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CHAPITRE PREMIER

U SÉLECTION ET LA CONSERVATION DES IDÉES DANS LEUR RELATION A L'APPÉTIT ET AU MOUVEMENT

I. Conserration des idées. Base mécanique et psychologique de la mémoire. — II. Rapport de la mémoire ayeo la sensibUité et i activité. Dissolution de la mémoire.

Refaire dans notre pensée un nouvel univers semblable au grand, tel est le but de la représentation. Leibniz y voyait avec raison l'analogue de la projection géométrique, qui peut représenter les objets solides par des surfaces, les surfaces par des lignes, les lignes par des points. Nous sommes un atome dans Tunivers, et il faut que cet atome devienne le miroir du monde. Or, que de choses simultanées au dehors de nous qui ne peuvent rêtre dans notre pensée ! Que d'objets qui coexistent dans l'immensité de l'espace, depuis le brin d'herbe sous nos pieds jusqu'aux astres sur nos têtes! Notre pensée, au contraire, est un point qui se meut sur la ligne du temps et n'y occupe jamais qu'un moment à la fois. De là le premier problème que la nature avait à résoudre : traduire pour l'esprit les choses simultanées en choses successives, faire prendre à l'espace la forme du temps. Ce n'est pas tout : les diverses parties du temps, à leur tour, ne peuvent être à la fois actuelles ; en conséquence, s'il ne restait rien du passé dans le présent, notre existence serait toujours mourante. Le second problème était donc de refaire le passé avec le présent et de conserver les choses en apparence perdues. Il n'y avait pour cela qu'un moyen : leur affecter dans le cerveau une place toujours actuelle, un organe toujours prêt à les ressusciter, — un petit coin où reverdira le brin d'herbe, un

autre où se lèveront les astres. Ainsi deux opérations inverses constituent notre connaissance du monde : faire s'écouler l'espace sous la forme successive du temps, c'est la sensation ; fixer le temps sous les formes simultanées de l'espace, c'est la mémoire. Double merveille qui, si on parvenait à en découvrir le secret, nous livrerait sans doute le secret de l'esprit même.

La mémoire à son tour suppose,/de l'aveu de tous, trois fonctions dont il faut rendre compte. Quand Mozart, après avoir entendu deux fois le Miserere de la chapelle Sixtine, le notait de mémoire malgré son extrême complication, il avait conservé la représentation des sons et de leurs rapports, il la reproduisait^ enfin il la reconnais" sait pour identique à ce qu'il avait entendu dans le passé : voilà la mémoire complète. Mais quel degré d'importance relative faut-il attribuer à ces trois fonctions universellement reconnues et quelle est celle qui constitue par essence le souvenir? Tel est le grand problème sur lequel se divisent encore les psychologues. Pour quelquesuns, l'action de reconnsdtre une idée est la chose du monde la plus secondaire ; c'est un phénomène d'éclairage intérieur qui se surajoute à tout le reste , mais qui n'est nullement nécessaire; qu'importe que la mémoire soit consciente ou inconsciente? La terre ne tourne pas moins pendant la nuit que pendant le jour. Maudsley, Huxley Taine, et Ribot vont jusqu'à dire que la conscience, qui reconnaît les idées conservées et se reconnaît ellemême à travers le temps , est un simple « accompagnement » des fonctions nerveuses ; aussi est-elle incapable de réagir sur elles , pas plus que l'ombre n'a^t sur les pas du voyageur qu'elle escorte. L'unique question, selon cette école, c'est donc de chercher « comment, en dehors de toute conscience^ un état nouveau s'implante dans l'organisme », se conserve et se reproduit; en d'autres termes, « comment, en dehors de toute conscience, se forme une mémoire » (1). Et pour cela, il est utile de voir aussi comment elle peut se déformer par la maladie. — A cette façon de poser le problème, il n'est pas difficile

(1) Ribot, Us Maladies de la mémoire.

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