‹ La psychologie des sentiments [electronic resource]Chapitre 24 sur 113 · Mantegazza, Fisiologia del piacere, p. âfi · texte numérisé non relu

Mantegazza, Fisiologia del piacere, p. âfi

3. Il y aurait une curieuse étude de i)j.vchologie pathologi(iue à faire d'après le De Vila propria de Cardan, qui était manifestement ce qu'on appelle de nos jours un névropathe et un déséquilibré.

complaisante de la tristesse. Tout le monde peut être triste, mais n'est pas mélancolique qui veut. Je mentionnerai encore, en passant, les plaisirs du laid en esthétique, le goût des spectacles sanglants et des tortures que nous devrons étudier ailleurs.

Laissons les faits pour les essais d'explication qu'on a proposés : ils ne sont pas nombreux. Bouillier [ouv. cilé) parait adopter l'opinion d'un Cartésien qui dit : « Si l'âme dans tous les mouvements des passions, même les plus douloureux, est en quelque sorte chatouillée par une douceur secrète, si elle se complaît dans sa douleur, si elle ne veut pas être consolée, c'est qu'elle a la conscience que l'état où elle se trouve est l'état de coeur et d'esprit qui convient le mieux à sa situation ». Je ne comprends pas cette prétendue explication. J'aime mieux celle de Hamilton qui met la cause principale « dans le surcroît d'activité que donne à notre être tout entier le ressentiment de nos propres douleurs ». Ceci du moins est logique, puisque le plaisir est lié à son corrélatif ordinaire, un surcroît d'activité. — Spencer * a examiné le problème plus longuement : « J'appellerai l'attention sur un autre sentiment égoïste, surtout en raison de sa nature mystérieuse. Il y a un sentiment agréablement douloureux dont il est difficile de déterminer la nature et plus difficile encore de retracer la genèse : je veux ])arler de ce qu'on appelle quelquefois le plaisir de la douleur. Il semble possible que ce sentiment qui pousse l'homme en proie à la douleur à souhaiter d'être seul avec son chagrin et qui fait qu'il résiste à toute distraction, résulte de ce que cet homme fixe son attention sur le contraste qui existe entre ce qu'il croit mériter et le traitement qu'il a reçu soit de ses semblables, soit d'un pouvoir supérieur. S'il croit qu'il a mérité beaucoup, tandis qu'il a reçu peu, et surtout si au lieu d'un bien c'est un mal qui est survenu, la conscience de ce mal est adoucie par la conscience du bien qu'il croit mériter, rendue agréablement dominante par le contraste... Il y a en lui l'idée d'un grand déni de justice et un sentiment de supériorité à l'égard de ceux qui en sont les auteurs... Cette explication €st-elle la vraie? je sens que ce n'est pas évident. Je la propose simplement à titre d'essai et j'avoue que cette émotion particulière

1. Princi/iles of Psychology, t. II, g ol8. R]B0ï. — Sentiments

est telle que ni l'analyse ni la synthèse ne me mettent en état de la comprendre complètement. »

Cette explication ne me paraît que partielle, inapplicable à tous les cas. A mon avis, toutes les tentatives de ce genre doivent échouer, parce que les auteurs restent sur le terrain de la psychologie normale. Ce fait doit être traité par la méthode pathologique; On dira peut-être que ce n'est que la substitution d'un mot à un autre. Nullement, comme on le verra par ce qui suit.

On a eu le tort de s'attaquer d'abord à des phénomènes trop délicats et de les considérer isolément. Il faut procéder non par synthèse ou analyse, mais par grossissement; établir une série dont les derniers termes — énormes — éclairent les premiers. J'indique les principales étapes de cette gradation : mélancolie esthétique, transitoire et intermittente; spleen; mélancolie (au sens médical) ' ; puis en poussant plus loin, tendance au suicide, finalement le suicide. C'est ce dernier terme qui fait comprendre tous les autres. Les premières étapes ne sont (lue des formes embryonnaires, avortées ou mitigées de la tendance de l'être vers sa propre destruction, du désir qui la pose comme agréable. Enrayées dans l'immense majorité des cas, les formes faibles sont un acheminement vers la destruction et ne s'expliquent que si on les rapproche du cas extrême.

Les évolutionnistes ont émis cette hypothèse qu'il a dû exister des animaux ainsi conformés que chez eux le plaisir était lié aux actions destructrices, la douleur aux actions utiles et que, comme tout animal cherche le plaisir et fuit la douleur, ils ont dû périr en vertu de leur constitution même, puisqu'ils cherchaient ce qui détruit et fuyaient ce ({ui conserve. Cette supposition n'a rien de cliimérique, car nous voyons des hommes trouver du plaisir à des actes qui, ils le savent très bien, les conduiront rapidement à la mort. Un être ainsi constitué est anormal, illogique; il renferme en lui une contradiction qui le tuera.

