EXPRESSION DES EMOTIONS. EXPLICATION BIOLOGIQUE
Diderot a dit : « Tout geste est une métaphore. » II caractérisait ainsi avec exactitude cette traduction des sentiments en mouvements analogues qu'on appelle leur expression. Mais, si le langage naturel de la physionomie et des gestes est métaphorique, il ne faut pas croire pour cela qu'il se compose de symboles et d'images plus ou moins arbitraires, comme les figures de discours ou les signes conventionnels du langage humain. Non, c'est en vertu d'un déterminisme absolument nécessaire que tel phénomène intérieur se traduit par telle expression extérieure. Le temps est déjà loin où les psychologues admettaient une « faculté expressive » et une « faculté interprétative » . L'expression n'est plus considérée aujourd'hui comme un signe plus ou moins lointain qui pourrait se détacher du fait exprimé : c'est une partie intégrante de ce fait ou de son histoire, c'est un prolongement fatal des changements mêmes qui le constituent, comme le roulement du tonnerre est le prolongement du choc entre les nuages orageux. Darv^ln ayant demandé à un enfant de moins de quatre ans ce qu'il entendait par être content, l'enfant répondit : « cela veut dire rire, babiller et embrasser ; » ce jeune psychologue ne séparait point le sentiment de son expression. Un homme qui sait que sa vie est dans le plus grand danger et veut la sauver sera peut-être capable de dire, comme fit Louis XVI entouré d'une multitude furieuse : « Ai-je peur? tâtez mon pouls »; mais alors, remarque Darwin, il y a tension de la volonté contre l'émotion, et ce conflit interne s'exprime encore fidèlement dans le corps même par la tension
parallèle des muscles et par la tension corrélative du pouls. « De même, dit encore Darwin, il se peut qu'un homme nourrisse une haine violente contre un aure homme, mais on ne peut dire qu'il est actuellement en fureur que si cette haine agit sur son corps. » Les sentiments trop faibles pour produire au dehors une expression visible n'en ont pas moins leur expression à Tintérieur des organes. On peut comparer notre corps à une masse d'eau où les pierres (jui tombent produisent toujours des ondulations, capables de s'étendre indéfiniment; si le choc a été trop petit, les ondes visibles du centre, en s'écartant et en s'agrandissant, finissent par devenir invisibles; un spectateur éloigné aperçoit à peine un vague tressaillement ou croit même que rien n'a troublé l'eau tranquille. Nous ne devons donc pas, comme les anciens psychologues, placer dans deux mondes séparés les changements psychologiques et les mouvements physiologiques où ils se réalisent, où ils se prolongent, où ils s'expriment. Les artistes, de leur côté, ont besoin de comprendre ce qu'il y a de naturel et de nécessaire dans toutes ces attitudes et tous ces mouvements qu'ils ont à saisir et à reproduire. '( La science étudie d'abord, disait Léonard de Vinci, puis vient l'art, né de cette science (1). » Pour rendre compte du déterminisme réciproque qui lie les sentiments intérieurs aux mouvements extérieurs, on peut employer trois procédés principaux d^explicalion : par la biologie, par la physiologie, par la psychologie individuelle et sociale. Darwin emprunte surtout ses explications à la biologie, à l'évolution graduelle des organismes luttant pour la vie; en ellét, il explique la plupart des mouvements expressifs par des habitudes primitivement utiles qui, grâce à la sélection naturelle, sont devenues héréditaires et organiques. Mosso et Warner,
(1) U est curieux do comparer les descriptions vagues et oratoires du peintre aimé de Louis XIV, Lebrun, dans ses Expressiom des passions de Vàme, avec les descriptions précises et scienliliqnes de Camper, de Bell, de Darwin, de Warner. Ce dernier montre d'ailleurs quelle connaissance approfondie et scientifique des organes avaient déjà les grands artistes de l'antiquité et de la renaissance, comme Léonard lui-même.
