LES ÉMOTIONS ET LEUR NATURE
narines, n'eiitr'ouvre pas la bouche sous Tinfluence de rétonnement, mais les autres signes subsistent. Quant au geste d'élever et d'étendre les mains en se renversant en arrière, Darwin en cherche Texplication dans son « principe d'antithèse « selon lequel une passion provoque, par contraste, les mouvements opposés à ceux de la passion contraire ; mais il nous semble que Texplication la plus simple est d'admettre que ce geste a pour but de se mettre en garde contre Tobjet étonnant comme contre Tobjet effrayant. Dans la Cène de Léonard de Vinci, rétonnement est peint d'une manière admirable sur le visage des disciples, avec les nuances les plus diverses selon les caractères, au moment où ils entendent cette parole de Jésus : « L'un de vous me trahira ; » et toutes ces nuances sont en même temps celles de Taversion et de la crainte.
De là on peut conclure que Teffet immédiat et premier des sentiments doit être cherché dans le domaine de Factivité et de la volonté: c'est tout d'abord le cours de l'impulsion volontaire et de l'appétit qui est modifié ; les perturbations ultérieures dans le cours des sentiments, des idées , des mouvements organiques , sont dérivées : elles sont le retentissement du trouble primitif en des sphères concentriques de plus en plus larges. Le non et le oui de Fintelligencé, comme la fuite ou l'approche du corps, ne sont que des résultats du non et du oui de la volonté. Nous verrons que le signe même de dénégation et le signe d'affirmation sont des mouvements de la tète pour s'écarter de Tobjet, on pour s'approcher de Tobjet nutritif. Les émotions , en dernière analyse , sont donc des mouvements instinctifs de la volonlé réagissant sous rinfiuence du plaisir ou de la douleur; ces mouvements modifient, d'une part, le cours des idées, et ils se communiquent, d'autre part, aux organes où ils s'expriment.