‹ La psychologie des sentiments [electronic resource]Chapitre 84 sur 113 · Ouvrage cité, SLippléinenl au liv. 111, ch. xsxi · texte numérisé non relu

Ouvrage cité, SLippléinenl au liv. 111, ch. xsxi

2. Faut-il rappeler les cas si souvenl cités de François liacon, de d'Aleiubert. etc.? Sur ce point, voir l'article du D'' Le Bon, Revue philos., t. IV, p. 400.

On sait que les diverse s émotions (peur, colère, amour, mépris, etc.) se traduisent par certains mouvements spontanés et attitudes du corps qui constituent leur expression naturelle. L'émotion est la cause, les mouvements sont l'effet. — On sait moins <]ue les mouvements et attitudes du corps produits artificiellement peuvent susciter, dans quelques cas et à un degré plus faible, les émotions correspondantes. Gardez quelijue temps la posture de la tristesse et vous la sentirez vous envahir. Mêlez-vous à une société joyeuse, réglez sur elle vos démarches extérieures et vous éveillerez en vous une gaieté fugitive. Chez les hypnotisés, placez le bras dans l'attitude de la menace, le poing fermé; l'expression se complète spontanément dans les traits du visage et le reste du corps : de même pour l'expression de l'amour, de la prière, du mépris. Ici le mouvement est la cause et l'émotion est l'eflét. Les deux cas sont réductibles à une formule unique. Il y a entre tels mouvements et telle émotion une association indissoluble. L'émotion suscite les mouvements; les mouvements suscitent l'émotion; mais avec cette différence très importante : que les mouvements ne sont pas toujours capables de susciter l'émotion et, quand ils réussissent, ne suscitent que des états faibles, instables. En un mot, l'action du dehors au dedans est toujours inférieure à l'action du dedans au dehors.

C'est exactement la même loi psychologique qui régit les rapports entre les dispositions affectives et les dispositions intellectuelles dans les manifestations du caractère.

Appelons action de bas en haut celle des sentiments sur les idées, et action de haut en bas celle des idées sur les sentiments (par pure métaphore et seulement pour nous entendre) .

L'action de bas en haut est solide, tenace, énergique, efficace : elle a sa force en elle-même; elle la puise dans le fond inconscient; c'est-à-dire dans l'organisation. En arrivant à la conscience, elle n'y gagne que la lumière. Ainsi, un malaise d'abord vague de l'organisme s'affirme dans la conscience comme faim et peut conduire au vol, à l'assassinat, à tous les excès. Un autre état de l organisme se traduit d'abord par des désirs flottants, indécis, puis s'affirine comme amour pour un être déterminé et peut éclater comme un orage. Il est bien superflu de passer en revue toutes les

passions, en faisant les mêmes remarques. Complexes ou simples, elles ont la même évolution. Les vocations morales, religieuses, esthétiques, ont leurs périodes d'incubation, de révélation et d'action. Le mot du Gorrège, devant le tableau d'un maître, vrai ou faux historiquement, est vrai psychologiquement.

Au contraire, l'action de liant en bas est instable, vacillante, variable, faible, d'efficacité douteuse. Elle n'a qu'une force d'emprunt, extrinsèque. Le problème psychologique (souvent pédagogique) qui se pose est celui-ci : Susciter des états intellectuels, idées-images, pour qu'elles suscitent par contre-couples sentiments correspondants, si elles le peuvent. L'action est médiate, indirecte Aussi que d'échecs ou de maigres résultats. C'est une sensibilité toute intellectuelle et qui ne sait que les passions intellectuelles sont des fantômes qu'une passion vraie balaie comme un coup de vent ?

Pour conclure, l'action des émotions sur les mouvements ressemble à celle des sentiments sur les idées ; l'action des mouvements sur les émotions ressemble à celle des idées sur les sentiments.

Après avoir ainsi établi sommairement le rôle secondaire et superficiel de l'intelligence dans la formation du caractère, revenons à notre classification. Nous sommes maintenant en face des individus réels, doués à doses inégales d'énergie, de sensibilité, d'intelligence. Reprenons l'une après l'autre nos trois grandes divisions qui ne sont jusqu'ici que des cadres vides, pour les remplir.

L Les sensitifs. — Je distingue dans ce genre trois espèces principales qui vont être décrites, en allant du simple au complexe ; par conséquent en nous éloignant de plus en plus du type pur pour nous rapprocher des caractères mixtes.