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se plaçant à un autre point de vue, ont montré qu'il y a des limites physiologiques et mécaniques à cette influence de la sélection et du milieu, qu'il y a des nécessités internes indépendantes de rutililé extérieure; et c'est à la physiologie, selon eux, quMl appartient de déterminer ces limites. Mais, ajouterons-nous à notre tour, le philosophe ne doit-il pas maintenir, dans la question des signes, un troisième point de vue, plus intérieur encore, proprement psychologique et sociologique? Ne doil-il pas expliquer par les lois même de la conscience, soit individuelle, soit collective, ces faits d'expression qui sont pré-cisément la continuation du mental dans le physique et du physique dans le mental? Toute expression des sentiments a, par définition même, un côté psychologique et, qui plus est, social : il n\ a, en effet, expression véritable que s'il y a interprétation possible des mouvements par d'autres êtres formant avec le premier une société. L'expression de la peur, traduction du mental en mécanique chez un être vivant, aboutit à la relraduction du mécanique en mental par un autre être vivant qui la ressent à son tour : il existe donc ici comme un circuit social. Le langage de la passion est éminemment communicalif et, comme dit Mantegazza, « apostolique ». Un geste de l'olympien Goethe suffît un jour à calmer, dans un théâtre, le tumulte de la foule. Allons plus loin. Chaque organisme vivant est lui-même une société d'organismes plus élémentaires. Il y a donc lieu de se demander si le fait de communication sociale ne commence pas dans l'organisme même avant de s'étendre à des organismes analogues; s'il n'y a pas déjà une solidarité à la fois mécanique et mentale entre les parties associées d'un même organisme, — cerveau, cœur, muscles du visage, — avant que la passion ait rayonné d'un organisme à l'autre. Toutes les parties d'un violon ne doivent-elles pas d'abord vibrer ensemble sous Farchet avant de communiquer des vibrations similaires aux autres violons immobiles, mais accordés sur le même ton?
Selon nous, c'est en effet cette loi psychologique et sociologique de solidarité ou de sympathie qui régit et explique tous les faits d'expression. Il ne nous semble pas
qu'elle ait été assez mise en lumière, et nous nous proposons d'y insister. Mais examinons auparavant jusqu'où s'étendent les explications ordinaires, empruntées aux deux domaines <fe la biolo^e et de la physiologie.
Le principe biologique qui, selon Darwin, explique Texpression des émotions, c'est Thérédité des habitudes. D'abord utiles pour Tentretien ou la défense de la vie, certains mouvements se sont consei'vés alors même qu'ils n'avaient plus d'utilité immédiate. Laura Bridgman, quoique aveugle, sourde et muette, presque privée du goût et de l'odorat, fait des gestes instinctifs, penche la tète pour affirmer, la secoue latéralement pour nier ; elle hausse les épaules, etc. La plupart de nos gestes sont ainsi des habitudes héréditaires. Les signes de l'affirmation et de la négation, en particulier, semblent venir de ce que l'enfant, pour rejeter la nourriture dont il ne veut pas, par exemple pour refuser le sein de sa mère, secoue latéralement la tète; au contraire, pour prendre le sein de sa mère ou la nourriture qu'on lui offre, il penche la tète en avant ; ces mêmes gestes, étendus à toute négation et à toute affirmation, sont devenus héréditaires et instinctifs chez un grand nombre de races. L'acte de serrer les poings et de montrer les dents a été primitivement volontaire au moment de combattre l'ennemi ou pour le défier; puis cet acte s'est associé peu à peu au sentiment de la colère et est devenu machinal ; enfin il s'est transrais par hérédité, et aujourd'hui encore nous serrons les poings dans la colère, même si l'ennemi est absent. Un des exemples les plus frappants de l'hérédité est l'action de découvrir la canine d'un seul côté de la bouche, comme font les chiens qui découvrent la canine voisine de leur ennemi. Chez Thomme, ce mouvement, joint à l'inclinaison de la tête en arrière, marque le ricanement de défi ou de souverain mépris, quoique nous n'ayons plus Tintenlion d'attaquer l'ennemi à coup de dents.
