LA FORME DES SENSATIONS
TA fOUlEB DBS SENSATfONS EST-ELLE SAISIE PAR tJNB OPÉBATION SENSITIVE.
LES SENTnnsrrrs de différence et de ressemblance
Passons maintenant aux rapports établis par la pensée entre les -sensations, rapports qu'on appelle la « forme » de la connaissance. — Dans la sensation, disent les disciples de Platon, d'Aristote «t de Kant, une variété indéfinie nous est donnée, mais l'entendement seul, par un acte tout spirituel et spontané, peut introduire Vunité dans ce chaos et y établir des rapports. — Nous voilà revenus à la discussion du Théétète sur le contraste des opérations intellectuelles et sensitives.
I. — L'antithèse de la variété et de l'unité, de la matière et de la forme, chère à Platon et à Kant, paraît de plus ^ plus factice à mesure que la psychologie contemporaine pénètre davantage dans l'étude des sensations et de leurs éléments organiques. Quand j'ouvre les yeux et que je vois le dôme bleu du ciel, n'ai-je devant moi qu'une pluralité sans aucun lien, une poussière de sensations? N'ai-je pas des sensations d'une qualité déterminée, en partie différentes, en partie semblables, continues, déjà liées et organisées à un degré aussi faible qu'on voudra? Cette organisation n'est pas due au pur esprit, mais à la conformation héréditaire de mon œil ou de mon cerveau, au concert de leurs parties. Où est-elle donc, cette sensation informe, cette multiplicité, cette manière indéfinie, dbcetpov, sinon dans l'imagination de Platon et de ses modernes disciples? Les objets extérieurs, quand ils agissent simultanément ou successivement sur notre sensibilité, la déterminent d'une certaine façon régulière; ils y produisent une contrainte au moyen de
laquelle les représentations ne se peuvent saisir qu'en un seul rapport spécial et invariable. Si -le son du tonnerre suit Téclair, dépend-il de moi d'entendre le son avant l'éclair ? De même, dépend-il de moi de voir à droite ce qui est à gauche? Si deux événements se sont succédé dans le monde extérieur avec une grande fréquence, niera-t-on que, par l'effet même de cette fréquence, l'image du premier événement tende à éveiller celle du second dans l'esprit? C'est par une assertion arbitraire que les platoniciens et les kantiens limitent à la sensation informe l'effet des objets extérieurs sur nous ; tout porte à croire, au contraire, que les relations qui existent entre les objets mêmes ont un effet dans la conscience ; elles doivent s'y refléter, y produire enfin les relations qui existent entre nos sensations mêmes. Les rapports de nos sensations, leur coexistence ou leur séquence , s'impriment dans la conscience tout autant que le font les sensations elles-mêmes. Nous sentons cette impression dans la contrainte que le caractère défini des groupes de phénomènes impose à la conscience qui les perçoit ; nous ne pouvons percevoir, en effet, que selon une combinaison et un ordre déterminés. La forme de la lune ou celle d'unç étoile s'impose à nous autant que les sensations élémentaires de lumière dont elle est la combinaison.
Quant à l'antique opposition platonicienne du sens et de l'intellect , de la sensibilité et de Tentendement , sans cesse reproduite par les disciples de Kant, comme par tous les spiritualistes platoniciens, elle est une division artificielle ou tout au moins relative. En quoi ces deux facultés s'opposent-elles? — D'abord, nous dit Kant, l'une est passive; c'est une réceptivité d'impressions, tandis que l'autre a pour caractère la spontanéité. — C'est là se payer de mots vagues. Veut-on dire que nous recevions passivement de l'extérieur nos sensations toutes faites, comme Démocrite croyait que les images subtiles des choses pénètrent à travers nos sens? Ce serait une conception enfantine. La plus élémentaire des sensations suppose une action exercée sur un organisme qui réagit et dont les mouvements propres se combinent avec les mou-