‹ La psychologie des idées-forcesChapitre 61 sur 74 · FORGE DE L^APPÉTITION DANS LE RAISONNEMENT · texte numérisé non relu

FORGE DE L^APPÉTITION DANS LE RAISONNEMENT

se reproduire dans la nature le retour des mêmes formes, 4es mêmes espèces minérales, végétales, animales, conséquemment des mêmes antécédents (1). Hais ce retour des mêmes formes dans la nature n'a pas besoin d'être expliqué par un principe autre que les simples lois du mécanisme, car on démontre que, étant données des forces quelconques productrices de mouvements, il s'établira une régularité et un rythme dans les mouvements par le seul effet des actions et réactions mutuelles.

L'induction suppose, selon nous, une double nécessité, la nécessité mécaniqite et la nécessité logique. La contrepartie physique du raisonnement est la grande loi qui veut que tout mobile persévère dans son mouvement tant qu'une autre force ne l'en détourne pas, et qu'il suive toujours la ligne vie la moindre résistance. Pour reprendre l'exemple de tout à l'heure, une première expérience a réuni dans Tesprit de l'enfant la brûlure à la flamme et produit ainsi une certaine direction de la pensée en même temps que de l'action : d'autre part, aucune autre expérience n'est encore venue contrarier la première. Mous avons ainsi, en faveur de la direction flamme- brûlure y une forcé positive, et, d'autre part, aucune force contraire ; donc, quand reparaîtra la représentation de la flamme, la représentation de la brûlure reparaîtra aussi, et elle déterminera nécessairement une direction de pensée et d'activité identique à la première direction. Supposez de plus qu'un grand nombre d'autres expériences viennent encore confirmer la première : ces expériences ne feront qu'augmenter la force de direction sur la ligne flamme-brûltirey et si nul cas négatif ne se trouve en opposition, la persistance du mouvement selon cette résultante sera mécaniquement nécessaire. Ce mouvement persistant sans aucun obstacle et tendant même à se manifester par des actes, s'il y a lieu, se traduira dans la conscience par ce qu'on nomme affirmation. — Enfin, si un ou deux cas négatifs se présentent au milieu d'un grand nombre de cas positifs, il n'y aura plus conviction et affirmation sans réserve, mais seulement probabilité, et

. (1) Voir Lacheliflr, Du fondement de Vinduction.

. ilô PSYCHOLOGIE DES IDÉES-FORCES

le degré de cette probabilité sera la résultante des expériences pour et des expériences contre, comme le mouve^ ment d'un mobile est la diagonale du parallélogramme des forces favorables et contraires. La tendance à projeter ^j . dans Favenir les similitudes observées dans le passé natt

^* ' donc bien, comme nous Tavons dit, de Tabsence de toute

^ dissimilitude à nous connue dans les cas à venir ; elle

n^est qu'une continuation et un prolongement naturel des r ressemblances observées. Cette continuation est ellen-

h même une persistance dans le mouvement commencé, dans

^ Taction commencée. Le principe de ce qu'on nomme im-

^ proprement l'inertie de la matière et qui n'est, à vrai dire,

t que la continuation de son activité ou de son mouvement,

^ est donc analogue au principe dynamique du raisonnement.

Le mouvement de transport à l'avenir produit une force de tension mentale qui, psychologiquement, se nomme habitude et attente; cette force est proportionnelle au nombre des expériences] semblables; mais elle existe dès la première expérience, puisque, dès ce moment, il y a impulsion et mouvement dans une certaine direction. Je n'ai pas besoin de me brûler deux fois à la flamme pour tendre à concevoir la brûlure après la flamme ; mais, si j'éprouve souvent la même mésaventure, la tendance ne sera que plus forte et les mouvements appétitifs, puis réflexes, plus fixés dans l'organisme.

Quand l'induction est réfléchie, elle se rend compte à elle-même de son processus et résout la nécessité mécanique en une nécessité logique. Quels sont donc les priiH cipes logiques que la réflexion découvre sous l'induction même la plus machinale ? Le premier, c'est que tout a une raison, un principe, une condition antécédente qui Inexpliqué : le second, c'est qu'il n'y a point de changements dans les conséquents s'il n'y en a point dans les antécédents. En d'autres termes, tout changement a une cause empirique et les mêmes causes produisent les mêmes eiïeis. Tout est apparemment le même autour de moi et en moi : c'est la même flamme près de laquelle je suis, la même main que j'en approche; si je n'éprouvais pas la même sensation de chaleur, il y aurait changement sans raison. Toutefois, il y a quelque chose de changé : le temps.

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