Quelque étendus que soient réellement les effets de l'hérédité, on peut reprocher à Darwin d'avoir fait la part trop grande aux causes extérieures, à la sélection et au milieu. C'est dans les tissus mêmes de l'organisme, dans les intimes propriétés de la substance vivante, qu'on doit
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avant tout chercher les raisons mécaniques et physiologiques des phénomènes d'expression. Par exemple, les disciples de Darwin ont représenté la contraction des sourcils ycomme un mouvement que les animaux trouvèrent originairement avantageux dans le combat et qui fut pour cela préservé par la sélection naturelle. Mais, demande avec raison Mosso, si un avantage aussi léger que la contraction des sourcils a pu produire par séleclion un appareil musculaire compliqué, comment expliquer que cette même sélection naturelle n'ait point trouvé un remède au désavantage bien plus sérieux que produit, dans la crainte, la dilatation de la pupille avec obscurcissement de la vue (l)?La vraie explication de ces faits , selon Mosso, est toute physiologique. Dans l'organisme, il y a une hiérarchie de parties et de fonctions ; parmi les diverses parties, le système nerveux est prépondérant : la circulation doit donc être réglée de manière à fournir aux centres nerveux, lorsque leur substance s'use et se dépense pour une cause quelconque, une quantité suffisante de sang nourricier. C'est cette condition organique qui entraîne avec elle des désavantages accidentels. Ainsi, durant une forte émotion comme la crainte, il y a usure de substance dans le cerveau : selon les lois physiologiques, le sang se trouve alors appelé de la périphérie au cerveau ; les vaisseaux de l'œil et en particulier de l'iris se contractent, la pupille se dilate, et enfin, par une conséquence nécessaire, la clarté de la vision est notablement empêchée. Quant au mouvement de contraction des sourcils, il est lié physiologiquement aux « mouvements de l'attention » requis pour apercevoir un objet le plus distinctement possible. Ces mouvements se sont associés ensuite avec ceux de V effort en général, et, de là,
(1) La paralysie produite par la peur, ou la cataplexie^ n'est pas non plus un phénomène « utile ». Quand on pousse un long cri dansroreiUe d'une poule, eUe tombe comme morte, et si on place son cou sous son aile, elle demeure longtemps immobile. Le regard du serpent fascine Toiseau, et cette fascmation est nuisible : « 11 y a aussi, dit Mosso, des serpents qui demeurent raidis par la peur
3uand on leur comprime la tète, comme on raconte que fit Moïse evant Pharaon. » Kircher et Royer ont fait de nombreuses expériences analogues.
Fouillée. — Psychologie des idées-forces. 10
avec les émotions où la peine entre comme élément. Voilà pourquoi nous contractons les sourcils dans la lutte et dans la douleur. On voit la nécessité, pour expliquer le langage des sentiments, de subordonner le point de vue biologique de l'évolution aux lois de la physiologie. Passons donc à ce second ordre d'explications, pour en marquer l'étendue et les limites.
EXPUCATIONS PHYSIOLOGIQUES DE L*EXPRESSION DES ÉMeiIONS
Au point de vue physiologique, la loi qui unit rémotion à ses signes extérieurs est la même qui régit toutes les manifestations de la vie et de la force : c'est l'équivalence des mouvements. A un moment donné, la quantité de force nerveuse qui correspond à l'état de conscience appelé sensation doit nécessairement se dépenser de quelque manière et engendrer quelque part une manifestation équivalente de force. La force dépensée, à son tour, peut suivre trois voies différentes. Tantôt l'excitation nerveuse se transforme simplement en mouvements cérébraux, corrélatifs d'une agitation de Tesprit; c'est ce qui a lieu, par exemple, quand un enfant écoute un récit qui l'inléresse et rémeut. Tantôt l'excitation nerveuse se transforme en mouvements des viscères et suit les nerfs ganglionnaires ; par exemple, des pensées agréables aident la digestion; la peur peut frapper d'inertie les nerfs de l'intestin, particulièrement les vaso-moteurs, et amener une afiluence de produits liquides dans le tube intestinal ; le cœur bat plus vile dans Témotion ou parfois s'arrête, et cette influence a lieu par l'intermédiaire des nerfs pneumo- gastriques. Tantôt enfin Texcitation nerveuse , suivant les nerfs moteurs, se transforme en mouvements des muscles, qui deviennent alors les signes les plus extérieurs et les plus visibles de l'émotion : une brûlure au doigt contracte les traits du visage ; une vive joie pu une vive inquiétude nous fait nous agiter, parler, aller et venir. En un mot, la décharge nerveuse suit ou les nerfs cérébraux, ou les nerfs ganglionnaires , ou les nerfs moteurs , ou les trois canaux à la fois dans des proportions diverses. Ordinairement,
chacun do ces canaux s'alimente aux dépens des autres. Quand la colère est concentrée, l'agitation des muscles diminue; quand nous dépensons notre excès d'agitation en mouvements extérieurs, en gestes, en allées et venues, en larmes et plaintes, l'agitation cérébrale se trouve par cela môme diminuée. Ces phénomènes de diversion ne sont que des cas particuliers de la conser\'ation de la force et de la propagation du mouvement (1).
