‹ La psychologie des sentiments [electronic resource]Chapitre 47 sur 113 · Psijcholof/y. l. 11, p · texte numérisé non relu

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sance, mais qu'ils sont antérieurs à l'expérience, non appris; qu'ils surgissent tout faits, dès que leurs conditions d'existence se rencontrent. Les instincts qu'on appelle différés, qui apparaissent tard, comme l'instinct sexuel chez l'homme et beaucoup d'animaux, n'en sont pas moins innés. 2° Spécificité. Ils existent dans l'espèce entière, sauf quelques individus qui, de ce fait et sur ce point, sont des anormaux : ainsi divers instincts manquent chez l'idiot. 3° Fixité, entendue au sens relatif ; car personne ne soutient plus la thèse de l'invariabilité absolue de l'instinct et, chez l'homme, sa plasticité est extrême, parce qu'un pouvoir supérieur, l'intelligence, le pétrit et l'adapte à ses desseins.

Ces caractères fixés, reste à les appliquer en suivant l'ordre chronologique : partir de la naissance, dresser l'inventaire des instincts actuels, innés au sens étroit; puis suivre le cours des années, en notant l'apparition de chaque instinct nouveau, irréductible et continuer ainsi jusqu'à ce que la liste soit épuisée.

Je propose de les répartir en trois groupes : le premier en date relève surtout de la physiologie, le second est psycho-physiologique, le troisième surtout psychologique. Nous n'aurons pas à les étudier tous, parce que les uns sont étrangers à la psychologie en général, les autres à la psychologie des émotions. Leur énumération sera faite, pour le moment, sous une forme très sèche, comme une table des matières.

groupe. — Ils appartiennent à la vie que les biologistes appellent organique ou végétative et qu'ils opposent à la vie de relation. Tous convergent vers une seule et même fin, vers l'acte fondamental de la vie : la nutrition. Pour simplifier autant que pos sible, divisons cet acte en trois moments : recevoir, transformer, restituer.

lo Le premier seul a un intérêt psychologique, parce qu'il se traduit dans la conscience par deux besoins extrêmement énergiques, la faim et la soif. Il est presque superflu de dire que ces instincts dépassent le domaine de la psychologie, pour pénétrer dans celui de la sociologie et y jouer un rôle capital (disette, famine, vol, crimes, anthropophagie, lutte à mort pour se disputer un peu d'eau, etc.). Leur pathologie est aussi plus instructive qu'on ne le croirait, parce qu'elle pose et résout, comme nous le verrons, sous

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une forme simple, le problème de l'antériorité de la tendance sur le plaisir et la douleur.

2° Le moment de la transformation est purement physiologique. Il se traduit aussi par des besoins dont le plus impérieux est celui de la respiration, condition indispensable de la combustion des matériaux et des échanges interstitiels qui s'ensuivent. Si l'air devait être acquis et conquis, comme les aliments, cet instinct se traduirait dans la conscience comme la faim et la soif : ce qui arrive rarement (dyspnée, asphyxie). Sa patliologie n'instruit pas et ne comporte guère que des singularités individuelles (respirer toujours de l'air chaud ou froid, dormir les fenêtres ouvertes, etc.).

3° Le moment de la restitution au dehors (sécrétions, excrétions, etc.), bien qu'il se traduise par des mouvements instinctifs, n'a que des rapports bien indirects avec notre sujet; et quoique, en fait, rien de ce qui se passe dans l'organisme ne soit totalement étranger à la psychologie, nous pouvons le passer sous silence.

Je groupe. — Ces instincts appartiennent à la vie dite de relation et ils répondent à deux moments : recevoir, restituer. Le premier moment est représenté par toutes les formes de la perception externe et il comprend les tendances liées à l'exercice de chacun de nos sens, la tendance de chaque organe sensoriel à remplir sa fonction : l'œil tend à voir, la main à prendre et à palper. Ces tendances satisfaites sont agréables ; entravées, pénibles. Il en résulte du plaisir et de la douleur, non des émotions proprement dites. Le second moment est représenté par toutes les formes de mouvement musculaire, tendances à agir, à produire des bruits comme certains animaux, cris, vocalisation, gestes et attitudes du corps. Nous avons vu que tout cela exprime les émotions, suivant l'opinion courante, en est partie intégrante suivant nous.

Le 3" groupe de tendances a pour fin non plus de recevoir ou de restituer, mais de conserver et de développer l'individu en tant qu'être conscient. Elles expriment non plus sa constitution pliysique, mais sa constitution psychique, son organisation mentale sous ses divers aspects; elles traduisent ses besoins comme être spirituel, ainsi que la respiration, la faim, la soif, etc., traduisent ses besoins comme être vivant. Elles ont donc toutes un caractère psychologique et sont la source de ce complexus de mouvements

et d'états agréables, pénibles ou mixtes, qu'on nomme émotions.

Rappelons l'ordre chronologique de leur apparition déjà indiqué ailleurs : 1° l'instinct de la conservation sous sa forme défensive qui s'exprime par la peur, avec ses variétés et ses formes morbides (les phobies) ; — 2° l'instinct de la conservation sous sa forme offensive, c'est-à-dire la colère et ses dérivés, et, sous la forme morbide, les impulsions destructives; — 3° la tendance sympathique et les émotions tendres (non sexuelles). Il est pourtant très discutable que la sympathie puisse être assimilée à une tendance au sens rigoureux : elle me paraît plutôt une propriété générale de l'être sentant; ce point sera examiné plus tard. Même remarque pour l'instinct d'imitation ou tendance à imiter qui ne paraît pas irréductible.

Ces trois tendances et émotions primitives avec leurs dérivés forment la première assise de l'édifice. La peur et la colère surtout ont un caractère d'extrême généralité ; on peut descendre très bas dans l'échelle animale, sans qu'elles manquent. Les émotions tendres, appuyées sur la sympathie (source des émotions sociales et morales), couvrent un champ beaucoup moins large; elles pénètrent pourtant dans l'animalité, sous la forme de rapprochements temporaires ou ])ermanents.

Les autres tendances sont d'apparition plus tardive et leur cercle est plus restreint : 4° l'instinct du jeu, en désignant par ce mot la tendance à dépenser un superflu d'activité. C'est un tronc d'où sortent plusieurs rameaux : (a) le besoin d'exercices physiques, (b) le goût pour la vie d'aventure, (c) la passion des jeux de hasard qui devient si rapidement morbide, {d) et l'activité esthétique. — 5° La tendance à connaître (la curiosité) n'apparaît qu'avec un certain développement de l'intelligence et de l'attention : liée d'abord à l'exercice des sens (considérer un objet, le toucher), elle est rigoureusement pratique , quoiqu'elle doive engendrer plus tard les variétés du sentiment intellectuel. — 6° A une époque plus tardive, et peut-être chez l'homme seul, se manifestent les tendances égotistes {self-feeling, selbstgefûhl, amor proprius) qui expriment le moi, la personne comme ayant conscience d'elle-même et se traduisent dans l'émotion de l'orgueil ou son contraire et leurs variétés. — 7° Reste enfin le dernier en date (du moins chez l'homme),

l'instinct sexuel, dont le caractère d'extrême généralité est bien connu.

Telles sont les tendances qui, à notre avis, sont les racines de toutes les émotions simples ou composées; actuelles, passées ou futures. Cette assertion sera justifiée ou infirmée par les études qui vont suivre.

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