‹ La psychologie des idées-forcesChapitre 4 sur 74 · XXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVIII INTRODUCTION

variations des circonstances. Or, c'est ce pouvoir, encore une fois, qui caractérise Tacte d'appétition et d'intelligence, par opposition à un mouvement de pure machine. Le réflexe était donc, à son origine, appétitif et non exclusivement mécanique. Voilà la conclusion qui s'imposera bientôt, croyons-nous, à la psychologie. L'étude des animaux les plus inférieurs la confirme encore : ces animaux, en effet, manifestent tous de vrais appétits, fort simples d'ailleurs ; faim, soif, besoin de reproduction, etc., avec des mouvements appropriés ; les réflexes purement mécaniques, au contraire, que l'on prétend primitifs, sont presque absents chez les animaux primitifs. Plus nous descendons la série des êtres multicellulaires, plus il est manifeste que toutes les cellules ont le même pouvoir fondamental d'accomplir des mouvements appropriés sous l'influence d'une peine ou d'un plaisir quelconque. Cela est si vrai que chaque cellule agit comme un animal élémentaire, faisant partie d'une société ou colonie de cellules. Chez les animaux supérieurs, la division et la spécialité croissantes des fonctions vitales, soûs la croissante suprématie du cerveau, donnent aux réflexes de la moelle et des centres inférieurs l'apparence superficielle de mouvements tout mécaniques. Ceux qui sont dupes de cette apparence ressemblent à des gens qui prendraient les soldats d'un régiment bien exercé et bien commandé pour de pures machines, alors que leur obéissance mécanique est un résultat acquis et non primitif.

Une dernière raison corrobore les précédentes : si nous voyons des actes, d'abord accomplis sous l'influence de la sensation et de l'appétit, devenir mécaniques par l'habitude et se changer en réflexes, nous n'avons pas un seul exemple de réflexes devenus volontaires par une évolution progressive. C'est donc bien le réflexe qui est de la volonté rendue automatique et descendue dans la moelle : ce n'est pas la volonté qui est du mécanisme devenu intelligent par miracle.

Le second volume sera consacré plus spécialement à ce qu'on nomme la vie intellectuelle. Tous les éléments qu'on trouve dans la connaissance sont des éléments qu'on

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trouve dans Tesprit, et, sous ce rapport, ils font partie des objets de la science psychologique; aussi étudieronsnous la genèse et la formation des idées. De là nous passerons à l'étude de la volonté proprement dite, comme constituant ce sujet qui s'érige à la fois en fin et en cause au sein du déterminisme universel. Nous avons dit tout à Theure que la psychologie n'est pas simplement ni essentiellement la science de la représentation; nous pouvons ajouter maintenant qu'elle est, en dernière analyse, la science de la volonté, de même que la physiologie est la science de la vie. Son problème essentiel est : — Y a-t-il en nous une volonté? Quelle en est la nature? Quelle en est l'action? — C'est cette volonté qui donne aux idées et représentations leur vraie « force » ; c'est elle qui les tire de l'indifférence passive où elles demeureraient abîmées si elles n'étaient que les reflets d'un monde complet sans elles.

En un mot, la psychologie des idées-forces ne considère pas seulement les états de conscience en eux-mêmes, ni dans leurs objets, mais encore et surtout comme conditions d'un changement interne lié à un mouvement externe. Elle recherche et ce que peut l'objet sur le sujet, et ce que peut le sujet sur l'objet ; sous leurs rapports de « représentation » elle cherche à découvrir leurs rapports d'action réciproque ; enfin elle montre comment la représentation môme, par la volonté qui y est impliquée, peut devenir une réaction véritable, conséquemment un des facteurs de révolution universelle.

La méthode synthétique que nous nous proposons de suivre a, si nous ne nous trompons, l'avantage de rattacher non seulement la physiologie à la psychologie, mais encore la psychologie à la philosophie générale. En effet, si cette méthode étudie des conditions de changement interne et externe, c'est-à-dire des forces psychiques, elle étudie aussi des idées, et principalement les idées qui sont le fond même de la métaphysique. Seulement, elle les considère comme pures idées et comme facteurs psychologiques, non dans leur objet métaphysique : elle étudie leur formation en nous, leur origine expérimentale, leurs lois observables ; enfin elle y montre l'indissolubilité

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de la pensée et de raction, avec sa manifestation finale dans le mouvement. Le monde entier est, en un sens, comme disaient Berkeley et Schopenhauer, notre représentation : pour nous, et psychologiquement, son esse est son percipi. L'étude de la représentation et des idées est donc, de son côté, adéquate à l'univers. On a dit avec raison que la psychologie est la seule science qui, en accomplissant sa tache, finisse par s'occuper (à sa manière propre) de la matière même de toutes les autres sciences. Nombre et espace, mouvement, constitution des corps, tous les autres aspects des choses qui sont les objets des recherches positives, sont en même temps, dans tous leurs mqdes variés, des phénomènes mentaux et, au sens strict du mot, des idéeSy dont les éléments et la composition doivent être expliqués du point de vue psychologique. Si donc la psychologie n'est pas la métaphysique, comme elle a cependant pour objet la conscience, où vient se représenter l'univers, elle se trouve avoir un domaine comparable en étendue à celui de la métapliysique même ; et c'est ce qu'on ne peut dire d'aucune auLrê science. Aussi est-il impossible de séparer la psychologie de la philosophie, pour la mettre sur le même phin que la chimie ou l'histoire naturelle.

Ainsi, reliée d'un côté à la physiologie, la psychologie des idées-forces peut, d'autre part, poser les bases de la spéculation philosophique, trop dédaignée des purs observateurs et des purs positivistes. Elle est au centre de perspective qui permet de considérer l'unité du tout telle qu'elle s'exprime dans notre conscience; elle est le fondement du véritable monisme.

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