‹ La psychologie des idées-forcesChapitre 35 sur 74 · FORGE D*ASSOGIATION DES IDÉES · texte numérisé non relu

FORGE D*ASSOGIATION DES IDÉES

précise d'autres couleurs similaires, ou encore celle de la couleur en général, puis, par une sélection nouvelle, celle de rétendue, et ainsi de suite. De là cette loi : Si toute représentation tend à s'agréger avec les représentations semblables , c'est en vertu de l'identité structurale de leur siège dans le cerveau, ou en vertu de la connexion établie entre deux centres différents ; cette connexion suppose une communication et un trajet commun entre les deux centres, par exemple l'Opéra de Paris et un air des Huguenots que j'y ai entendu. La loi en question est essentielle , fondée sur l'organisation stable du cerveau, qui elle-même résulte de l'action constante de la nature sur l'homme. Les rencontres fortuites d'impressions ne produisent un lien durable que si elles aboutissent ainsi à une classification et viennent se ranger sous quelque loi déjà inscrite dans notre système nerveux. Spencer a montré que cette classification se fait tout d'abord d'une façon automatique , par la seule difilision du courant nerveux dans le cerveau. Dès que nous voyons une rose rouge , cette image tend à se ranger d'elle-même à côté de rose blanche, rose jaune, rose en général, puis dans la sous-classe des fleurs, puis dans la sous-classe des objets rouges, puis dans la classe des objets visibles, etc. Cette série de classifications, quand quelque autre série de causes ne l'entrave pas, est immédiate, aussi involontaire que la propagation d'un ébranlement à la masse de l'air ou de l'eau. Le semblable, dans le cerveau, tend à s'associer mécaniquement avec le semblable en vertu de la continuité des parties similaires : voilà le ressort moteur des idées et souvenirs. La classification , qui , au premier abord , paraît une fonction tout intellectuelle et rationnelle, renferme ainsi un côté sensitif et mécanique, et fonctionne d'abord comme une merveilleuse machine à calculer. Grâce à l'organisation du cerveau, produit de l'accumulation des siècles, chaque impression vient d'elle-même se placer dans sa case, qui à son tour vient se placer dans une case plus grande, et celle-ci dans une autre, comme par un emboîtement successif. Nous avons dit que les idées sont des espèces et que la lutte des idées est une lutte d'espèces ; en voOà une preuve nouvelle : l'huma-

nité porte dans sa tête les embranchements, les ordres, les classes, les familles, les genres des Guvier, des Geoffroy Saint-Hilaire et des Jussîeu. Nous avons dans notre cerveau le raccourci du règne minéral, du règne végétal, du règne animal ; chaque idée individuelle n'est qu'un membre d'un groupe plus vaste dans lequel elle rentre : la concurrence des idées aboutit au triomphe de celles qui réalisent le mieux les conditions vitales de leur espèce par l'élimination de tous les accidents défavorables et par la sélection de tous les accidents favorables. Dans la tête de Franklin, le paratonnerre était préparé d'avance, et l'accident en apparence fortuit, en réalité nécessaire, qui y fit se joindre les idées d'étincelle électrique et de foudre, introduisit dans le monde des idées une espèce nouvelle et viable.

Le tort de Spencer est d'avoir immédiatement identifié cet emboîtement des images similaires avec la conscience de leur similarité , qui a besoin d'une explication particulière , et avec la reconnaissance de la similitude entre le passé et le présent, opération encore plus compliquée dont nous parlerons plus loin (1).

En outre, il ne faut pas oublier que le cerveau est une machine vivante. Dans le mécanisme de la succession des idées, il faut donc considérer les propriétés delà matière vivante^ qui sont de s'user en s' exerçant, puis de se réparer par le repos. Nous l'avons déjà montré ailleurs (2), l'usure sur un point, tandis que les autres points cérébraux ont gardé leur force, entraîne le mouvement perpétuel des idées, le cours des idées. C'est l'analogue d'une traînée de poudre : quand un grain de poudre a été brûlé , le grain voisin, qui ne l'a pas été, s'enflamme au contact et brûle à son tour; la lumière passe de l'un à l'autre. Les cellules cérébrales où l'exercice produit la combustion sont comme ces grains de poudre. Les vibrations d'un centre tendent donc à se propager à d'autres centres contigus ou en communication avec le premier et non encore épuisés.

11 résulte de ces lois physiologiques des rapports d'ex-

(4) Voir chapitre suivant.

(2) Principes d'une philosophie des idées-forces.

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