprend mal les mouvements de son cœur ; il man-
FA
ue d'audace et ne sait pas faire violence à son âme, ci d'elle un aveu. Tout ce qu'il sait faire c’est rotester de son amour et le prouver en refusant de enfuir. Mais cette preuve opère ; et quand Clelia voit à bonne foi mise en doute par Fabrice, avec une sorte e.colère et un regret mortel, elle lui dit son amour. L'amour de Fabrice est bien simple ; le monde a isparu. L'amour de Clelia est compliqué de remords traversé de scrupules. Clelia trahit son père en nant Fabrice : pour continuer à voir Fabrice, il faut Welle en épouse un autre; pour sauver Fabrice, il tqu elle lui persuade de s'enfuir. Pour tout concilier de fait des pactes, elle s'engage par des vœux; une eur religieuse s'ajoute à ses troubles d'âme. L'amour de Fabrice le ramène à la prison mortelle,
Dans l'angoisse de l’extrème péril, et devant l’image de la mort, Clelia croit mourir dans les bras de Fabrice et ne sait plus lui résister. Elle triomphe même de l'indis
gnation d'avoir été trompée.
Mais maintenant qu’elle est toute à Fabrice, ellé s'éloigne de lui tout à fait; il lui faut sauver l'avenir de son père et se résoudre au mariage Crescenzi ; la jalous sie de la duchesse, le scrupule de Clelia font ce mariagé inévitable. La décision ne va point sans des reculs et sans des sautes d'amour. Mais l'amant n'est plus cù péril pour qu'on sacrifie tout pour lui. À ne la voir qu du dehors, c'est à croire qu'avec les dangers de son amant, son amour a cessé. Clelia ne parait plus se sous venir de son amour : les remords les plus violents se
Fr [Il faut à nouveau toute l'industrie sacerdotale dé
sont emparés de cette âme vertueuse et croyante. à
Fabrice, et un mouvement de jalousie pour la rappeler en elle-même. Fabrice insensible aux honneurs et plus malheureux qu’en prison, Fabrice consumé, et menacé de mort prochaine, obtient enfin l'accès de ce cœur a trois années de bonheur divin. î Fabrice, après la mort de Clelia, passe naturellement de son amour à la Chartreuse. La Chartreuse, *exprüllé non pas le dernier épisode du roman, mais son essence
profonde. « Fabrice amoureux » c'est déjà « Fabrice chartreux » (1). Dans l’amour il y a le renoncemenl
(1) Léon Blum, p. 231.
au monde, et quand l’objet de l'amour vient à manquer, “tous les autres plaisirs de la vie on les trouve anéan-
… Nul roman où Stendhal ait poussé si loin l’analyse des complications de l'amour, ou du jeu de ses formes “diverses qui s'affrontent : la duchesse avec son amitié kiendre pour Mosca et son amour pour Fabrice, Fabrice ‘avec son amitié passionnée pour la duchesse et sa passion pour Clelia. Mosca, la duchesse, Fabrice, Clelia, un quatuor d'une variété singulière : l'intérêt particulier du roman tient précisément à cette richesse de | HOSSE et tout cela poussé jusqu'au plus subtil détail ; ‘que de finesse par exemple dans la peinture de “re Mosca, dont nous n'avons rien dit et de sa classique jalousie ; et tout cela logé dans un cadre d’une incomable: richesse, « dans un drame étourdissant d’habià. eté, de faire, de netteté ». Balzac avait raison d’écrire
u1l fallait pour concevoir et exécuter un tel ouvrage un homme de 50 ans, dans toute la force de l’âge, et ‘dans la maturité de tous les talents.
à On a bien montré ce que Stendhal doit à ses manus- crits italiens : l’histoire de Vannoza F arnèse, racontée
à Colomb le 27 août 1832, reprise sans doute en
os
M838 (2), lui fournit et le scenario et l’esquisse psychodosique des principaux personnages. Vannoza Farnèse
$ (1) Le mot « chartreux » est déjà prononcé dans la curieuse nou- “elle « Ernestine », Amour, 350.
- (2) Martino : Stendhal, 249.
« cette divine beauté, sicalme, sinoble, si saisissante » : « cet aimable volcan d’idées nouvelles et brillante
que lui fournissait l'imagination la plus féconde et la
plus joyeuse qui fut jamais »; elle qui inventait less parties de plaisir les plus singulières, les plus diver… tissantes. On n’a point de peine à reconnaitre ici le,
prototype de la Sanseverina ; une autre histoire, qui
s'y retrouve encore, est celle de « Maria Sanseve“
DEAN ERONEEN
rino » tbe De même Alexandre Farnèse, qui avait une rares beauté et tout l'esprit de sa tante Vannozza, devient
Va
Fabrice. Neveu de Vannozza, on peut juger de quelle faveur il jouissait à la cour du cardinal Roderic. Les:
Mémoires racontent ses aventures périlleuses, son esprit entreprenant; les fouilles, l'enlèvement, le châ-« teau Saint-Ange, l'évasion, c’est l’histoire extérieure de« Fabrice. Les Mémoires indiquent aussi Clelia. Par la suite! Alexandre devint cardinal ; «il eut alors pour maïtresse,« pendant longtemps, une noble dame du nom de Cleria ;* il la traitait comme sa femme et en eut deux enfants. Ses amours avec Cleria durèrent longtemps, et avec un tel secret qu’il n’en résulta aucun scandale » (2).
