‹ La psychologie des élusChapitre 35 sur 57 · SP OR EP NT IE · texte numérisé non relu

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III. — Ils savent avec une certitude complète. En eux, aucune hésitation, aucun de ces doutes pleins d'angoisse, point de ces ombres contre lesquelles le savant lutte avec tant d'opiniâtreté, de ces erreurs qui font si souvent dévier nos jugements et rendent incertains nos systèmes scientifiques. En effet l’erreur vient parfois des fausses apparences des choses. [ci-bas nous ne sommes en contact qu'avec l'écorce des réalités corporelles ; nous percevons la couleur d’un feuillage, le parfum d’une fleur, la substance, la nature de la plante nous échappe et se dérobe dans la sphère d’un au-delà mystérieux. Nous voyons une blancheur d’hostie, mais au delà de cette blancheur se voile une adorable et divine réalité. Nous voyons des corps, mais les esprits sont invisibles ; et ce que nous percevons, vibrations externes de la machine, ne nous révèle qu'imparfaitement et de fort loin ce qui se cache

dans l’au-dela des essences corporelles ou du monde spirituel. L'erreur est donc facile, elle est fréquente. Les Anges échappent à de teiles erreurs puisque leurs connaissances ne leur viennent pas de l’écorce des choses, mais de la nature elle-même, c’est-à-dire de Dieu qui, en les créant, dépose du même coup en eux la série des images dans lesquelles ils verront leur Créateur et les créatures. Leur intelligence est un livre écrit par la main de Dieu qui ne saurait y introduire le faux.

IV. — D'autres fois, nous nous trompons, parce que, impatients et désireux de nous prononcer au plus vite, nous jugeons les choses avant d’avoir vu. Gette précipitation, réprouvée par la prudence, nous expose aux idées préconçues, aux préjugés, aux jugements téméraires. Il arrive bien parfois, malgré la précipitation, et par un hasard heureux, que nous prononçons juste et que nos opinions sont vraies ; mais nous avons pris la route de l’erreur et le plus souvent, faute de mesure et de pondération, notre esprit se trompe. L'Ange est encore exempt de pareils errements. Esprit calme, en pleine possession de lui-même, il fait chaque chose à son heure. Ennemi de la précipitation, parce qu'il est au-dessus du cours impétueux du temps, ïl ne se prononce qu'en pleine lumière et en toute sécurité. Du reste, 1l est un esprit trop parfait, pour ne pas voir vite et juste, et si la précipitation se comprend chez une intelligence naturellement lente

et qui veut brüler les étapes imposées par la : nature à sa marche normale, elle ne peut être le défaut d'une intelligence vive, rapide, en laquelle les vérités apparaissent sans délai et sans travail.

V. — Enfin, une dernière source d'erreurs pour nous est dans l'impuissance de l'esprit humain obligé d'aller à pas comptés sur le chemin de la découverte. Chez l’homme, l’organe du vrai s'appelle raison. En effet, il lui faut raisonner, c'est-à-dire ne posséder à l’origine que des principes généraux et quelques faits fournis par l'expérience, puis s'appuyer sur ces principes et ces faits pour aller de l'avant, discourir, raisonner, conclure, ajouter les conclusions aux conclusions, contrôler celles-ci par de nouvelles expériences, les rapprocher des principes. IL faut à l'esprit humain, un travail de plusieurs siècles pour construire certaines sciences ; il faut à l’homme tout une vie pour s’assimiler ces sciences ; et au cours de cette vie d’études, au cours de ces siècles d'élaboration, que d’éclipses la vérité ne subit-elle pas, que d’impasses au fond desquelles elle ne paraît plus, que de trames laborieusement ourdies que l'intelligence, Pénelope jamais lassée, défait et refait sans cesse. Dans ce labeur incessant, dans ces tâtonnements inévitables, dans ce défrichement des choses, la route se perd bien aisément et l'erreur vient souvent s'emparer de l'intelligence pour la lancer dans les sentiers sans issue. Sans doute,

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l'esprit peut toujours retrouver sa route et reprendre sa marche progressive, sans doute ces écarts à droite et à gauche permettent finalement de reconnaître toute la contrée, comme les hardis explorateurs relèvent la topographie des régions où ilsse sont égarés en poursuivant le but de leur conquête sociale ou scientifique. Néanmoins il faut avouer que nous sommes souvent victimes de l'erreur, et que plus est longue la route de nos raisonnements, plus nous sommes exposés à subir la tyrannie du faux. Or, l’Ange ne raisonne pas, il voit d’un seul coup d’œil l’ensemble et le fond des objets de sa connaissance, pareil à l'aigle qui plane sous la nue et embrasse d’un regard

l’étendue de la plaine et les détails qui la des-

sinent. C'est là lé privilège de ces esprits supérieurs de n'avoir pas besoin de raisonnements, d’être au-dessus des inductions ou déductions auxquelles nous sommes astreints. Avec la même certitude que nous apportons dans l’affirmation des faits concrets auxquels nous sommes

mêlés et qui se passent sous nos yeux ; comme nous attestons la clarté du jour ou le froid de de l'hiver, ainsi 1ls saisissent la vérité dans une

intuition directe et complète. La nature qui

les a transportés immédiatement au foyer de la lumière, leur a épargné les hasards de la roule ; ils n’en connaissent pas les erreurs.

VI. — Les Anges donc savent, ils savent avec certitude et sans crainte d'erreur, et offrent ainsi une précieuse garantie aux intelli-

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