1° La première espèce ne peut être fixée par aucun nom propre, c'est celle des humbles. Sensibilité excessive, intelligence bornée ou médiocre, énergie nulle : tels sont leurs éléments constitutifs. Tout le monde en connaît de tels, car ils sont faciles à rencontrer. Leur note dominante, c'est la timidité, la crainte et foutes les manières de sentir qui ])aralysent. Comme le lièvre de La Fontaine, ils vivent dans l'inquiétude perpétuelle. Ils craignent pour eux, pour leur famille, pour leur petite place ou leur petit commerce, pour le présent, pour l'avenir. Ils s'inquiètent de l'opinion de tout le monde,

aifiême d'inconnus qu'ils ne voient qu'en passant. Ils tremblent pour leur salut dans l'autre vie et, dans celle-ci, ils se sentent comme un îiéant dans l'organisme social qui pèse sur eux de tout son poids et que souvent ils ne comprennent pas. La plus petite mésaventure les ébranle profondément, parce qu'ils ont conscience d'être faibles, sans ressort pour l'action, sans esprit d'initiative.

Il n'est personne qui ne puisse mettre des noms au-dessous de ce portrait; mais je ne puis donner aucun nom ])ropre justement parce qu'ils sont humbles. J'ai éliminé de cette étude les cas pathologiques; mais je note à titre d'éclaircissement que beaucoup d'hypocondriaques appartiennent à ce type et nous le montrent en grossissement.

^2" La deuxième espèce est celle des contemplatifs, qui se distinguent des précédents par un développement intellectuel très supérieur; en sorte que leurs éléments constitutifs peuvent être ênumérés dans l'ordre suivant : sensibilité très vive, intelligence aiguisée et pénétrante, activité nulle.

Je groupe sous cette rubrique des variétés assez nombreuses, mais 'qui se ressemblent toutes parce qu'elles ont en commun les trois marques précitées :

Les indécis, comme Hamlet, (pii sentent beaucoup, pensent beaucoup et ne peuvent passer à l'action.

Certains mystiques (non les grands, ceux qui ont agi et que nous 'retrouverons plus tard), mais les purs adeptes de la vie intérieure qui se trouvent à toutes les époques et dans tous les pays (yoghis de l'Inde, soufis persans, thérapeutes, moines de toutes croyances), plongés dans la vision béatifi([ue, n'ayant rien écrit ni rien fondé; .ayant, suivant leur rêve, traversé le temps sans y laisser leur .trace.

Les analystes, au sens purement subjectif, c'est-à-dire ceux qui s'analysent eux-mêmes assidûment et minutieusement; qui rédigent leur « journal », notant heure par heure les petits changements de leur vie interne, lein-s ciiangements d'humeur au gré des influences .atmosphériques. Tels Maine de Biran parmi les psycliologues, Alfieri parmi les poètes. Au reste, pourquoi citer des noms, puisque cette manie de l'analyse personnelle est devenue de nos jours une maladie, sous l'influence d'une excitation nerveuse excessive, du

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raffinement intellectuel et de l'énen enient de la volonté. Noter que ces sensitifs sont presque tous pessimistes.

3° Reste la troisième espèce que je nomme les émotionnels, au sens restreint; non au sens large de Bain, qui en fait une classe. Avec elle, la catégorie des sensitifs atteint son apogée et elle est riche en grands noms. A l'impressionnabilité extrême et à la subtilité intellectuelle des contemplatifs s'ajoute l'activité. Mais leur activité a sa marque propre ; elle est intermittente et parfois spasmodique ; parce qu'elle découle d'une émotion intense, non d'un fond stable d'énergie. « L'indolence, dit Bain, est la disposition du caractère purement émotionnel » Rien de plus juste avec une apparence paradoxale. Il n'agit que sous l'influence momentanée de motifs puissants, puis retombe dans l'inaction qui est sa nature essentielle : alternative d'énergie impétueuse et d'affaissements brusques.

A ce groupe appartiennent beaucoup de grands artistes : poètes, musiciens, peintres ; capables d'activité fiévreuse quand l'inspiration, c'est-à-dire une poussée inconsciente les soutient; puis traversant des périodes d'épuisement et de marasme. Citons au hasard J.-P. Ricliter, Mozart, J.-J. Rousseau. Ce dernier entre dans la pathologie, ainsi que de nombreux travaux l'ont démontré. Même remarque pour certains orateurs, ceux qui ont « du tempérament ». Ce n'est qu'à certains jours qu"ils donnent toute leur mesure; quand il y a à défendre une cause qui leur tient à cœur ou des ennemis à terrasser.

II. Les actifs. — -Je divise cette classe en deux espèces, selon que l'intelligence est médiocre ou puissante.

" 1° L'espèce des actifs médiocres nous fait mieux saisir les traits distinctifs de cette forme du caractère et en quoi elle diffère des sensitifs. « L'homme actif travaille mieux (que le sensitif) parce qu'il peut accomplir des corvées, tandis que l'autre néglige tout ce qui n'a pas un intérêt intense et soutenu. L'un peut se promener uniquement pour conserver sa santé; l'autre ne peut sortir sans un fusil, des instruments de pèche, un compagnon ou quelque chose à voir^ » Les actifs sont des machines solides, bien munies de force

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