Fouillée, Psychologie des idées-forces, I
à l'unité. Tout au contraire, il y a des présomptions que la solution adoptée, quelle qu'elle soit, peut être vraie pour certains hommes, fausse pour d'autres.
Un tempérament nerveux, excitable, en état de vibration perpétuelle, constamment tenu en éveil par le travail de la passion ou de la pensée, peut par sa constitution même ne laisser aucun moment accessible à une intermittence entre les états pénibles ou agréables, incessamment renouvelés.
Un tempérament lymphatique, un caractère froid, une intelligence bornée et pauvre d'idées, constituent un terrain parfaitement approprié à l'apparition fréquente et longue des états d'indifférence
Ces différences d'observation courante montrent qu'il faut se méfier d'une solution trop simpliste.
1. Je donne un exemple d'un pareil caractère décrit par un historien d'après les sources arabes. " L'émir Mohammed (à Grenade en 1408) se sentant mourir, jaloux d'assurer le trône à son fils, envoya l'ordre de mettre à mort son frère Youssouf qu'il retenait captif à Salobrena. L'alcade, au moment où il reçut cet ordre, jouait aux échecs avec son prisonnier, à qui sa douceur avait gagné le cœur de ses geôliers. En lisant la fatale dépêche, il se troubla et n'osa en faire part au prince. Mais Y'oussouf devina à son trouble de quoi il s'agissait : >' Est-ce ma tête qu'on te demande? » dit-il à l'alcado. Celui-ci pour toute réponse lui tendit la lettre de son frère. Y'oussouf réclama seulement quelques heures pour dire adieu à sa femme; mais le messager de mort déclara que l'exécution ne pouvait se retarder, car l'heure de son retour était fixée d'avance. Eh bien, répliqua Youssouf, achevons du moins la partie. » Mais l'alcade était tellement troublé qu'il avançait ses pions au hasard et, que Youssouf fut obligé de l'avertir de ses erreurs. Toutefois la partie ne s'acheva pas. Des cavaliers, venus de Grenade à bride abattue, saluèrent Youssouf émir, en lui annonçant la mort de son frère. En passant ainsi de l'échafaud au trône, le prince musulman resta maître de lui comme il l'avait été en face du supplice. Doutant encore de sa fortune, il s'achemina vers Grenade, où il fut reçu aux cris de joie du peuple. » (Rosseuw St-Hilaire, Histoire d'Espar/ne, t. V, p. 227.) On cite des traits analogues de divers personnages historiques.