IX. — L'âme va plus profond encore
Après avoir assisté à la très pure et très admirable naissance du Verbe, elle voit l’Esprit-Saint jaillir de leur amour mutuel. Le Père aime le Fils, le Fils aime le Père, et c'est là un spectacle nouveau dont la douceur ne le cède en rien aux autres spectacles déroulés aux yeux de l’âme ravie par les mystères de la vie divine. Quand deux hommes s'aiment, l'amour remplit leur cœur, il l’émeut, il le fait vibrer, il gagne tout leur être, commande à leurs pensées, à leurs décisions, à leurs actions, mais cet amour, après tout, n'est qu'un sentiment. Il n'est ni la chair, ni l’âme de ces hommes, il est né avec EUX, s'endort parfois et peut mourir avant eux. C'est une chaleur si l’on veut qui embrase le cœur, une force qui soulève les facultés et les muscles.
En Dieu, l'amour n’est pas seulement une chaleur, un élan ou une force; il est plus qu'un sentiment, il est une personne, il est Dieu; et si l’on est ici-bas touché parfois jus-
qu'aux larmes à voir l'amour d’une mère pour son fils, d’un soldat pour sa patrie, d’un martyr pour son Dieu, la douceur de ces larmes n’est cependant pas comparable à la douceur éprouvée par l'âme au spectacle de l'amour mutuel du Père et du Fils, au spectacle de la procession de lEsprit Saint qui est cet amour substantiel distinct
du Père et du Fils et qui est Dieu comme
eux.
La vie intime de Dieu est manifestée à l'âme de nos morts ; ils voient encore en Dieu le déroulement de la Providence et la série des desseins éternels concernant le monde. L'âme voit en Dieu le plan éternel qui l’a conçue, qui a dirigé toutes ses destinées et l’a finalement amenée à cet océan de félicités où elle est plongée pour l'éternité ; elle voit le plan éternel spécial à chacun de ceux qu'elle aime : elle voit le rôle des épreuves, de la souffrance dans ce plan ; elle comprend pourquoi Dieu a semblé l’abandonner à certains jours ; pourquoi il
lui a refusé telle satisfaction qu’elle désirait,
qu'elle voulait impérieusement; pourquoi iül lui a ravi tel parent, tel ami qui lui paraissaient indispensables, et enfin comment Dieu
l’a conduite et conduit les siens à sa manivre |
divine et non pas à la manière humaine.
Elle voit que les plans éternels élaborés par
le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont ce.
qu'il y a de meilleur pour chacun de nous, puisque le Père y a mis sa puissance, le Fils sa sagesse, l'Esprit Saint son amour, et
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que vouloir substituer nos desseins aux desseins de Dieu, c'est nous jeter en dehors de l'amour, de la sagesse et dans l'impuissance stérile.
Est-il un maitre supérieur à Dieu ? Est-il un enseignement meilleur que cet enseignement où Dieu non seulement montre la splendeur de la vérité, mais encore communique la substantielle et infinie réalité ? Réjouissons-nous de savoir nos morts à cette école qui les éclaire, qui les nourrit, qui les tranforme, qui les béatifie.
SOMMAIRE DU CHAPITRE VII
I Le cœur ne meurt pas. Les élus ont un cœur et s’en
servent. Îls n'ont plus leur cœur de chair, mais ils ont ce cœur immatériel qui s’appelle la volonté, — II, Deux amours, comme deux connaissances. La mort supprime la connaissance sensible et l'amour organique, elle laisse subsister la connaissance intellectuelle et l'amour immatériel, — IIL. Rapports entre la connaissance et l'amour. — IV. Les élus aiment. Ils aiment là-haut plus et mieux qu'ici-bas, [ls aiment Dieu. — V. Ils aiment les Anges. — VI. Ils nous aiment, parce que le devoir d’aimer n’est pas abrogé pour eux, — VII. Ils nous aiment parce qu'ils sont bons et heureux. — — VIII. Point de défaillance ni d’imperfection dans leur amour pour nous. — IX. Fraternité universelle, Exemple de saint François d'Assise. — X. Le fruit de cet amour est félicité. Les élus sont heureux d’aimer, rendons-les heureux d’être aimés.
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