FORG£ B* ASSOCIATION DES IDÉES
la foudre sont semblables. » Les semblables se suggèrent donc mutuellement, sans doute, mais ils ne se suggèrent pas, du moins à l'origine, par la conscience de leur similitude. Si cette conscience a une action pour lier ou renforcer le lien, c'est une action ultérieure, qui suppose un lien primitivement établi sans elle et auquel elle ajoute une force nouvelle. Seulement, un esprit ordinaire se contentera de remarquer une similitude entre deux idées sans en tirer des conséquences et sans remonter aux principes; un Franklin, habitué à ce que Platon appelait la chasse aux ressemblances, partira de là pour concevoir sous les contrastes visibles des similitudes cachées et pour les vérifier par l'expérimentation.
Le vrai problème de l'association conôiste donc à déterminer pourquoi et comment deux images qui se sont rencontrées dans le temps ont pu se lier. Comme la synthèse doit être à la fois cérébrale et mentale, il faut en chercher la vraie explication 1** dans la manière dont le cerveau agit, 2"" dans la manière dont la conscience agit.
D'abord, comment deux impressions, par exemple de la vue et de l'ouïe, éclair et tonnerre, se lient-elles dans le cerveau? Il faut pour cela qu'elles ne demeurent pas isolées. Tune dans le centre visuel, l'autre dans le centre auditif, mais qu'elles aient assez de force, de durée et de netteté pour retentir et se rencontrer dans une commune région du cerveau, et pour y être ainsi centralisées ou combinées. Ainsi vont à la rencontre l'une de l'autre les deux ondulations produites dans une masse d'eau par deux pierres tombées à une faible distance. Quand il y a rencontre de deux ondes nerveuses, il s'établit une communication entre elles, un entrecroisement, une première union, qui est une résultante déterminée et qui constitue une habitude naissante. Maintenant, il importe de le remarquer , l'union ne peut avoir lieu qu'à travenp» des parties du cerveau contiguës. La contiguïté des phénomènes dans le temps ne peut donc lier les choses pour uous que par Tintermédiaire d'une contiguïté dans Y étendue du cerveau. Ce n'est pas parce que la sensation du ton-
nerre suit dans le temps la sensation d'éclair qu^elle la suit dans la conscience, mais parce que le centre cérébral où se produit une vibration due à Téclair est en communication, dans Tespace, avec le conduit auditif où le tonnerre produit une vibration. Ainsi s'établissent entre les voies nerveuses, comme entre les voies ferrées, des bifurcations analogues à celles où Taiguilleur détermine la marche des trains; la succession des idées, même de celles que nous reconnaissons ensuite pour similaires, est provoquée par la rencontre, au point de bifurcation, de deux trains d'images dans des régions continues du cerveau. Les mots entremets, entrecôte, entrepont, s'éveilleront mutuellement par leur point de bifurcation entre ^ et, dans certaines maladies, le malade répétera machinalement ces mots à la suite l'un de l'autre. La force qui, dans le cerveau, soude entre elles les représentations est donc originairement mécanique : c'est la persistance de l'énergie et la continuité du mouvement, qui se transmet toujours à des parties contiguës. Tout mouvement produit tend à se dépenser d'une manière ou d'une autre ; il ne peut donc s'arrêter dans un groupe de cellules cérébrales, il passe nécessairement aux groupes voisins pour retentir de proche en proche jusqu'à des groupes plus éloignés. La loi de continuité se confond ainsi, dans le cerveau, avec la loi de propagation du mouvement, y
D'autre part les parties du cerveau contiguës sont en même temps des parties similaires^ qui vij)rent d'une façon partiellement identique. Ainsi, dans les centres visuels, les cellules sont toutes organisées de façon à réagir sous les rayons lumineux ; les cellules des centres auditifs réagissent souà les vibrations sonores, etc. Donc les impressions ne peuvent se lier que si elles sont centralisées dans des parties du cerveau similaires en même temps que contiguës ; donc encore, dans le cerveau même, la contiguïté implique de fait une certaine similarité organique, une certaine réduction à l'unité d'éléments cellulaires et de modes vibratoires.
A vrai dire, deux représentations semblables sont la mém représentation avec des représentations contiguës qui diffèrent. Lorsque la rencontre d'une personne à Paris mô