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qu'on compare seulement avec Rousseau (1) ou d'Alembert. Mais il ne s'agit ici que de sa conception de la EE |
“musique. C'est à cette dernière théorie, qu'elle ressemble le plus : au moins par le caractère humain du sentinent prêté à la musique, et par le caractère de passion réelle de celle-ci. Nul doute du reste, comme nous l'avons dit, que la théorie ne soit ici confession personnelle. L'imagination sentimentale qui construit le plaisir musical, opère comme la cristallisation (2). Nul “doute aussi qu'il n'y ait dans sa théorie une pointe de ‘romantisme : la passion s'achève en sensation pure.
£ L'expérience musicale de Stendhal est assez large et k pourtant c'est l'opéra italien qui a dicté sa psychologie dé la musique, humanisée, ramenée au chant. D'autre part son idéologie musicale, nous l'avons dit, comme son idéologie sentimentale, est, avant tout, confession “personnelle et nous avons amplement montré le rapport pui y à chez lui entre la Musique et l'Amour. S'il y a
f (1) Rousseau, Lettre sur la musique française, XV, 196; £ram men, 266. Dictionnaire de musique (art. Mélodie). « D’Alembert, De la Liberté dans la Musique, 1, 531, 535. (2) Il y a chez Diderot, Leçons de clavecin, XII, p. 490 et 491, des remarques assez analogues. « Je ne dis pas que l’image qui s “est offerte à mon esprit soit la seule qu’on püt attacher à la même succession d'harmonie. Il en est des sons comme des mots abstraits “dont la définition se résout en dernier lieu en une infinité d'exem- -ples différents qui se touchent tous par des points communs. Tel “est le privilège et la fécondité de l'expression indéterminée et ague de notre art que chacun dispose de nos chants selon l’état actuel de son âme, et c’est ainsi qu’une même cause devient la source d’une infinité de plaisirs ou de peines diverses ». DELACROIx — Stendhal 18
dans le plaisir musical trois éléments constitutifs, l'élés ment sensible et agréable « le physique de la musis que », ‘l'élément formel et intellectuel, l'élément expressif et symbolique, il saute par dessus le second et par suite il ramène l'expression à l’affectivité pré cise ou à, l'agitation confuse qui termine et prolonge la passion.f[l a trop vite cru qu'il résolvait ainsi le pros blème : Qu'est-ce que la, musique exprime? Il a trop vite cru 'que l'émotion que suscite la musique ests ipso facto l'émotion musicale ; 11 a trop vite cru que les sentiments qu'elle éveille et provoque sont le sentis ment musical. | ë Le formalisme n'a pas tort de dire que la musiquew en fait de sentiment,ne contient que des schèmes affec. tifs; Hegel?et Schopenhauer n’ont pas tort de parler { de sentiments abstraits et généraux. Le défaut de Sten: dhal Jet de beaucoup d'autres est de n'avoir point entendu le sentiment au degré d'abstraction qu'il fau 1 pour qu'il soit, musical. C'est moins le sentiment ordi . naire que vit le musicien, que l’abstraction du senti= ment,ila résonnance du sentiment surl’âme ; ilextrait du . sentiment, la musique du sentiment : la vie profonde de« la passion dans’sa liberté, dans sa génialité essentielles de là cette apparence superbe de spontanéité primors diale et d'infinité. PE Les sentiments que le musicien exprime sont comme une réflexion sentimentale sur les émotions ordinaires
il se libère de l'émotion précise par le sentiment musis
al; ilse sent sentir; la passion, en s'approfondissant, evient le libre mouvement d’une âme : le sentiment nusical est d'abord un raffinement du sentiment : ce pue la mélancolie, ou mieux encore la contemplation de la mélancolie, son douloureux plaisir, est à la trisesse.
» Ces sentiments ont un caractère de généralité ; des émotions proprement dites, l’artiste dégage la strucure, le plan d'évolution ; il est peut-être le seul homme ‘Qui soit attentif au devenir du sentiment : de là viennent à la fois l'extrême précision de l'expression musicale et
a richesse ; car bien des émotions déterminées gravi-
mouvement de l’activité en soi. De là le caractère cos mique de la musique, l'illusion ou la vérité de l'infini intelligible et son apparence métaphysique.