1. Un mode anormal de sentir des mélancoliques, remarque Kraiït-Ebing, se rencontre dans la félicité de la douleur (Leidseligheit); ciiez eux des idées qui, à l'étal sain, provoqueraient de la douleur, réveillent dans leur conscience affligée un faible sentiment de satisfaction qui en représente le ton affectif correspondant.

Mais, peut-on dire, si la douleur et les actions nuisibles d'une part, le plaisir et les actions utiles d'autre part, forment des couples indissolubles, de telle sorte que l'état pénible dans la conscience est l'équivalent des actions destructives dans l'organisme et inversement, il y aurait donc ici une interversion : le plaisir exprimerait la désorganisation, la douleur, la réorganisation. Cette hypothèse, bien peu vraisemblable, ne parait pas nécessaire. Si l'on admet, comme il a été dit dans le précédent chapitre, qu'il existe toujours deux processus simultanés et contraires dont la différence seule tombe dans la conscience, il suffit qu'un des deux processus augmente ou que l'autre diminue d'une manière anormale, pour que la diflërence change aussi en faveur de l'un ou de l'autre. Sans doute le résultat final est en contradiction avec la règle, puisque dans les cas ci-dessus, le surplus qui devrait être négatif (douleur) est positif (plaisir) : mais ceci est une preuve nouvelle que nous sommes en face d'une déviation, d'une anonialie, d'un cas pathologique qui doit être traité comme tel.

Nous avons pris à part et étudié un cas typique; il nous reste non à énumérer, mais à classer les plaisirs pathologiques pour en montrer la fréquence. Prenant comme guide la bonne définition de Mantegazza : « Le plaisir morbide est celui qui est la cause ou l'efiet d'un mal », je les distribue en trois classes : ^ 1° Les plaisirs demi-pathologiques. Ils forment une transition du sain au morbide franc. Ce sont ceux qui exigent une dépense excessive ou prolongée de l'énergie vitale. On sait que les plaisirs du goût, de l'odorat, de la vue, de l'ouïe, du toucher, de l'exercice musculaire, des rapports sexuels, produisent la fatigue, l'épuisement ou même deviennent pénibles brusquement. Les plaisirs de la tendresse, de l'amour-propre, de la possession, lorsqu'ils se transforment en passions, c'est-à-dire augmentent en intensité et en stabilité, cessent d'être des plaisirs purs; un élément douloureux s'y adjoint. Ce phénomène est naturel et logique, puisque tout accroissement d'activité entraîne des pertes et par conséquent des conditions de la douleur. Cette classe est à peine morbide, parce que la douleur succède au plaisir. Il n'en est pas de même des deux autres où le plaisir surgit du milieu de la destruction et domine dans la conscience.

2° Les plaisirs destructeurs de l'individu. Je ne m'arrête pas à certaines anomalies du goût et de l'odorat qui seront décrites ailleurs; mais les plaisirs dus à l'ivresse et aux narcotiques sont si répandus qu'ils semblent inhérents à l'humanité : en tout temps, en tout lieu, même chez les races sauvages, l'homme a trouvé des moyens artificiels de vivre, ne fût-ce qu'un instant, dans un monde enchanté. Ce plaisir, c'est lui qui l'a créé pour sa propre destruction. Mais il y a des cas encore plus nets, non acquis et inventés, oû le plaisir recouvre et domine le travail de désorganisation. Ainsi pendant une certaine période de la paralysie générale des aliénés, où le malade croit posséder au suprême degré la force, la santé, la richesse, le pouvoir, oû la satisfaction et la béatitude s'expriment dans toute leur personne. Ainsi dans certaines formes de la manie aiguë : par un côté, que nous négligeons en ce moment, elle se rapproche de la colère; par un autre côté, c'est une humeur expansive, une joie qui déborde, un sentiment d'énergie, de vigueur; quelques-uns disent, après la guérison, qu'ils ne se sont jamais sentis si heureux que pendant leur maladie (Krafft-Ebing). On peut citer encore le cas des phtisiques : beaucoup ne sont jamais si riches d'espérances et si féconds en projets que quand ils vont mourir. Enfin il y a « l'euphorie » des mourants. On a essayé de l'expliquer par une analgésie, comme si la suppression de la douleur était identique à l'apparition de la joie. Féré qui a examiné la question dans sa Pathologie des Emotions ' admet que cette exaltation est due à des conditions momentanées, mais positives, de la circulation cérébrale.

Faut-il admettre que, dans ces cas, par une dérogation inconcevable au déterminisme naturel, le plaisir deviendrait la traduction dans la conscience d'une désorganisation profonde, implacable? Il n'en est nul besoin. Il est plus rationnel d'admettre que ce plaisir est lié ici, comme toujours, à sa cause naturelle, une suractivité vitale. Tout plaisir pathologique est accompagné d'excitabilité; mais celle-ci n'est pas une activité normale, sans quoi le fiévreux et le névropathe auraient un excès de santé. En réalité, nous sommes en face d'un cas complexe : d'une part, une déperdition perpétuelle,

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