Quelquefois cette propagation aboutit à une véritable métamorphose : on voit alors se manifester une loi étudiée par Wundt, placée même par lui au premier rang, mais qui n'est, à notre avis, qu'une conséquence particulière de la loi d'équivalence. Les émotions très violentes, par la réaction qu'elles produisent sur les parties centrales de l'innervation, entraînent une paralysie subite de nombreux groupes musculaires; les faibles ébranlements de la sensibilité, au contraire, produisent une surexcitation qui n'est que plus tard remplacée par l'épuisement. C'est ce que Wundt appelle la loi de la ynétamorphose de l'action nerveuse. Il en résulte des effets de balancement et de compensation qui, selon nous, ne sont toujours qu'une application de la loi d'équivalence "entre les mouvements. Prenons pour exemple la rougeur du visage. Darwin, on le sait, l'explique par l'attention qu'on porte sur son visage lorsqu'on a l'idée qu'un autre vous regarde : c'est cette attention qui appellerait le sang sur le visage même. L'explication est peu plausible, d'autant que les oreilles des lapins, qui n'en pensent pas si long, rougissent elles-mêmes sous l'influence de l'émotion. 11 est bien plus raisonnable d'admettre, avec Wundt, que toute émotion, excitant vivement le cœur, produit dans les vaisseaux de la tête une réaction due à Taccélération des battements cardiaques. La rougeur est causée par un relâchement momentané de l'innervation vaso-motrice, phénomène compensateur qui accompagne l'émotion cardiaque. Il y a là une série de métamorphoses nécessaires.
(1) Voir Spencer, sur la Physiologie du rire y Essais, tome I", p. 297 et suiv. de la traduction Burdeau.
Les explications physiologiques de Mosso rentrent le plus souvent dans la loi de Wundt et, à plus forte raison, dans la loi plus générale de l'équivalence des forces. C'est surtout le système musculaire et la circulation du sang que Mosso a étudiés. Il a montré que la moindre excitation cérébrale fait affluer le sang au cerveau, et que, pendant le travail intellectuel, cet afflux du sang est assez grand pour diminuer le volume du bras plongé dans l'eau. U a pu observer directement la circulation du sang chez trois sujets dont le crâne avait été. partiellement détruit : qu'un étranger entre, qu'un bruit inattendu se produise, le pouls cérébral s'élève immédiatement. Sous l'influence de la peur, le sang reflue aux extrémités, à ce point qu'une bague ne puisse plus alors sortir du doigt. On sait que Mosso a appliqué ingénieusement la balance même à l'étude de la circulation. Un homme est couché de son long dans une caisse en bois disposée comme une balance et en équilibre sur un couteau d'acier; des appareils marquent le tracé du pouls pour les pieds et les mains, ainsi que les changements de volume subis par ces organes. Lorsque la balance et l'homme qu'elle renferme sont tous les deux en équilibre et en repos, on adresse à Thomme la parole : aussitôt, par le seul effet de l'excitation reçue et de l'attention qui y répond, la balance oscille et s'incline vers la tète, devenue plus pesante, tandis que les vaisseaux se contractent dans les extrémités inférieures, devenues plus légères. S'il y a une émotion un peu plus violente, l'inclinaison de la balance du côté de la tète peut persister de cinq à dix minutes. Un littérateur, ami de Mosso, étant venu assister à ces expériences, Mosso lui demanda d'abord de lire un livre italien, puis de traduire à l'improviste un passage d'Homère : on constata aussitôt d'importantes modifications dans la forme du pouls. En somme, c'est le système réparateur et nutritif qui intervient toutes les fois qu'une dépense d'énergie a lieu dans quelque centre nerveux, et qui s'efforce de compenser ainsi la dépense par l'apport des matériaux contenus dans le sang. De là ces effets de bascule qui se produisent dans toutes les émotions et qui résultent de leur propagation à tous les grands appareils de l'organisme.
