‹ La psychologie des idées-forcesChapitre 53 sur 74 · FORCE DE L'APPÉTITION DANS L' ATTENTION · texte numérisé non relu

FORCE DE L'APPÉTITION DANS L' ATTENTION

férence des sensations doive devenir pour nous reconnaissable et en quelque sorte mesurable. Dans la sensation de tonalité, si on rend assez petites les différences dans le nombre des vibrations, on obtient une série de sensations qui ne peuvent plus être distinguées par Tobservateur le plus attentif et le plus expérimenté. Si les limites de Tobservalion et de l'analyse étaient aussi celles de la sensibilité, il s'ensuivrait quelous les membres de la série, où chacun ne peut se distinguer de son voisin pour l'analyse, seraient semblables, c'est-à-dire qu'il y aurait une seule sensation de son. 11 y a donc entre les sensations des différences plus petites que les plus petites diCférences aperceptibles. Et non seulement il y a des di/fé' renées de sensations senties, quoique non notées et aperçues, mais il y a des sensations non remarquées et impossibles à remarquer, à apercevoir; il y a, dans un amas complexe de sensations, des éléments qui ne peuvent être découverts à part. JLa perception attentive, l'observation distincte et analytique a donc des limites.

La troisième loi de l'attention est qu'elle maintient rétat de conscience auquel elle s'applique et lui communique ainsi une durée plus grande, au lieu de le laisser passer aussi rapidement que les autres. Cette action sur la durée n'est pas moins importante que l'action sur l'intensité, car l'idée maintcfliue dans la conscience (par exemple celle de tel plaisir ou, au contraire, de tel devoir) a par cela même le temps d'éveiller et les sentiments corrélatifs et les tendances corrélatives; de plus elle suscite, par un phénomène d'induction, les autres idées qui ont des liaisons avec elle ; elle évoque donc tout un monde intellectuel et affectif dont elle est le centre de gravitation. Dans l'attention, surtout dans la volontaire, il y a toujours une idée maîtresse et directrice qui mérite de s'appeler une idée-force parÇe qu'elle devient un centre durable de tourbillon psjrchique et mécanique. 11 y a à la fois adaptation intellectuelle à un but, finalité immanente, et concentration de mouvements selon une direction déterminée, mécanisme moteur.

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FORGE DE l'APPÉTIÏION DANS LE JUGEMENT

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k6lb de l'appétition et de la motion dams le jugement • '

— Psychologie, garde-toi de la logique. — La psychologie, en effet, étudie surtout la genèse des états et opérations de la conscience ; la logique étudie les résultats une fois obtenus et leur structure ; elle prend pour ainsi dire les idées à Tétat statique de cristallisation au lieu de les étudier dans le processus vivant et dynamique qui les forme. Le langage, si utile aujourd'hui pour l'expression de nos pensées, est lui-même* un instrument d'erreur quand il s'agit de retracer l'évolution de nos pensées; il nous fait juger l'animal d'après Thomme, l'enfant d'après l'adulte et même d'après l'adulte civilisé du xix* siècle. Il ' , introduit une discontinuité et une fixité artificielles dans , le cours continu et fuyant des représentations ; il découpe la vie mentale en petits morceaux inertes dont le ^ , lien interne échappe. Dans le moi^ l'idée cesse d'être uie force, parce qu'elle ne paraît plus contenir en elle-même des conditions de changement pour d'autres états de con- ^ science, corrélatives à des conditions de mouvement pour les molécules^érébrales. Le mot est essentiellement immo- • bile et ne renferme de vertu mouvante que celle qui lui vient des idées suggérées. Analyser le Jugement d'après x la proposition, ,comme. on le fait d'ordinaire, c'est donc • s'exposer à des illusions logiques qui altèrent la vérité psychologique.

A l'origine, l'être animé ne se préoccupe pas de contempler les rapports des choses pour eux-mêmes ; il sent, veut et se meut. Ses jugements sont tous pratiques : ils sont des actions succédant à des sensations, des actions différentes succédant à des sensations différentes, des

actions semblables succédant à des sensations semblables. Les jugements deviennent intellectuels dès qu'il y a réflexion sur les sensations et sur les réactions qu'elles provoquent. C'est Tattention volontaire et Taperception intellectuelle qui créent le jugement proprement dit.

Le jugement est la réaction de la conscience à regard des sensations ; c'est Taperception soit de leur existence, soit de leur nouveauté ou de leur ancienneté, soit de leur qualité, soit de leur intensité, soit de leurs relations avec d'autres sensations.

La forme la pif s simple du jugement n^est autre que Taperception d'un changement, d'une différence. L'animal, dans l'immobilité, voit tout d'un coup une chose qui se meut. Son attention est excitée en même temps que sa crainte ; il s'aperçoit d'un changement en dehors de lui ; s'il pouvait traduire ce qu'il éprouve, il dirait : « H y a du nouveau » ou « cela remue ». Ce genre de jugements impersonnels et neutres,, d'après beaucoup de philologues, constitue les jugements primitifs. S'apercevoir d'un changement, y faire attention et se préparer à agir en conséquence, c'est juger. Le jugement n'est donc, à Torigine, qu une différenciation consciente et remarquée dans le continuum des représentations ; c'est, par exemple, la perception d'un son qui s'élève an milieu du silence et qui provoque un tressaillement, une mise en garde de l'être animé.

