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FORCE DK L'APPÉTITION DANS LE JUGEMENT

celte exertion annonce une attitude de ma volonté telle <iue, par la suite, quand Toccasion viendra, l'action sera entreprise et menée jusqu'au bout. L'affirmation est donc une action à la fois commencée et suspendue, une volilion bornée au point de départ;, à Vattention et à Vaperception. C'est pour cela que la pensée suppose, physiologiquement, un courant nerveux qui aboutit non à un mouvement extérieur et complet, mais à un mouvement interne du cerveau qui en est le début.

Est-ce à dire qu'il y ait la moindre liberté dans la croyance? Nullement. La réaction de l'intelligence et de Igi volonté même est absolument déterminée par la passion antécédente, qui caractérise la sensation ou la représentation. Dans le cas de la sensation actuelle, la chose est évidente : personne ne soutiendra que l'on puisse se dispenser de réagir affirmativement sous l'influence du soleil qui vous éblouit les yeux et d'affirmer ainsi l'actualité de sa sensation. Il ne peut y avoir doute que quand il s'agit de représentations et d'idées, qui enveloppent des sensations renaissantes. Mais, même alors, il y a un certain complexus de représentations et d'idées qui aboutit à une résultante, et celle-ci s'impose à nous par une contrainte actuelle non moindre que. celle de la sensation» Il y a une espèce de panorama intérieur, de vision interne qui finit par se dégager du conflit des représentations, et c'est l'intensité présente ainsi que la netteté de cette vision interne qui déterminent Tintensité de la croyance corrélative. La croyance est la conscience réfléchie de rétat général où se trouve notre intelligence, avec toutes ses sensations et représentations actuelles ; elle iCst une répétition^ un écho^ qu'il ne dépend pas de nous d'empêcher; elle est suivie immédiatement d'une réaction appé^i-' tive et motrice déterminée par l'état émotionnel que produit rétat intellectuel. On peut, par le langage, mal traduire l'état réel de son intelligence, mais la croyance interne et vraie est toujours une traduction exacte de la contrainte subie par nos facultés sensitives et représentatives.

Ce n'est pas à dire que nos sentiments et nos volitions n'aient point une influence indirecte sur nos croyances. Ils agissent en tant que contribuant à déterminer :

1* les constituants actuels, 2* V ordre de groupement 4ichiel du champ de la conscience à un moment donné. Les sensations mêmes, et à plus forte raison les représentations et idées, sont intensifiées ou affaiblies par nos sentiments et volitions; de plus, leur ordre et leurs relations sont modifiés par les mêmes causes. En un mot, le paysage intérieur est altéré dans ses éléments et dans son plan même par les émotions et les volontés ; il en résulte que la vision interne est elle-même altérée et que la réaction consécutive Test à son tour. Mais c'est là un effet fatal de la volonté même, qui, en intervenant dans le spectacle inlt rieur, a modifié l'aspect intellectuel de ce spectacle. Cette action indirecte ne saurait constituer la liberté de la croyance, pas plus que la corruption des témoins dansf un tribunal ne constitue la liberté du juge.

La croyance, en définitive, est la résultante^ à Id foù passive et activé, d'un conflit de représentations dont char une tend à une action conforme ; elle est l'effet final des idées-forces réfléchi dans la conscience.

Supposez donc, chez un enfant, une conscience entièrement vide dans laquelle apparaîtrait une représentation unique, « celle d'un cheval ailé », pour prendre l'exemple de Spinoza. Il est clair \\xe cette représentation du cheval aik\ étant seule, sans qu'aucune perception ni aucun souvenir la contrarie, constituera toute l'actualité pour l'intelligence de l'enfant : le cheval ailé sera présent pour Tenfant, et, à lui seul, sera tout Vobjet de sa conscience : ce sera son univers, ce sera la réalité au delà de laquelle il ne peut rien concevoir et contre laquelle il ne peut rien élever. Si cette intuition du cheval ailé imaginaire parvenait à se réfléchir sur elle-même et à se connaître, elle deviendrait affirmation de soi ; et si les motions corrélatives s'ensuivaient, l'affirmation de l'objet comme réel se traduirait en actes. Spinoza a donc parfaitement raison de dire que toute représentation non contredite est objectivée, affirmée comme elle est, par cela seul qu'elle est représentée. Et Spinoza a raison encore de dire qu'il y a dans cette appréhension d'un cheval ailé un Jugement plus ou moins implicite, à savoir : je vois un cheval et ce <)heval a des ailes. Quant à savoir si ce cheval vu existe

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