Die Seele des Kindes, ch. vu
faire un pas sans être tenu et était plein d'angoisse, si on le lâchait; il n'avait pourtant aucune expérience d'une chute. Il conclut très justement « qu'il est tout à fait erroné de croire que l'enfant à qui on n'a pas appris la peur, ne la connaît pas. Le courage ou la peur de la mère exercent certainement une grande influence ; mais il y a, chez les enfants, tant de cas de peur non motivée que l'on doit admettre quelque influence héréditaire. » — Le même fait a été observé chez les jeunes animaux : on connaît les expériences de Spalding sur des poussins nouveau-nés et sur leur terreur instinctive du faucon. Preyer a répété cette expérience avec les mêmes résultats. Gratiolet, comme nous l'avons dit plus haut, rapporte qu'un petit chien qui n'avait jamais vu de loup, en flairant un débris de peau de cet animal, tomba dans une indescriptible épouvante. — L'homme adulte, quoique sa peur repose sur l'expérience, manifeste quelquefois (au moins les ignorants et les primitifs) des craintes vagues, inconscientes, de l'inconnu, des ténèbres, des puissances mystérieuses, des maléfices, de la sorcellerie, de la magie, etc. L'ignorance est une grande source de terreur et Bain n'a pas dit sans raison « que le grand remède contre la peur, c'est la science » .
Comment expliquer l'appréhension d'un mal non éprouvé? Même en admettant que la peur puisse reposer quelquefois, et dès le début de la vie, sur des analogies, ressemblances, associations d'idées, il reste un grand nombre de cas irréductibles. Nous avons vu Preyer, à la suite de Darwin, Spencer et des autres évolutionnistes, admettre l'influence de l'hérédité. C'est un fait bien connu que les oiseaux des îles inhabitées ne montrent aucune crainte quand ils voient l'homme pour la première fois', puis ils gagnent la défiance à leurs dépens et cette peur acquise se transmettrait à leurs descendants. Dans cette hypothèse, la peur serait partout et toujours le résultat d'une expérience soit individuelle, soit ancestrale ; ce que nous avons appelé le second moment deviendrait le premier et même le moment unicjue.
Cette explication est rejetée naturellement par ceux qui n'acceptent pas la transmission héréditaire des qualités acquises, sans
1. Pour <les délails curieux sur ce point, voir Darwin, Voyage d'un naturaliste, ch. XVII, où il rapporte ce qui a été vu par lui et avant lui par d'autres voyageurs. Voir aussi H. Spencer, Essays, I, 135.
qu'ils aient rien proposé de satisfaisant à sa place. D'ailleurs, ceci est une question d'origine sur laquelle la psychologie expérimentale peut se récuser comme incompétente. Pour ne pas demeurer sur un terrain contesté et l'expérience individuelle ne pouvant être invoquée, il reste à admettre que les bases de la peur existent dans l'organisme, qu'elles font partie de la constitution de l'animal et de l'homme et l'aident à vivre par une adaptation défensive, utile dans la plupart des cas. Quant au mécanisme obscur de cette peur instinctive, on peut supposer que certaines sensations produisent un choc douloureux qui suscite les réactions organiques, motrices, vaso-motrices constituant l'émotion, que l'instinct de la conservation pour se dérober à la douleur actuelle réagit aveuglément, ' avec ou sans profit, ce qui rend certaines peurs innées inexplicables pour la raison.
Pour ma part, je considère l'hypothèse d'une disposition transmise à certaines peurs comme très vraisemblable.
Deuxième moment. — A la peur consciente, raisonnée, postérieure à l'expérience, la définition donnée plus haut s'applique sans restriction. Elle a pour base la mémoire, non intellectuelle, mais affective. Les elforts des premiers associationnistes pour expliquer la peur par l'association seule (comme James Mill qui la définissait l'idée d une sensation pénible associée à l'idée de sa reproduction future) ont été vaines, parce qu'ils éliminaient le facteur essentiel, l'élément affectif, l'ébranlement organique Pour que j'aie peur de l'extraction d'une dent, il faut que le souvenir d'une opération antérieure renaisse avec son ton douloureux, au moins sous une forme faible; si je n'ai qu'un souvenir tout sec, sans résonance physiologique, la peur ne naîtra pas. Il est inutile d'insister sur un point longuement traité dans la première partie.
Il en résulte que l'on est accessible à la crainte dans la mesure oîi la représentation du mal futur est intense, c'est-à-dire affective et non intellectuelle, sentie et non conçue. Chez beaucoup de gens l'absence de peur n'est qu'une absence d'imagination. C'est ce qui expUque comment toute dépression vitale, permanente ou temporaire, prédispose à cette émotion; les conditions physiologiques qui