L'aperception des différences précède nécessairement celle des ressemblances, car, pour s'apercevoir que deux choses se ressemblent, encore faut-il qu'elles soient deux et que, par conséquent, on les ait préalablement distinguées, ne fût-ce que d'une distinction numérique. Là où * il y a pluralité aperçue, il y a discetmement de quelque différence, et toute ressemblance suppose pluralité. L'aperception de la ressemblance suit •d'ailleurs immédiatement celle de la différence et achève le jugement. Dès que l'animal entend un son qui, par rapport an silence antérieur, est une nouveauté, si ce n'est pas le premier son qu'il entende, il assimilera aussitôt ce son aux autres sons qu'il a entendus ; il reconnaîtra un son^ non une odeur ou une saveur. En un mot, il commencera k classer.

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Il y a, on se le rappelle, une classification tout automatique des sensations et impressions, résultant de ce qu'elles ont des sièges différents dans le cerveau, — centre auditif, centre visuel, etc- Chaque sensation de la vue vient d'elle-même se ranger dans sa classe, elle éveille immédiatement le souvenir des sensations visuelles semblables, parce que Texcitation cérébrale s'irradie dans le centre visuel tout entier. En même temps, il y a des nuances nombreuses de sensations qui permettent de spécifier, tout en classant. Cette classification et spécification est aidée par les lacunes mêmes de notre sensibilité, qui ne perçoit les sensations que dans de certaines limites, sans percevoir les intermédiaires par lesquels la sensation de son se rattache, par exemple, à la sensation de chaleur ou de lumière. L'intelligence, pourrait-on dire, est faite d'ignorance en même temps que de connaissance, de lacunes en même temps que de plénitude : les lacunes aident à la discrimination ou séparation, puis à la classification, en un mot au jugement.

11 n'en est pas moins vrai que la classification proprement dite est une opération ultérieure, complexe et dérivée, et que les logiciens *font erreur en confondant le jugement primitif avec une classification et une généralisation. Pour Kant, le jugement est un acte de subsomption par lequel nous rangeons un objet donné sous un concept plus général : l'or est un métal. — C'est toujours revenir à la théorie de la logique formelle, qui établit entre les objets des rapports de contenant à contenu, de tout à parties, et qui ainsi, en définitive, se représente toutes choses d'une représentation numérique et géométrique. La logique formelle finit par sacrifier la compréhension à Vextension. Telle n'est pas la logique réelle de l'être animé ; ce dernier se préoccupe fort peu des genres et des espèces ; il ne se préoccupe que des qualités des choses, de leurs différences, des changements qu'elles impliquent ou produisent : ce qui se remue, ce qui mord, ce qui blesse, ce qui est bon à manger, ce qui réchauffe, etc. C'est seulement plus tard, et à force d'expériences, que plusieurs bêtes dont on a été mordu viennent se ranger sous une image géné-

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rique de bêtes mordantes. A la première morsure, oh n'a pas besoin d'assimiler^ ni de généraliser j ni de classer : on juge tout de suite qu'on est mordu et on se sauve^ sans autre forme de procès logique.

L'ancienne théorie du jugement, à laquelle se rattache celle de Kant, supposait que l'esprit commence par des idées sans lien entre elles et sans affirmation, qu'on appelait de pures conceptions; on croyait que l'esprit, par la comparaison de ces idées, — vraies idées sans force^ — les unissait en jugements, et qu'ensuite, par la comparaison des jugements entre eux, l'esprit réunissait les jugements en raisonnements. 11 est facile de voir combien ces distinctions sont artificielles. En premier lieu, les idées sans lien et sans affirmation, comme homme^ animal, etc., loin d'être le commencement de la connaissance, en sont les produits. Leur simplicité n'est qu'apparente, car elles enveloppent une foule d'éléments associés et unis ; aussi contiennent-elles des affirmations sousentendues. Par exemple, l'idée d'animal est le résumé d'un long travail intellectuel : comparaisons, abstractions, généralisations, jugements, raisonnements, dénominations, etc. C'est une sorte de formule scientifique, comme les formules chimiques : bioxyde d'azote, acide hypoazotique, etc., ou les formules biologiques : atropa belladona^ primates, quadnimanes, etc. Concevoir l'idée d'animal, c'est afj^rmer qu'il y a ou peut y avoir des êtres qui se nourrissent, se reproduisent, se meuvent, etc., et que ces divers caractères sont unis. C'est donc juger et raisonner.

En second lieu, comme on l'a souvent remarqué, l'ancienne théorie du jugement est un cercle vicieux. Si les idées nous étaient données primitivement sans aucun lien entre elles et sans aucun lien avec la réalité, nous aurions beau ensuite les comparer, nous ne pourrions ni les unir entre elles ni les unir avec les objets. Aucune comparaison mentale entre l'idée du feu et celle de la brûlure ne nous apprendra que le feu brûle si nous n'en faisons pas l'expérience, si la cohésion des deux représentations n'est pas donnée dans une sensation complexe suivie de réaction. De plus, quand même nous pourrions établir un rapport dans notre pensée entre l'idée de feu et l'idée de brû-

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