Mais ce sentiment ne devient proprement musical que par son incarnation sonore ; sinon il n'y à qu'uné mystique, une poésie du pur sentiment. En réalité chez le musicien le sentiment est déjà forme sonore; 1 ! ligne du sentiment dessine immédiatement une forme: mélodique. | |
Le son est la matière privilégiée pour l'expression de. tels sentiments — non pas seulement parce qu'il fait partie du langage affectif, parce qu'il porte en lui les inflexions de la voix et de l’émotion ; car l'émotion n’& qu'un langage élémentaire et pauvre, pour puissant qu'il soit ; car la voix n’est au reste, qu’un des moyens. de dépense de l'émotion ; car le son de la musique n’est pas le bruit de l'émotion, mais l'échelle des notes 3 non pas certes parce qu'il serait le langage riche cts varié de la convention, le son intellectualisé, mais inexpressif du point de vue émotionnel, sinon par ace | dent — non pas seulement à cause de‘sa beauté sen sible, de sa plasticité intrinsèque. Mais parce qu'il s& prête avec une extrême souplesse à la construction dans le temps et à la figuration des qualités. Ce qui est pro®
fondément expressif, ce n’est pas le son lui-même“
qu'ils supportent, est expressif par soi-même. La structure de la phrase dessine les phases de la vie affective : le conflit et l'union des thèmes, le développement, la “variation sont une action et un discours. La logique musicale est la vraie logique du sentiment.
Hegel avait raison de dire que le son est écho de l'âme. Entre le monde sonore et les sentiments que nous venons de décrire, il y a une adéquation absolue, et cette adéquation est l'essence même de la musique.
La musicalité du sentiment rejoint la forme musicale.
… Un des caractères de la psychologie française, c'est ‘qu elle reste en contact étroit avec l’art et La littéra- “ture: de cela témoignent Stendhal, Sainte-Beuve et Maine. =
Ribot signale l'aptitude particulière de l'Anglais à Ja psychologie empirique : la disposition à la vie intérieure, au reploiement sur soi-même, d’où sortent la
poésie et le roman intime. La remarque vaut pour la
France; nulle part le roman psychologique n’a été plus près de la psychologie.
… À l'observation profonde de la nature humaine, lIdéologie a ajouté l’examen de l’histoire, l'homme vu dans le temps, à travers les différentes formes de Société et de gouvernement. C'est la formule même du roman stendhalien. Avec Stendhal nous sommes à ce
point où l'art est presque de la science, ôù la science est déjà de l’art; comme le mythe platonicien est l'image du monde des idées, le roman de Stendhal reflète une vision psychologique très abstraite et pours tant toujours orientée vers l'observation concrète et qui ordonne autour de la remarque fondamentale les personnages et les événements. |
Cela est bien conforme à notre meilleure tradition française ; qu’on se rappelle une formule de La Bruyère et puis un de ses caractères. Cet art d'animer ou plutôt cet art de n'avoir que des pensées animées, que des théories vivantes, quelle complexité savoureuse et quel charme pour l'esprit ! ï |
Après tout, c'est peut-être la profondeur de Pob= servation qui caractérise notre psychologie; chez les meilleurs de nos psychologues, l'observation n’est dupe ni des apparences que la conscience se donne à sa surface, ni des théories faciles qui décrivent l'ens semble d'après l’un des éléments, ou qui substituent à la nature un symbole commode, œuvre de l'esprit de système. Mais la profondeur est avec la clarté et toutes deux avec la vie. De là, le goût si vif et de l'éternel et ; de l'éphémère, de l’éternelle nature humaine, et de ses travers l’espace et le tempss
ses formes changeantes à de là cette aptitude à enfermer dans les formules abs: traites tant d'expérience humaine; de là cet amour des variétés de la nature humaine qui, après l’Idéologie
CT
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entraînera la psychologie + vers Thistoire, la clinique et l'ethnographic.
L'histoire de la Deco n'a pas le droit d'igno- 1 rer Stendhal. Si notre étude est trop longue, elle répare du moins une injustice. Les psychologues l'ont EE vanté, certes, mais sans dire précisément pourquoi. IL a 1 sa place à la suite de Cabanis, de Bichat, de Biran, € lans une histoire de la psychologie. Nous n'avons fait que le mettre à cette place. Nous ne prétendons pas SA avoir étudié ne Assez d'autres l'ont fait ou le PE
; feront.