FORCE D^ASSOCIATION DES IDÉES
rappelle la rencontre de cette même personne à Lyon, la vue de son visage éveille Timage du même visage dans un milieu ou cadre différent, en contiguïté avec des images affaiblies de telle rue de Lyon. Je juge alors qu'il y a similarité entre les deux images, c'est-à-dire une môme image avec des contiguïtés d'images différentes. Cela tient à ce que, la première fois que j'ai vu cette personne, j'ai vu en même temps la rue de Lyon, et tel magasin devant lequel j'étais arrêté, tel jour, à telle heure. Toutes ces images se sont liées alors dans mon cerveau. Le centre A (figure de la personne) a été relié par des rayons cérébraux, par des voies cérébrales, à B, rue de Lyon, à C, magasin de soieries, etc. Lorsque je revois la personne dans la rue de Rivoli, le même centre A venant à vibrer de nouveau, les rayons reparaissent affaiblis : je revois vaguement la rue de Lyon, le magasin de soieries, etc. Les deux cortèges de contiguïtés différentes, les unes constituant des sensations actuelles , les autres des images de sensations passées, se superposent imparfaitement et donnent Timpression finale de dissemblance dans la ressemblance.
Les lois cérébrales de l'association , considérées indépendamment de toute réaction de la volonté intelligente, resteraient vraies même chez un être entièrement dépourvu de mémoire et de comparaison. Chacune de ses idées s'évanouirait, comme dit William James, dans l'acte même d'éveiller l'idée suivante; sa conscience (si on peut lui donner ce nom) serait réduite au point de Tinstant présent. Il obéirait, sans le remarquer, au courant qui l'entraîne ; il arriverait à telle conséquence, mais sans savoir pourquoi : il associerait des impressions similaires sans les reconnaître similaires, contiguës sans les reconnaître contiguës. Ajoutons que, cependant, il aurait toujours l'appétition, en l'absence du souvenir; cela suffirait pour maintenir le mouvement de ses représentations instantanées, étincelles mortes en naissant.
A ce point de vue encore tout mécanique, on peut admettre, avec William James, les lois suivantes :
Première loi. — Parmi les processus cérébraux, il y en a toujours un qui prédomine sur ses concomitants
de manière à provoquer Tactivité en un point déterminé. — Ce processus est, selon nous, celui qui répond à Tappétition, à rintérét, au désir du moment.
Deuxième loi. — La somme d'activité^ en un point donné de récorce cérébrale, est la somme des tendances de tous les autres points à se décharger sur cet endroit.
Troisième loi. — Les tendances à la décharge sur un point sont proportionnelles : V au nombre de fois que l'excitation de chacun des autres points peut avoir coexisté avec Texcitation du point en question ; 2** à l'intensité de ces coexcitations; 3* à l'absence ou à l'insuffisance de quelque point rival sur lequel les décharges pourraient être dérivées.
Retournons-nous maintenant du côté de la conscience, et nous allons y voir la contre-partie de ces lois. Quand deux impressions ont pour siège des portions contiguës et similaires du cerveau, sous quelle forme apparaîtront-elles à la conscience? — Précisément sous la forme de représentations phis ou moins semblables. En effet, des représentations de même qualité pour l'esprit, comme la couleur rouge, la couleur rose, la couleur pourpre, sont des représentations de même siège dans le cerveau : les représentations visuelles ont pour siège commun les centres visuels du cerveau ; les représentations de l'ouïe ont pour siège commun le centre auditif; notre cerveau a des casiers tout faits à l'avance, tout préparés par la sélection naturelle, et ces casiers sont ses diverses régions. Dans le centre visuel dorment toutes les images de la vue, triées et mises à part ; dans le centre auditif sommeillent toutes les images de l'ouïe. De plus, les diverses parties du cerveau sont reliées par des intermédiaires. Toute impression ébranle donc, par une contagion inévitable, les parties contiguës et similaires du cerveau, puis celles mêmes qui, plus éloignées, conséquemment différentes, sont cependant encore unies aux premières par des fibres conductrices. Qu'une image particulière de la vue, comme celle de la couleur rouge, ébranle le centre visuel, cet ébranlement se répandra par diffusion dans le centre visuel tout entier ; il tendra à susciter l'image plus ou moins