La Paiira, ch. xi, p
de la rage, etc.). C'est le passage de l'état affectif diffus à l'éta^ intellectualisé, c'est-à-dire concentré et incarné dans une idée fixe : travail analogue à celui du délire des persécutions, oîi la suspicion d'abord vague s'attache à un homme et ne le lâche plus. Les cas, bien moins fréquents que les autres, où plusieurs phobies coexistent me paraissent ressortir à ce groupe. En résumé, la vraie cause c'est un état général (émotif-peureux), mais le hasard joue ici un très grand rôle.
Je ne prétends pas que ces trois ordres de causes suffisent à tout expliquer. Quand on se place devant la légion des peurs morbides, on est souvent fort embarrassé et l'on trouve bien des cas réfractaires. En voici un bien connu, bien banal : la vue du sang produisant un malaise ou la syncope. Rationnellement, c'est inexplicable, car le sang c'est la vie ; mais la raison n'a rien à voir dans l'occurrence. Cherchons ailleurs. On peut dire que le sang rappelle la douleur violente, la destruction, le carnage; mais sa vue affecte des enfants qui ne peuvent avoir de tels souvenirs. On a invoqué la faiblesse constitutionnelle, la nervosité; mais la syncope se produit quelquefois chez des gens très vigoureux ', tandis que des névropathes restent froids. On a fait intervenir l'iiérédité; je ne vois pas ce qu'elle explique ; car en remontant le cours des générations, il faudrait en arriver aux hommes primitifs, batailleurs qui ne devaient pas avoir peur du sang. On pourrait proposer bien d'autres explications, qui encourraient bien d'autres critiques.
J'ai cité ce cas unique pour montrer que dès qu'on dépasse rénumération et la description des peurs morbides, ])our essayer d'en retracer la genèse, on entre dans un sujet presque intact.