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Et de même qu'ils mènent nos organes de connaissance où d'amour et les émeuvent vers le vrai et le bien, avec l’assentiment divin, ainsi mènent-ils aussi les organes de connaissance et d’attachement de ceux qui nous entourent:
à nos amis, ils impriment des sentiments d'affection, ils suggèrent des initiatives qui nous servent. En nos ennemis, ils éteignent l’élan du ressentiment ou de la colère. Et leur toucher discret et opportun fait marcher les hommes dans les voies du bien et du salut.
VIII — Bienfaiteurs, ils le sont donc sans cesse. Ils le sont encore par l'exercice du pouvoir d’intercession. Ils peuvent et ils agissent en nous, mais aussi, ils vivent sous un Dieu toutpuissant, au milieu d’Anges préposés à l’œuvre de notre bonheur. Ce Dieu, ces Anges, ils les aiment, ils en sont aimés ; ils leur parlent; ils les prient ; ils leur disent nos besoins, nos faiblesses, nos angoisses. Dieu les entend et nous accorde les grâces dont lui-même leur a suggéré la demande. Car leurs prières procèdent du souffle de Dieu, et Dieu ne saurait rester sourd à une voix qu'il a formée et conduite lui-même. Les Anges entendent aussi la prière de nos morts et nos Anges gardiens implorés par eux deviennent plus assidus à nos côtés, plus attentifs à nos faiblesses et à nos douleurs,
IX. — Nos morts prient donc pour nous et ils offrent à Dieu nos désirs. Vivant en la présence
de Dieu, ils y traitent nos affaires, îls y représentent nos nécessités, ils y portent nos prières et nos oraisons. Car, l'Ecriture Sainte ellemême nous apprend que nos prières doivent être présentées à Dieu par les Anges, la tradition chrétienne nous persuade qu'elles sont offertes en même temps par les saints que l'Eglise a mis sur ses autels et par tous ceux
dont elle ignore les noms, mais qui jouissent
là-haut de la récompense d’une vie chrétienne, | \ ® a F 4 ; c'est-à-dire par tous les élus, par les élus de
notre famille. Bossuet, dans son magnifique
sermon pour la fête des Anges gardiens, se demande «pour quelle raison il a plu à Dieu que nos prières lui soient présentées par le ministère des Anges », ajoutons par le mimistère des élus, car la raison tirée de la nature même de notre prière reste la même dans les deux cas. « C’est, dit-il, un secret de sa Providence que je n’entreprends pas de vous expliquer, mais
il me suffit de vous assurer qu'il n’est rien de
mieux fondé sur les Ecritures. Et afin que vous entendiez combien cette entremise des esprits célestes est utile pour notre salut, je vous dirai seulement ce mot: c’est qu'encore que les oraisons soient d’une telle nature qu’elles s'élèvent tout droit au ciel, ainsi qu'un encens agréable
que le feu de l’amour divin fait monter en. “4
haut; néanmoins le poids de ce corps mortel leur apporte beaucoup de retardement. Trouvez bon ici, chrétiens, que j'appelle le témoignage de vos consciences. Quand vous offrez à Dieu
vos prières, quelle peine d'élever à lui vos es-
prits | au milieu de quelles tempêtes formez-
vous vos vœux ! Combien de vaines imaginations, combien de pensées vagues et désordonnées, combien de soins temporels qui se jettent continuellement à la traverse pour en interrompre le cours. Etant donc ainsi empèchées, croyez-vous qu'elles puissent s'élever au ciel, et que cette prière faible et languissante, qui, parmi tant d’embarras qui l’arrêtent, à peine a pu sortir de vos cœurs, ait la force de percer les nues et de pénétrer jusqu’au haut des cieux ? Chrétiens, qui pourrait le croire ? Sans doute, elles retomberaient de leur poids si la bonté de Dieu n'y avait pourvu ». Elle y a pourvu en établissant, entre la Divinité et nous, toute une hiérarchie d’Anges et de bienheureux qui est comme l'échelle par-les degrés de laquelle montent nos prières. Si, dans les sociétés terrestres, on a un grand souci de chercher des protections, de trouver des personnages influents et haut placés qui feront valoir auprès des autorités suprêmes nos candidatures ou nos requêtes, et s’il est bien légitime qu'un chef ait égard aux recommandations sérieuses et raisonnables qui lui sont faites, quoi d’étonnant que dans la cité de Dieu il en aille de même ; que les hommes cherchent des patrons auprès de Dieu, que Dieu entende les suppliques présentées et appuyées par ceux qui vivent de sa vie et s’inspirent de son esprit? N'est-ce pas là une affirmation bien touchante de la solidarité qui lie tous les enfants de Dieu? N'est-ce pas un moyen de rendre plus étroite la frater-
nité qui unit les citoyens du ciel à ceux de la terre ? 5
. X. — « Que nous sommes heureux, conti-
nue l’Aigle de Meaux, d’avoir des amis si offi-
cieux, des intercesseurs si fidèles, des interprètes | si charitables ! Mais ils ne se contentent pas de porter nos vœux; ils offrent nos aumônes et F nos bonnes œuvres ; ils recueillent jusqu’à nos désirs ; ils font valoir devant Dieu jusqu’à n08: 50 bénsées. Surtout qui pourrait assez exprimer . combien abondante ést leur joie quand ils peuvent présenter à Dieu, ou les larmes des pénitents, ou les travaux soufferts pour l’amour de lui en humilité et en patience ? Car pour les larmes des pénitents, chrétiens, que puis-je dire de l'estime qu'ils font d’un si beau présent ? Comme ils savent que la conversion des hommes pécheurs fait la fête et la joie des esprits célestes, ils assemblent leurs saints compagnons ; ils leur racontent les heureux succès de leurs soins et de leurs conseils : Enfin ce rebelle endurci a rendu les armes, cette tête superbe s’est humiliée, ces épaules indomptables ont subile joug, cet aveugle a ouvert les yeux et déplore | les erreurs de son âme captive, il renonce à tous ces trésors amassés par tant de rapines ; les pleurs du pupille ont percé son cœur ; il se résout de faire justice à la veuve qu'il a opprimée. Là-dessus il s’élève un cri d’allégresse parmi les esprits bienheureux ; le ciel retentit 1 de leur joie ét de l’âädmirable cantique Fe ‘4
lequel ils glorifient Dieu dans la conversion des pécheurs. Prends courage, âme pénitente, considère attentivement en quel lieu l’on se réjouit de ta conversion. » Heus, lu peccator, bono animo sis, vides ubi de tuo reditu qaudeatur !. |
Quant à ceux qui vivent dans les afflictions ou qui languissent dans lés maladies, ils doivent également se réjouir. Les Anges et les élus tiennent compte de leurs peines. les re gardent avec respect, en parlent à Dieu, les lui présentent. Bien plus que cela, ils les contemplent avec jalousie. Car ce corps qui nous accable de maux, nous donne cet avantage audessus des bienheureux « de pouvoir souffrir pour l’amour de Dieu, de pouvoir repré-. senter... en notre corps mortel et passible, la vie souffrante de Jésus : ut vita Jesu manifestetur in carne nostra mortali ?. Ces esprits immortels ? peuvent être compagnons de la gloire … de Notre-Seigneur », mais ils ne peuvent pas ; avoir cet honneur d’être les compagnons de ses souffrances. Ils peuvent bien paraître devant Dieu avec des cœurs brûülants d’une charité éternelle ; mais leur nature impassible ne leur permet pas de signaler la constance d’un amour fidèle par cette généreuse épreuve des affhctions.