BASE MÉCANIQUE DE U MÉMOIRE
crête et plus sensible. Les idées ou représentations ne sont point détachées des cellules cérébrales, puisqu'elles enveloppent toujours des images, et que Timage est un retentissement ou un renouvellement plus ou moins affaibli de la sensation. On peut regarder la chose comme démontrée par la physiologie contemporaine : l'impression renouvelée occupe les mêmes parties profondes du cerveau auxquelles aboutissait l'impression primitive ,. et elle s'y reproduit d'une manière analogue. L'image a lieu dans les centres cérébraux que la sensation même avait fini par ébranler, mais elle a lieu en l'absence des causes extérieures et sous une excitation intérieure. De plus, elle entraîne ou tend à provoquer des mouvements analogues à ceux de la sensation. Parfois l'image suit immédiatement la sensation et se produit dans l'organe même du sens. Un coup de cloche retentit, le son éclate, puis diminue, puis s'éteint, et un moment vient où fe ne distingue plus si l'écho affaibli est extérieur ou intérieur, s'il est un dernier ébranlement de l'air ou un dernier ébranlement de mon cerveau, s'il est une image ou une perception. Pour l'enfant, cette distinction est d'abord impossible. Il est reconnu par l'expérience que nous localisons la cause du son aJBfaibli tantôt dans le milieu extérieur, tantôt dans le milieu cérébral. Qu'un nouveau son éclate, l'écho reçoit une force nouvelle, et il n'a besoin que de se renforcer ainsi pour coïncider avec l'image de Timpression primitive. Quand ie suis bien loin du clocher et dans un tout autre milieu, l'écho affaibli pourra se produire encore à l'occasion d'une simple représentation de la cloche. Il en est de même dans le domaine de la vue, quand nous venons de regarder un objet brillant et que le nerf optique continue de vibrer, Ceux qui étudient les objets au microscope voient très souvent une « image consécutive » de l'objet, qui persiste quelques instants après qu'ils ont cessé de le regarder. L'expérience montre que l'idée persistante d'une couleur brillante fatigue le nerf optique : cette idée implique donc une force qui produit ses effets dans les organes. On sait que la perception d'un objet coloré est souvent suivie d'une sensation qui nous fait voir l'objet avec les mêmes contours, mais avec la couleur complémentaire de la
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couleur réelle : si , par exemple , j'ai regardé un disque rouge, j'ai ensuite Timage d'un disque vert; or il peut en être de même pour une simple représentation, en apparence toute mentale : elle laisse aussi, quoique avec une intensité moindre, une image consécutive complémentaire. Les yeux fermés, pensons fortement à une couleur très vive et tenons-la longtemps fixée devant notre imagination ; par exemple, rfeprésentons-nous avec assez de force une croix d'un rouge éclatant; si, après cela, nous ouvrons brusquement les yeux pour les porter sur une surface blanche, nous y verrons, durant un instant très court, Timage de la croix, mais avec la couleur complémentaire : le vert. Ce fait prouve que l'opération nerveuse est en partie semblable dans les deux cas, dans la perception et le souvenir, et que le souvenir n'est point un état tout intellectuel. C'est, en eifet, parce que les nerfs du rouge sont fatigués par Fimage tout comme par la sensation même , que les nerfs du vert vibrent ensuite presque seuls sous l'influence de la lumière blanche. On peut donc admettre, avec Bain et Spencer, que, pour se rappeler la couleur rouge, il faut éprouver, à un certain degré, quelque chose de l'état cérébral et mental que la couleur rouge produit. Mais nous disons seulement quelque chose; nous ne confondons pas entièrement, comme Bain, Spencer et Taine, l'iniage et la sensation, entre lesquelles il n'y aurait plus d'autre diflférence que celle d'intensité. Même dans la sensation, une différence d'intensité entraîne toujours avec elle une différence de qualité^ à plus forte raison quand on passe de la sensation à l'image. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a, dans le cerveau, des vibrations communes aux deux, avec irradiations différentes.
L'image étant ainsi, sous certains rapports, une répétition des sensations, émotions, pensées, accompagnée de mouvements cérébraux et de mouvements musculaires à Vétat naissant^ le pouvoir de conserver les images doit être avant tout une aptitude à les renouveler et à répéter les mouvements qui en résultent ; c'est donc tout d'abord une habitude. Au point de vue mécanique, l'habitude qui rend possible la répétition des images en l'absence même des objets peut s'expliquer de trois manières principales,