Warner, lui, a soigneusement étudié les effets produits par les émotions sur la nutrition, ce qu'il appelle les signes trophiques. Les maladies qui modifient la nutrition modifient aussi le système nerveux, le rendent plus irritable. L'enfant mal nourri a souvent ce que les médecins appellent la main nerveuse^ c'est-à-dire agitée de perpétuels tressaillements ; une nutrition encore plus mauvaise peut aboutir à la chorée. Les plantes mêmes nous fournissent des exemples de cette irritabilité excessive due à une nutrition imparfaite. Des sensitives furent semées les unes dans du sable pur, les autres dans de la terre végétale mêlée de sable en diverses proportions. Les premières, qui ne pouvaient se nourrir que par Tair, devinrent languissantes et bientôt moururent : elles avaient une extrême sensibilité au moindre attouchement; un souffle, le plus léger mouvement d^i pot où elles avaient grandi, faisait s'abaisser leur feuillage. Celles qui n'avaient qu'un tiers ou deux de terre végétale furent encore irritables, quoique à un degré moindre, et ne purent fleurir. Celles qui avaient de la terre végétale pure finirent par être robustes et presque insensibles : un coup de baguette sur leur feuillage le faisait bien se replier, mais il se redressait presque aussitôt.
Outre l'excitation générale des centres cérébraux, des nerfs ganglionnaires, de la circulation et de la nutrition, l'émotion produit une excitation également générale des nerfs moteurs et des muscles. Selon Spencer, cette excitation du système musculaire serait proportionnelle à Vintensité du sentiment, quelle qu'en fût d'ailleurs la nature : une forte joie comme une forte douleur met en branle le corps entier. De plus, ajoute Spencer, la force de la passion affecte les muscles en raison inverse de leur grosseur et du poids des parties auxquelles ils sont attachés. Chez le chien, chez Je chat, la mobilité de la queue la rend capable de fournir, dès l'origine, l'indi- * cation du sentiment naissant; la plus ou moins grande élévation de la queue est un signe de plaisir, les battements qu'elle exécute de côté sont un signe d'inquiétude. Chez l'homme, les muscles de la face sont relativement petits et très mobiles : c'est pour cette raison que la
•figure est le meilleur indice du degré d'intensité dans le sentiment. Mosso objecte, il est vrai-, que nous avons dans l'oreille et ailleurs de très petits muscles qui ne prennent aucune part à l'expression, bien que chez eux la résistance à vaincre soit très faible ; mais cette objection ne nous semble point décisive. Les muscles de roreille n'ont point conservé chez l'homme, faute d'usage sans doute, la mobilité qu'ils ont chez les animaux, auxquels ils sont d'une grande utilité. Chez le cheval, le renversement des oreiHes est une marque d'irritation : gare aux ruades.
Le vrai défaut de la théorie exposée par Spencer, c'est qu'elle est trop purement physiologique : il n'a pas tenu compte des effets différents produits par le caractère agréable ou pénible des émotions. D'après lui, l'énergie du sentiment, quelle qu'en soit la nature, se manifeste toujours par une énergie de mouvement : on danse de joie, dit Spencer, comme on piétine de colère; on ne peut pas plus rester en place dans la détresse morale que dans l'exaltation délicieuse ; il y a des cris d'angoisse comme il y a des cris de volupté ; souvent les bruits que font les enfants au milieu de leurs jeux laissent les parents dans le doute si c'est le chagrin ou le plaisir qui en est la cause. — Soit, mais toutes ces manifestations d'activité ne se ressemblent que pour un spectateur lointain ou superficiel; il est difficile d'admettre que le plaisir et la douleur, dès le début, se manifestent l'un comme l'autre par un même accroissement général d'activité. Selon Spencer même , la douleur est essentiellement une diminution de l'activité vitale ; si donc elle provoque souvent l'action, ce ne peut être que par une réaction ultérieure et non primitive. Nous ne pouvons de même accorder à Mosso que la quantité seule, et non la qualité de l'émotion, « pèse sur la balance de l'expression. » Non ; il doit y avoir dès le début, au point de vue de la direction générale des mouvements, une différence de qualité entre le plaisir et la douleur.
Reprenons donc le problème du côté psychologique, et essayons de remonter ainsi jusqu'à Teffet premier de l'émotion agréable ou de l'émotion douloureuse.
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