Mais la documentation historique est ici pénétrée
(1) Zbid. « Elle était très heureuse ; son mari meurt ; elle se“ retire chez son frère, qui la traite durement. Elle se réfugie à Naples, et devient vite une personne très influente à la cour ; elle est l’amie préférée de Dona Maria d’Aragon », Ÿ
(2) Voir pour d’autres emprunts aux manuscrits le livre des Martino.
mée par l'élément musical : j'entends par musical Hointain de la sensibilité où vont se perdre les difféents arts. La volupté et l’ardeur du Corrège animent la chesse et Fabrice (1).
Qu'y a-t-il ici de son expérience propre ? On n’a point & peine à reconnaitre en Fabrice l’'amoureux aimé u'il aurait voulu avoir été. On n’a point de peine à éconnaiître en Mosca l'homme mür,amoureux et habile uil souhaitait encore être ; deux formes d'amour qui nt bien son rêve d’amour. Quant à Gina, je ne crois
as qu'il en faille chercher le modèle parmi ses aman-
3. Il y a ici, transposé, le thème presque incestueux de nous retrouvons dans Brülard; le souvenir des LA
(1) Corr., HE, 259 ; Chartreuse, 83. Si Stendhal a choisi Parme, me raison entre plusieurs ne serait-elle pas la Madone du Corêge à la bibliothèque de Parme ?
Promenades, Il, 274 « la musique de Cimarosa et la Madone du orrège à la bibliothèque de Parme ».
Amour, 82, note « et à Parme, dans la Madone couronnée par fSus, les yeux baissés de l'amour ». Que signifie le Corrège pour tendhal ? Corr., I, 385 (12 oct. 1812, Moscou) « cette grâce corégienne quela moindre ombre de pédanterie détruit ».
WGelte grâce opposée à Rousseau, et rapprochée du beylisme ; rendre avec légèreté et profondeur la vie, au lieu de « cette manie voir des devoirs et des vertus partout » qui « a mis de la pédanrie dans son style et du malheur dans sa vie ».
Mais en même temps il y a chez le Corrège la rêverie stendhaenne. « L'âme... se croit transportée dans ces lointains si nobles y trouver ce bonheur qui nous fuit dans la réalité », Æ. de la
“H. de la P., 211: « ce resplendissant singulier des tableaux du orrège ».
grandes dames qui l'ont vu d’un œil favorable et l'amour desquelles 1l n'a pas répondu (1) ; tout le .l sir de Milan; et de l'Italie ancienne, Vannozza Farnèsè dont nous avons parlé tout à l'heure (2).
L'amour de Clelia c’est un amour à sacrifice, con celui de Mme de Rénal ; elle aussi triomphe du sert pule religieux ; elle de son âme; mais elle st rapproche de Mme de Chasteller et de Métilde par $ réserve, Sa rigueur, qui ne cède qu'au péril de sol amant : il ya icrlutte contre l’amour et colère contre
elle-même, et non point langoureux abandon. Surtot ce qui domine chez elle, et ce qui est bien à elle, c'es le sentiment d’un devoir envers son père. :
Clelia est née, elle aussi, dans l'atmosphère al Chroniques italiennes. Elle à certains traits d’ été de Camporeale. Hélène est une Clelia infidèle à ù
même, en ce sens qu'elle ne va pas jusqu'au bout
son amour et que n ayant point consenti à son amant suprême sacrifice, n'étant pas pleinement à lui, elle se laisse distraire de lui et ne peut retrouver que par Æ
mort la dignité et la hauteur de son premier amour.«
(1) Souvenirs d'Egotisme, 122.
(2 ) Il y à aussi dans la Sanseverina quelques traits épars.
.tro, 148 ; 243.
son aventure est inférieure ; c’est par Mandrin qu’elle commence et par Mandrin qu'elle finit : les petites histoires de brigands, sur papier à chandelle, qu'elle ‘dévore la nuit, dans la tour, voila son Mémorial de Sainte-Hélène.
Lamiel est en révolte, contre son milieu qui l’ennuie ; ennui qui annonce la présence de l'âme; la petitesse de son éducation, le cynisme du docteur Sansfin font qu'elle met tout sur le même plan et rejette tout, devoirs humains et convenances sociales. Son âme ferme, moqueuse et peu susceptible d’un sentiment tendre, part à la recherche de ce qui peut la faire vibrer ; énergie en lutte contre des natures faibles et qui est en quête d’une autre énergie ; amour du danger, hardiesse, passion qui cherche à se satisfaire et non point à sabuser par le plaisir. C’est un bandit qu'elle finit par aimer et elle lui sacrifie tout. Par ces traits, Lamiel ressemble aussi à Mathilde (1) ; la paysanne aventureuse à quelque chose de la grande dame de la Fronde.
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2 (1) Mina de Wangel est comme un moyen terme entre Mathilde et Lamiel. Mina se déguise en Aniken ; il y a en Lamiel, qui est ‘Aniken par sa naissance la force d’âme de Mathilde ou de Mina,