‹ La psychologie des idées-forcesChapitre 28 sur 74 · BASE I>SYGHIQUS DE LA MÉMOIRE · texte numérisé non relu

BASE I>SYGHIQUS DE LA MÉMOIRE

moire est une fonction biologique et non seulement mécanique , ce n'est donc pas assez ; elle est encore et par cela même psychologique, c'est-à-dire qu'elle suppose le phénomène mental élémentaire : l'émotion suivie de réaction motrice, la sensation suivie d'appétition, dont l'acte réflexe n'est que la manifestation extérieure. On aura beau invoquer des lois « biologiques » pour se dispenser d'introduire l'état « psychique » et pour le réduire à une sorte de « luxe », cet état est dès le début nécessaire ; il est, avec4e mouvement, un des « facteurs » du souvenir. « L'habitude ou disposition fonctionnelle », chez l'être \ivant, suppose elle-même des émotions plus ou moins élémentaires et des efforts élémentaires entre lesquels s'est établi un lien par l'exercice. La masse même du protoplcLsma flo|tante sur la mer ne contracterait pas Thabitude de réagir sous l'influence des agens extérieurs s'il n'y avait en elle quelque sourde sensibilité, un bienêtre et un malaise rudimentaires. Voilà l'élément « psychique » qui nous semble nécessaire à la base de la mémobe. La matière organique est à la fois sentante et agissante, à la difilérence des pures machines. La harpe vivante diftère des autres en ce qu'elle se sent elle-même résonner, en ce qu'elle jouit ou souffre de ses accords ou de ses discordances, en ce que ce sentiment de soi réagit sur elle-même : elle a un fond mental en même temps qu'une organisation physique ; sans ce fond, il n'y aurait point de souvenir véritable, pas plus qu'il n'y aurait de chaleur véritable, malgré les ondulations de l'éther en certaines directions, sans l'être qui sent ces ondulations sous forme de chaleur. Les physiologistes croient se dispenser d'admettre l'élément psychologique en attribuant comme propriété à la matière vivante V irritabilité, mais cette irritabilité dont ils parlent tant est un mot vague qui désigne deux choses différentes, quoique inséparables: d'une part, la sensibilité intérieure, d'autre part, le mouvement extérieur.

Nous rejetons donc les opinions trop étroites et exclusives. La conservation des souvenirs n'est pas pour nous, comme pour Th. Ribot et Maudsley, un phénomène biologique qui n'aurait qjd' accidentellement un reflet psycholo-

FouiLLiK. — Psychologie des idées-forces. 13

gique; elle est un phénomène îndivisiblement psychologique et mécanique , mais essentiellement psychorogique. Au point de vue mécanique, la mémoire a fieu en vertu du jeu des actions réflexes, où l'excitation extérieure est suivie d'un mouvement de contraction qui, une fois produit, est plus facile à reproduire; au point de vue psychologique, elle a lieu en vertu de la loi parallèle qui fait qu'une sensation agréable ou désagréable est suivie d'un effort volontaire pour la conserver ou l'écarter, effort qui, une fois produit, est plus facile à reproduire. En effet, ayant une première fois surmonté cette résistance, l'effort a amené, parmi les conditions du milieu où il s'exerce, un changement dans le sens de son action, un changement favorable à la répétition du même acte avec un effort moindre. En outre, l'être même qui a fait effort en subissant une résistance s'est, de son côté, modifié plus ou moins, en harmonie avec cette résistance : il s'est adapté et réadapté : il s'est organisé lui-même en organisant le milieu qui lui résistait. La loi mentale est la vraie explication de la loi physique elle-même. En un mot, l'élément fondamental en germe dans toutes les cellules vivantes , c'est à nos yeux Tappétit, accompagné d'une émotion plus ou moins agréable ou pénible, concomitante de telle motion et provoquant telle réaction motrice. Pour avoir la seconde base et rintérieur de la mémoire , qui en est vraiment l'essentiel, il faut donc ajouter au mouvement : 1° la sensation ou le germe de la sensation; 2° la réaction appétitive, intellectuelle et motrice qui en est inséparable.

C'est surtout cette réaction, sous la forme de Vattention, qui sert à distinguer Timage mnémonique des impressions passivement reproduites. Ce qu'il y a de passif et d'encore mécanique dans la reproduction des impressions comprend : 1° les sensations consécutives ou post-sensations, dues à la persistance de l'excitation périphérique même après la disparition du stimulus extérieur; par exemple, la vision consécutive d'un objet qu'on vient de regarder au microscope et qu'on ne regarde plus. Ces sensations consécutives sont un vrai remous mécanique des vibrations nerveuses, qui vont s'affaiblissant , mais d'une manièrô rythmique et avec des retours. Aussi sont-elles , comme

BASE PSTGHIQUS DE U MÉMOIRE iO$

nous Tavons vu, sous la dépendance des effets de Tépuisement nerveux et de la réparatioa nerveuse. C'est pourquoi, dans le champ de la vue, après avoir été positives, elles deviennent négatives, 2** Les sensations récurrentes, comme la vision soudaine d'un objet examiné au microscope il y a une heure, sont des vibrations qui se reproduisent sans stimulus extérieur et sans que l'organe du sens soit afifecté, 3** Les hallucinations sont des sensations véritables, quoique maladives, et ne sont pas seulement, comme on le répète sans cesse, des images intenses; tout au moins est-il très probable, ainsi que Ward le soutient, qu'elles enveloppent quelque sensation pathologique qui sert de centre à tout le reste. Les trois sortes de reproductions passives et mécaniques que nous venons de décrire ne sont pas encore Vimage mnémonique primaire, Fechner raconte que, s'éveillant dans son lit, étant immobile, il regarde sa pipe noire sur le mur opposé ; puis, fermant les yeux, il a la sensation de son lit en noir et de la pipe en blanc; mais les deux sensations consécutives lui apparaissent sur le même plan^ avec le lit considérablement raccourci. Au contraire, l'image mnémonique primaire reproduit les mêmes apparences que produit rœil ouvert; elle projette les objets dans l'espace avec leurs trois dimensions, leur solidité et leur perspective (1). Selon nous, ce qui distingue essentiellement l'image mnémonique primaire des sensations consécutives ou récurrentes , c'est qu'elle est le résultat d'nneréaction cérébrale ayant pour corrélatif mental Vattention^ à un degré quelconque, et conséquemment une concentration quelconque de Taperception par Tappétition. Les sensations consécutives ou récurrentes, au contraire , sont des impressions venant du dehors et toutes passives , qui se produisent nécessairement , sans notre concours et sans notre attention, si Vintensité et la direction du stimulus extérieur ou des vibrations nerveuses consécutives sont suffisantes. En Tabsence de ces conditions, notre attention est impuissante à les provoquer. De plus, elles passent mécaniquement de la forme positive à la forme négative, par l'épuisement nerveux. Au contraire,

(1) £l*mmite deê PsyehophyM, II, p. 473«

ioé Psychologie dbs idées-forcës

riraage mnémonique dépend surtout de l'attention accordée à l'impression , par conséquent de la réaction appétitive et aperceptive. Si cette attention a une intensité suffisante , l'image d'une impression, même faible, peut être renouvelée et retenue longtemps. Sans l'attention, i*image d'une impression, même intense, disparait bientôt. L*image mnémonique n'est donc pas le résidu passif de l'impression reçue. Elle est, selon nous, une combinaison des résidus de l'impression avec les résidus de la réaction cérébrale et mentale. Aussi n'ofire-t-elle ni la localisation distincte, ni la projection au dehors, ni les effets complets d'adaptation musculaire, ni le ton émotionnel qui appartiennent aux sensations. Elle reproduit moins Vintensité des constituants originels que leur qualité et leurs rapports complexes. James Ward remarque avec raison que nous appelons souvent vivacité de souvenir, intensité de souvenir, le caractère distinct et complet des souvenirs ; or ce caractère distinct et complet tient à la qualité et aux rapports plus ou moins nombreux que nous saisissons, bien plus qu'à l'intensité proprement dite. Nous prenons pour un degré de quantité ce qui est réellement une qualité. En tous cas, l'intensité du souvenir dépend de l'intensité de l'attention autant et plus que de l'intensité de l'impression. Aussi les effets de diffusion et d'irradiation ne sontils pas identiques dans l'impression et dans l'image mnémonique. Dans l'impression, l'irradiation prend la direction des muscles et provoque surtout des réactions musculaires, d'autant plus étendues que l'impression est plus intense ; l'image mnémonique, au contraire, provoque surtout des irradiations cérébrales, consistant dans réveil d'autres images ou idées associées, ainsi que des sentiments corrélatifs. Les effets musculaires et moteurs des images et idées, que nous avons déjà constatés, sont ici secondaires ^ tandis que leurs effets cérébraux sont primaires.

De ces considérations, il résulte que l'image mnémonique commence avec la réaction de Vattention^ que le souvenir proprement dit, en tant que distinct des impressions encore mécaniques et passives , commence avec le déploiement de l'activité mentale, avec la réponse de l'appétition et de l'aperception aux impressions du dehors.

Page 1